FAMILLE ET NAISSANCE DE FABERT
nier dans sa noble profession, le voir s'établir à Metz, où s'ouvrait devant lui une carrière plus large et plus féconde, grâce à son indépendance.
Ce fils, né en 1SG3, avait reçu le prénom d'Abraham. Il devait à la fois comme érudit, comme imprimeur et comme homme public, se faire une situation exceptionnellement éminente dans cette ville à laquelle il venait, tout jeune encore, avec son père demander Thospitalité.
Au point de vue lypographigue, Mc.lz était déjà honoré par plus d'un succès, alors que les presses nancéiennes faisaient leurs débuts. Dès 1482, Jehan Colini faisait pour la pren«ière fois paraître, sur un livre imprimé, le nom delà « noble cité de Metz », et encore maintenant les bibliophiles recherchent les ouvrages signés des noms de Hochfelder. Palier et Pelluti, non seulement pour leur ancienneté, mais encore pour le mérite de leur exécution. Abraham Fabert, rempli d'une noble émulation, ne devait pas tarder à éclipser dans son imprimerie, la réputation de ses prédécesseurs et de ses concurrents. On ignore la date exacte de cette création ; mais le livre le plus ancien que l'on possède actuellement avec l'inscription Métis, ex iypographia Abrahami Fabri, date de lo87. Le 20 juillet lo9o, il fut nommé officier de la cité et « imprimeur juré de la ville et du conseil » aux gages de cent livres tournois , par un arrêté des plus honorables pour lui*.
Mais ce beau tilro d'imprimeur, porté d'une manière si brillante, avec un sentiment si juste de l'association des lettres et des arts dans une publication, n'a pas paru assez élevé à un généalogiste célèbre. Voioi en quels termes la Chesnaye-des-Bois- a la prétention de rectifier \e préjugé qui donne un vulgaire imprimeur pour père à celui qui devait être le maréchal Fabert. « C'était un littérateur, dit-il, qui, voulant donner à ses écrits le mérite qu'ils devaient avoir, et pour qu'ils fussent transmis à la postérité, ayant fait venir des caractères de Hollande, les fit imprimer chez lui à ses frais ; et ensuite il fit accorder à un de ses ouvriers, Claude Félix , des lettres patentes du roi en dale du b août 1028, qui lui accordent le privilège exclusif d'imprimer et de déL)iler dans le royaume les ouvrages d'Abraham de Fabert. » L'auteur de la note reproche ensuite aux biographes qui ont parlé du maréchal d'avoir abaissé ainsi qu'ils l'ont fait la dignité de son père, et trouve surtout impardonnables ceux qui, écrivant à Metz, pouvaient si facilement éviter une pareille erreur en se renseignant sur les titres originaux. Nous pensons que l'énumération des livres publiés par Fabert constitue une source suffisante de iilres pour
1 Gel arrêté est reproduit dans le recueil d'Emmery, t. II , p, 630.
2 Dictionnaire île la noblesse, t. V, p. 224.
lever tous les doutes sur une question qu'une aveugle vanité a pu seule entreprendre d'obscurcir.
D'autre part, il est certain que le mérite du lypoirraphe fut loin d'ôlre le soûl par lequel se distingua Abraham Faberl. Il était doué de facultés cminentcs, et sa carrière comme homme public, comme administrateur et comme savant, fut du commencement à la fin aussi laborieuse qu'honorable.
Pour se distinguer comme il le fit dans des spécialités si diverses, Fabert possédait le meilleur des secrets, une force de volonté et une puissance de travail remarquables. Il joignait d'autres qualités non moins précieuses pour le succès , une perspicaciié , une finesse extrêmes, une parfaite intelligence de ses intérêts; peu de sensibilité, chose importante pour un homme en place. De fortes éludes, unies à de grandes facultés intellectuelles, lui avaient permis dès son début de se placer à un rang exceptionnel parmi les imprimeurs, en ajoutant à ce titre ceux d'auteur et de publiciste. Son esprit de conduite, guidé par une ambition persévérante, avait fait le reste.
Il parvint à se créer en peu de temps dans la cité une très grande situation. Tout dévoué à l'idée française dont il avait compris la grandeur , en possession de la confiance du duc d'Epernon , il se vit honoré par lui de fonctions administratives importantes dans l'armée française, celles de commissaire ordinaire, puis de commissaire provincial de l'artillerie, et il les remplit avec assez de distinction pour être appelé par le roi au siège de la Rochelle.
Mais c'est de ses concitoyens qu'il reçut surtout des témoignages de flatteuse estime. Elu par la paroisse Saint-Livier pour la représenter comme treize dans le conseil de la cité, il parvint peu après à la suprême magistrature.
Ce titre majestueux de maître échevin, bien déchu sans doute de son antique importance, mais toujours si plein de prestige aux yeux des Messins, il le porta pendant de longues années , de 1610 à 1613, de 1618 à 1620, de 1624 à 1626, de 1632 à 1633 et de 1637 à 1638, année de sa mort. « Plaire au duc d'Epernon par des moyens légitimes et sans sacritier les intérêts de la cité , était la lâche d'un honnêie homme pourvu d'adresse autant que de fermeté et ayant Fhabitude des hommes; c'est celte tâche utile que Fabert parvint à accomplir, » Telle est l'appréciation d'un des auteurs modernes qui ont le plus judicieusement étudié le maître échevin P'abert^ Un de ses contemporains, en annonçant sa mort, résume son éloge en disant, « qu'il fut regretté de plusieurs, à cause qu'il était bon justicier en toute pratique^ ».
Ce fut sous son premier échevinat que fut élevé à la législation du
1 Tcis&ier, Essai philologique , p. îil.
2 Journal àc Jean Dauchcz, p. 362.