CM A R C E L
'Eft donc vous , Monfîeur la Bride ?
L A B R I D E. , Bonjour* compère Marcel, comment cela va-t-il ?
MARCEL
Comme les affaires , tantôt bien , tantôt mal.
LA BRIDE
Je viens arrêter votre Mémoire : ayez-vous mis les articles en ordre l
MARCEL
Les articles font dans ma tête. Ne croyez-vous pas que je paye un Commis pour me tenir mes Livres ? Cela eft boa chez les Financiers.
A I R : Re tous les Capucins du monde* On voit là plus d'un grand Nicaife, Penché fur le dos d'une chaife , »
Attendre l'heure du repas En s'enrretenant de fadaife > Et mettant aux dépens d'un bras Tout un lâche corps à fon aife.
Pour moi, je me fers de mes deux bras ; je m'en porte «lieux: le travail eft un marchand qui tient magafindefanté, & qui ne trompe jamais fes chalans.
LA BRIDE
Sur-tout quand ils le fatisfont auffi exactement que vous. Mais Ç\ nous buvions un coup par là-deffusJ M A R C E L.
Volontiers, la réflexion eft bonne ; j'oubliois le principal. Claudine , allez nous chercher une bouteille du meilleur de la cave > & rinfez des verres.
Air: Ami fans regretter Paris 3 &c.
Eh ! mais buvons de celui-ci.
MARCEL,/*? retenant avec précipitation.
Laiflez-Ià ce breuvage.
LA BRIDE
Seroit-ce du poi-fon ?
MARCEL
Nennt; Maïs craignez-en l'ufage.
C'eft un breuvage qui a la vertu de furToquer fur le champ comme le plus fubciî poifon , & d'afloupir pendant une drmîheure. Je l'ai compofé pour un homme à qui je dois , faufvottff *efpç&, avoir l'honneur de couper une jambe demain matin.
O P É R A - C O M 1 Q V E. tr
LA BRIDE
Cela eft donc bien dangereux ?
MARCEL
Tout le mal que cela caufe, eft de faire dormir un peu plus qu'on ne voudroit. En voulez-vous goûter ? LA BRIDE.
Bien oblige. Vous vous mêlez donc toujours de médecine ?
MA R CE L
Toujours : & fi vous êtes jamais malade , mon ami , voyez à moi ; je me fais fort de vous expédier aufll habilement qu'aucun docteur de la Faculté.
LA BRIDE
Grand' merci.
MARCEL
Ariette. J,
Oui , je fuis Expert en médecine ;, Et ce n'eft pas la mine Qui fait l'homme de prix.
{ Pendant ce temps , les femmes vont & viennent , apportant des verres cV du vin» )
Ayez l'air
Maigre & blême
Comme un Clerc Sur la fin du carême;
Soyez traînant ,
Foible, fouffrant*
Et languitTant ; Je ferai mon affaire De vous rendre , compère, Difpos & bien portant.
Difant la chanfonnette , Trinquant , faifant goguette ?
Pour l'art médecinal Marcel n'a point d'égal.
Voici du vin. {Aux femmes.) Allez-vous en , vous autres : il ne faut pas que les femmes foient là quand on parle d'affaires.
CLAUDINE, bashMarceU Vous allez parler du mariage !
MARCEL, bas.
Ne vous inquiétez pas.
JEANNETTE, bashfonperci Mon père , ne me donnez pas ce vilain mari-là.
MARCEL
Marchez, marchez, petite fille.
( Jeannette fort,)
ïz LE MARÉCHAL FERRANT,