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Le maréchal Foch

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Foch ! un nom bref et sonore comme un drapeau qui claque au vent ! Nom cher à tous les cœurs français, béni par les femmes de toutes les nations libres... nom magique qui signifie Feu en patois et qui en français veut dire : Victoire !

Vous n’attendez pas de moi des anecdotes sur la vie privée du Maréchal. À la hauteur de gloire où il est monté par son génie, il importe, je crois, assez peu de savoir qu’il est né à Tarbes, qu’il est âgé de 67 ans, qu’il fut un élève de la Compagnie de Jésus et s’il réussissait bien ou mal dans le thème latin. J’ai toujours pensé que rien ne ressemble plus à un

(1) Conférence faite à la Ligue de l’Enseignement le 31 janvier 1919.

enfant ordinaire qu’un futurgrand homme.

Prenons-en notre parti — si l’on en excepte quelques-uns : Mozart, Pascal ou Paganini — les enfants prodiges ne paraissent généralement pas destinés à être des hommes de génie. Les forts en thème sont parfois des hommes médiocres, je ne dis pas cela pour encourager les mauvais élèves à la paresse.

Je néglige à dessein les détails de jeunesse pour n’en retenir que deux.

Le premier ne manquera pas d’intéresser les amateurs de coïncidences. Le père du maréchal s’appelait Napoléon, sa mère était la fille d’un officier de l’empereur (1).

On a voulu voir un signe du destin dans le fait que Napoléon est né, par les hasards d’un accouchement hâtif, sur un

(1) Consulter la très intéressante étude de M. René Puaux.

tapis représentant les héros d’Homère.

On ne manquera pas de tirer de ce double détail une influence napoléonienne.

Foch, enfant, entendit souvent raconter les prouesses militaires du vainqueur d’Iéna. Le milieu familial, épris d’admiration pour le grand empereur, favorisa les premiers élans qui devaient lui faire choisir la carrière militaire.

Au collège, il avait deux passions : les mathématiques et les récits de batailles. Ce n’est point un détail négligeable, mais c’est la marqne même de l’homme qui devait un jour, de « sa flamboyante épée », écrire sur la carte du monde la page la plus pi'odigieuse qu’ait vue l’Histoire et, par trois mois de combats ininterrompus, bouler hors de France l’ennemi abattu avec une précision mathématique.

Tous les enfants dévorent les récits d’aventures. Lui s’exaltait à la lecture de cette aventure — la plus merveilleuse de

toutes — celle que Thiers raconte dans l'Histoire du Consulat et de l'Empire.

Plus tard, Foch devait étudier, disséquer en quelque sorte, le génie militaire de l’empereur. On peut vraiment dire que Napoléon est, de tous les personnages de l’Histoire, celui avec lequel il a vécu dans la plus constante intimité. Ce lête-à-lête qui dura des années n’a pas été inutile au salut de la France.

En dehors de ce goût dominant pour les récits militaires, il faut citer une circonstance émouvante et qui nous aide déjà à comprendre l’homme chez l’enfant.

C’est à Metz, au collège Saint-Clément, alors fameux, que Ferdinand Foch a achevé ses études secondaires. Il a alors 16 ans. La première année qu’il y passe, il connaît les succès scolaires ; la seconde année... c’est la guerre, la guerre de 1870. À l’appel des armes le lycéen abandonne ses livrés et s’engage.

A la paix, il retourne à Metz — à Metz qui n’est plus française... On devine quels sentiments de tristesse et d’exaspération agitent cette âme ardente et passionnée. Aprement, il se jette dans l’étude et se prépare au rôle qui devait faire de lui le plus célèbre artisan de la Revanche. On rapporte qu’il aurait alors prononcé cette phrase qui résume toute sa vie : « C’est contre l’Allemagne qu’il faut nous préparer à courir, d’un élan unanime, le front en avant. »

En juillet 1871, il se rend à Nancy pour y subir les épreuves du concours d’entrée à l’Ecole polytechnique. Nancy est encore occupée par les troupes de Manteuffel.

Par une singulière rencontre, Metz et Nancy ont été les deux villes par lesquelles il a commencé et fini la guerre.

Nancy! il le défend — avec Castelnau — en août 1914, à la tête du glorieux

20e corps, à la bataille du Grand-Couronné ; Metz! il y entre, il y a quelques semaines, pour y passer en revue l’armée française victorieuse, défdant fièrement sur l'Esplanade.

