‹ Le maréchal-ferrantChapitre 8 sur 29 · SCENE FIL MARCEL, LA BRIDE · texte numérisé non relu

SCENE FIL MARCEL, LA BRIDE

QL A BRIDE.

U'eft-ce qu'elle a dit?

MARCEL

Rien ; c'eft ufte fanraifie : ces diablefles c(e femmes en ont îa tête pleine. Allons , revenons à notre Mémoire : mettezvous-là * je vous di&erai les articles.

LA BRIDE

Vous êtes Médecin : comment ! eft-ce que vous ne favez pas écrire!

MARCEL

Si-fait ; mais je ne fais pas lire. Êtes-vous prêt ?

LA BRIDE

Diclez.

Duo.

LA BRIDE, Premièrement.

MARCEL

Premièrement, buvons....

Bon , j'y fuis maintenant.

Ferré la mule de madame Pendant un an , Quatre louis.

LA BRIDE

Mais c'eft la ferrer , fur mon ame.

Et diablement.

Ensemble.

MARCEL. f C'eft tout en confcience.

LA BRIDE. t C'eft voler d'importance.

MARCEL

Écrivez donc.

Ah ! le fripon.

Point de façon.

LA BRIDE

Oh ! le larron, MAfiCE L.

Traité , foigné pendant deux ans, Toutes les bêtes de céans.

LA B R I D E

Toutes Us bêtes de céans !

MARCEL

Mille francs.

Mille francs ! Savu-vous quelle Tomme

Cela fait?

MARCEL

Mille francs.

Mais buvons.

LA BRIDE

Ah ! quel homme i MARCEL.

Allons , à votre famé. Bien.

Plus , pour le valet d'écurie , Enfetnble avec le cheval pie î Pour vifites & foins....

LA BRIDE

Combien ?

MARCEL

Rien.

LA BRIDE

Ah! c'eft bon marché , compère.

MARCEL.- - • #Mais pour médicamens , olyftere, Huile, spozeme , & caetera , Douze louis.

Comment , diable ! voilà Un Mémoire d'Apothicaire.

A propos de Mémoire , Nous oublions de boire.

Ensemble.

LA BRIDE. C Cela ne paflera jamais.

MARCEL. iNous oublions de boire.

Plus , il m'eft redu d'ancien compte.

LA BRIDE

Encor ! morbleu , c'eft une honte :

Cela ne paffera jamais.

MARCEL

Paix ;

Nous nous arrangerons après.

Vous faites-la des difficultés d'honnête-homme , qui vous feroient palTer pour »n valet de Procureur. Quand oneftdans certaines maifons, faut-il être fi fcrupuleux ?

Air: Nous fommes précepteurs d'Amour, Un grand doit fe laitier voler , C'eit un air qui fent l'opulence :

Ce feroit le déshonorer , Que d'avoir trop de confeience.

LA BRID E

Ma foi, mon cher, j'ai toujours été Cocher r.j'auroïs peutêtre été fripon comme tant d'autres , fi j'eufle été dans le cas ; mais les profits de l'écurie n'engraiffentpa.s comme ceux de la cuiline & des ofïiccs.

C'eft que les mets qu'on y confomme , ne s'apprêtent pas aux épices. A votre fanté , compère ; j'ai une affaire à vous propofer.

Air: Des Favoris de la gloire.

Je vous crois pour moi du zèle.

Ne doutez point de cela.

MARCEL

Jeannette vous parou-elle Avoir des attraits ?

LA BRIDE

Oui-dà.

MARCEL

Si bien que fans défiance On la pourroic propofer.

LA BRIDE

Morbleu, perfonne , je penfe , Ne voudroit la refufer.

MARCEL

Eh bien , Monfîeur la Bride, voilà le parti trouvé fi vous voulez 1 epoufer j j'ai quelque argent comptant : celui que je vais recevoir au Château , joint à cela , lui fera une petite dot bien honnête... Qu'en dires-vous >... Cela eil-il décidé! LA BRIDE.

Vous êtes prefïant, compère Marcel.

MARCEL

Ne dites- vous pas que vous trouvez ma fille Jolie ?

LA BRIDE

Cela eft vrai , elle me plairoit beaucoup.

MARCEL

Eh bien , je vous la donne. Quelle réflexion y a-t-il à faire après cela ?

LA BRIDE

Ma foi , compère, fi vous voulez que je vous dife , mor> dernier mariage m'a tant raflafié de jeuneite , que j'ai prefque juré de ne plus en tâter.

MARCEL

Sottife*

LA BRIDE

Ariette.

Quand pour le grand voyage

Margot plia bagage ,

Des cloches du village

J'entendis la leçon ,

Din, di, dan, don:

Et je promis d'en faire ufage.

Confole-toi , pauvre mari :

Te voilà biea i nuis reites-y.

QPER4-C0MIQUE. jj

^Après mainte complainte ,

Sur une pinte

Je fis ferment De fuir tout engagement.

Pour l'homme fage,

Un doux veuvage

Eft l'avantage

Le plus charmant.

Quand pour le grand voyage, &c.

MARCEL

Ces fcrmens-Ià font comme ceux des buveurs ; qui veulent que le diable les emporte , s'ils retournent au cabaret • ils manquent tous de parole. A-t-on jamais vu le diable venir leur en faire des reproches ?

Je fuis trop vieux pour votre fille.

. MARCEL

lant mieux î elle vous en fera plus utile. Jeune cheval à

Vieux maquignon , g'na rien de mieux ; ça forme l'un , & çl

exerce 1 autre. Jeannette , elle n'ignore de rien ; ça danfe ca chante , ça ,afe > ça Coud ça ^ ; elJç > Ç >

reille pour gouverner une maifon. P

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