SCENE FIL MARCEL, LA BRIDE
QL A BRIDE.
U'eft-ce qu'elle a dit?
MARCEL
Rien ; c'eft ufte fanraifie : ces diablefles c(e femmes en ont îa tête pleine. Allons , revenons à notre Mémoire : mettezvous-là * je vous di&erai les articles.
LA BRIDE
Vous êtes Médecin : comment ! eft-ce que vous ne favez pas écrire!
MARCEL
Si-fait ; mais je ne fais pas lire. Êtes-vous prêt ?
LA BRIDE
Diclez.
Duo.
LA BRIDE, Premièrement.
MARCEL
Premièrement, buvons....
Bon , j'y fuis maintenant.
Ferré la mule de madame Pendant un an , Quatre louis.
LA BRIDE
Mais c'eft la ferrer , fur mon ame.
Et diablement.
Ensemble.
MARCEL. f C'eft tout en confcience.
LA BRIDE. t C'eft voler d'importance.
MARCEL
Écrivez donc.
Ah ! le fripon.
Point de façon.
LA BRIDE
Oh ! le larron, MAfiCE L.
Traité , foigné pendant deux ans, Toutes les bêtes de céans.
LA B R I D E
Toutes Us bêtes de céans !
MARCEL
Mille francs.
Mille francs ! Savu-vous quelle Tomme
Cela fait?
MARCEL
Mille francs.
Mais buvons.
LA BRIDE
Ah ! quel homme i MARCEL.
Allons , à votre famé. Bien.
Plus , pour le valet d'écurie , Enfetnble avec le cheval pie î Pour vifites & foins....
LA BRIDE
Combien ?
MARCEL
Rien.
LA BRIDE
Ah! c'eft bon marché , compère.
MARCEL.- - • #Mais pour médicamens , olyftere, Huile, spozeme , & caetera , Douze louis.
Comment , diable ! voilà Un Mémoire d'Apothicaire.
A propos de Mémoire , Nous oublions de boire.
Ensemble.
LA BRIDE. C Cela ne paflera jamais.
MARCEL. iNous oublions de boire.
Plus , il m'eft redu d'ancien compte.
LA BRIDE
Encor ! morbleu , c'eft une honte :
Cela ne paffera jamais.
MARCEL
Paix ;
Nous nous arrangerons après.
Vous faites-la des difficultés d'honnête-homme , qui vous feroient palTer pour »n valet de Procureur. Quand oneftdans certaines maifons, faut-il être fi fcrupuleux ?
Air: Nous fommes précepteurs d'Amour, Un grand doit fe laitier voler , C'eit un air qui fent l'opulence :
Ce feroit le déshonorer , Que d'avoir trop de confeience.
LA BRID E
Ma foi, mon cher, j'ai toujours été Cocher r.j'auroïs peutêtre été fripon comme tant d'autres , fi j'eufle été dans le cas ; mais les profits de l'écurie n'engraiffentpa.s comme ceux de la cuiline & des ofïiccs.
C'eft que les mets qu'on y confomme , ne s'apprêtent pas aux épices. A votre fanté , compère ; j'ai une affaire à vous propofer.
Air: Des Favoris de la gloire.
Je vous crois pour moi du zèle.
Ne doutez point de cela.
MARCEL
Jeannette vous parou-elle Avoir des attraits ?
LA BRIDE
Oui-dà.
MARCEL
Si bien que fans défiance On la pourroic propofer.
LA BRIDE
Morbleu, perfonne , je penfe , Ne voudroit la refufer.
MARCEL
Eh bien , Monfîeur la Bride, voilà le parti trouvé fi vous voulez 1 epoufer j j'ai quelque argent comptant : celui que je vais recevoir au Château , joint à cela , lui fera une petite dot bien honnête... Qu'en dires-vous >... Cela eil-il décidé! LA BRIDE.
Vous êtes prefïant, compère Marcel.
MARCEL
Ne dites- vous pas que vous trouvez ma fille Jolie ?
LA BRIDE
Cela eft vrai , elle me plairoit beaucoup.
MARCEL
Eh bien , je vous la donne. Quelle réflexion y a-t-il à faire après cela ?
LA BRIDE
Ma foi , compère, fi vous voulez que je vous dife , mor> dernier mariage m'a tant raflafié de jeuneite , que j'ai prefque juré de ne plus en tâter.
MARCEL
Sottife*
LA BRIDE
Ariette.
Quand pour le grand voyage
Margot plia bagage ,
Des cloches du village
J'entendis la leçon ,
Din, di, dan, don:
Et je promis d'en faire ufage.
Confole-toi , pauvre mari :
Te voilà biea i nuis reites-y.
QPER4-C0MIQUE. jj
^Après mainte complainte ,
Sur une pinte
Je fis ferment De fuir tout engagement.
Pour l'homme fage,
Un doux veuvage
Eft l'avantage
Le plus charmant.
Quand pour le grand voyage, &c.
MARCEL
Ces fcrmens-Ià font comme ceux des buveurs ; qui veulent que le diable les emporte , s'ils retournent au cabaret • ils manquent tous de parole. A-t-on jamais vu le diable venir leur en faire des reproches ?
Je fuis trop vieux pour votre fille.
. MARCEL
lant mieux î elle vous en fera plus utile. Jeune cheval à
Vieux maquignon , g'na rien de mieux ; ça forme l'un , & çl
exerce 1 autre. Jeannette , elle n'ignore de rien ; ça danfe ca chante , ça ,afe > ça Coud ça ^ ; elJç > Ç >
reille pour gouverner une maifon. P