Le 1er novembre 1871, Foch entre à Polytechnique avec le n° 72. Seize ans après (1887), il sort, avec le n° 4, de l’Ecole de guerre, où, en 1895, il est nommé professeur adjoint de stratégie et de lactique appliquées. En 1900, il est titulaire de sa chaire et colonel. En 1907, général de brigade — 1918, Maréchal de France ! généralissime des armées alliées!

Son émule de gloire, son fidèle collaborateur, le maréchal Pétain, était colonel au début de la guerre. Nous voilà revenus aux temps de la Révolution : le génie va vite !

Ajoutons, pour achever de peindre la physionomie morale de Foch, qu’il est catholique fervent. Marié en Bretagne, il

a acquis un petit domaine près de Morlaix où il aimait à passer ses permissions, vivant parmi les paysans, familier, cordial et curieux de tous les détails de la * vie agricole. Aujourd’hui, sur un banc de l’humble église de la commune de Ploujean, où il aimait à s’asseoir aux offices du dimanche, on peut lire l’inscription suivante :

« A l’illustre Maréchal Foch,

« Commandant le groupe des armées du Nord, Grand' Croix de la Légion d'honneur, Grand’ - Croix de l’Ordre du Bain d’ Angleterre, Grand’ Croix de l’ordre de Léopold de Belgique, un des glorieux vainqueurs des batailles de la Marne , de l’Yser , des Flandres et de la Somme.

(Enumération incomplète. Il a ajouté d’autres branches de lauriers à sa cou- ? ronne.)

« Reconnaissant hommage de S. G. Mer Duparc, évêque de Quimper et de Léon, de

LE MARÉCHAL EOCH

M. l’dbbè Fervy, recteur de Ploujean, des membres du Conseil paroissial, de tous les notables habitants de la commune, de toutes les familles de Ploujean, dont les fils ou neveux sont morts pour la France. »

Voilà quelques traits qui suffisent à nous faire deviner la psychologie de l’homme. Ajoutons deux mots encore : il est président d’honneur de l’Association des pères de famille ayant perdu leur fils à l’ennemi.

Le maréchal est le père de l’aspirant Germain Foch, du 131e d’infanterie, tombé sur le champ de bataille en 1914 — trop tôt pour connaître la gloire paternelle et la victoire de la France... Dans les mêmes combats était tué son gendre, le capitaine Paul Bécourt, du 26e bataillon de chasseurs.

Avais-je raison de dire que le nom de Foch est associé à toutes les gloires et à toutes les douleurs françaises ?

LE MARÉCHAL ÉOCH

Par sës traits intimes, Fdch appartient à sa famille ; par sa sciencë militaire il est tout entier à la France.

Avant de parler de la victoire, voyons comment il s’y est préparé.

En 1908, Clemenceau, alors président du Conseil, l’appela à la direction de l’Ecole de guerre. Le maréchal ne voulut pas qu’il y eût d’ecptivoqUe. C’était peu après l’époque à jamais disparue, espérons-le ! — où la politique s’immisçait partout et où des hommes de premier ordre étaient tenus dans les rangs subalternes à cause de leurs convictidtis. Foeh avait un frère jésuite, il le rappela au président du Conseil...

« Que m’importe? lui répondit Clemenceau, ce n’est pas votre frère que je nomme, c’est vous... Je ne vous demande (pie de faire de bons officiers. »

Clemenceau, déjà « faisait la guerre » ! Voici donc Foch à la tête de l’Ecole de guerre, qu’on appelle l’Ecole des Maréchaux. Il devait, par un enseignement magnifique, fixer la doctrine de la guerre moderne et pétrir les âmes des innombrables officiers qui, au cours de ces quatre années, se sont montrés à la hauteur de tous les devoirs que leur imposait la patrie.

Lui-même avait été l’élève du lieutenant-colonel Maillard, qui fut un grand maître. Foch continua et étendit ses leçons. Avant eux l’enseignement était surtout historique. « On y étudiait les batailles et non la bataille, a dit le général Cordonnier ; on y parlait des chefs et non du chef ; on y évoquait le passé et non l’avenir. »

Foch plaça son enseignement « sur le terrain » : la guerre est un art difficile. Il ne suffit pas, pour la gagner, d’être un

savant théoricien, il faut avoir l’esprit pratique et le génie réalisateur. Foch ne se perdit jamais dans les nuées. C’est un éblouissement, tant ils sont lumineux, de lire ses ouvrages : les Principes de la guerre, la Manœuvre pour la Bataille , où il étudie les batailles antérieures, notamment les victoires de de Moltke, les dissèque, les passe au crible avec une telle pénétration, une telle acuité, qu’à cette qualification donnée par un de ses professeurs, « esprit géométrique », on pourrait ajouter cette autre, qui en fait un cerveau complet : « esprit de finesse et de clarté », « esprit bien français ».

Un de nos brillants généraux, le général Dièze, me disait : « Ah ! si vous l’aviez vu faire son cours, vous auriez compris l’ascendant irrésistible qu’il exerçait sur ses élèves ! La parole brève, quelque peu saccadée, le front plissé par le travail de la pensée, il dominait son auditoire. Il

parlait, avec des phrases hachées d’incidentes, qu’il ne terminait pas, parfois, dans sa hâte d’arriver au but... Mais alors un geste, un jeu de physionomie, remplaçaient les mots envolés... Il fallait le regarder sans cesse pour le bien comprendre. »

C’est dans cet enseignement de l’Ecole de guerre qu’il mit au point la doctrine qui nous donna la Victoire, unissant ainsi — ce qui s’est rarement trouvé dans l’histoire — la science du théoricien au génie de l’exécutant..

Même dans son cours, il ne faut pas croire qu’il donne à la théorie et aux principes une place exagérée. Quelques courtes phrases, extraites de ses savants ouvrages, démontrent que Foch n’a jamais perdu de vue le but à atteindre. « La réalité du champ de bataille, a-t-il écrit, est qu’on n’y étudie pas. On fait simplement ce que l’on peut pour appliquer ce qu’on sait. Dès

lors, pour pouvoir un peu, il faut savoir beaucoup et bien. »

Oui, il faut apprendre et savoir, mais : « A la guerre, en matière de problèmes d’état-major, comme en toute matière, il ne peut y avoir de règle fixe. »

Pas de règle fixe ! On devine déjà l’homme qui, en pleine nuit et en pleine bataille, devait, contre le principe édictant qu’on ne déplace jamais une unité engagée, relever la 42e division et remporter ainsi la victoire de Fère-Champenoise, qui fut un des incidents essentiels de la première bataille de la Marne.

« A la guerre, écrit- il encore, il y a autre chose que les principes. Il y a le temps, les lieux, les distances, le terrain, le hasard dont on n’est pas maître. »

Les lieux, le terrain, le hasard? Mais c’est toute la bataille de l’Yser, où les trois corps d’armée qu’il commandait tinrent plus d’un mois en échec douze

corps allemands. C’est l’eau venant au secours des hommes ! L’inondation remportant la victoire avec l’appoint du hasard — et du génie !

« Il ne suffit pas, pour commander des armées, d’avoir des idées et des plans. »

Des plans ? et les plus gigantesques, ce n’est pas ce qui a manqué aux grands chefs allemands ! Nous-mêmes, pour notre malheur, nous avons eu, il y a cinquante ans, des généraux ayant des plans, si précieux qu’ils les déposaient chez un notaire !

Foch, lui, les a dans sa tête. Il les modifie sur l’heure si les circonstances se modifient elles-mêmes.

Voilà quelques-unes des pensées par lesquelles il formait l’esprit des chefs. Mais le conducteur d’hommes sait qu’un plan, fût-il génial, ne peut réussir, si l’action du chef ne se fait sentir sur le plus humble soldat. Il se préoccupe de

l’âme du combattant et veut que le chef donne l’exemple.

« Il faut, dit-il, que le soldat voie son chef, se sente en communion avec lui et ne se considère pas comme un pauvre pion, manœuvré par un joueur inconnu...

L’esprit et le caractère ne suffisent pas au chef. Il lui faut encore le don de faire passer l’énergie qui l’anime dans les masses d’hommes qui sont son arme, car l’armée est au chef ce qu’est l’épée au soldat. Elle ne vaut que par l’impulsion qu’on lui imprime. »

Nous avons là, en quelques phrases, toute la conception de Foch sur le rôle du chef : science militaire d’abord, coup d’œil et esprit d’à-propos qui modifie, s’il le faut, les principes ; action sur la troupe, communion des âmes dans le même élan ; — au sommet de la pyramide un aphorisme tout romain : « Victoire égale volonté. »

Nous allons voir maintenant comment par sa science, son action Sur les officiers et sur les soldats, sa volonté indomptable, Focb a donné la victoire à la France.

Le maréchal commandait depuis un an le 2e corps, lorsque, le 27 juillet 1914, il lut subitement rappelé à Nancy. Il se trouvait, depuis quelques jours, au repos près de Morlaix. Ce simple détail démontre à quel point la France, désireuse de paix, se défiait mal des menées guerrières des empires centraux.

Le 20e corps faisait partie de la 2e armée, aux ordres du général de Castelnau. Il avait pour mission de couvrir Nancy et de briser l’attaque ennemie, puis, si les circonstances le permettaient, de prendre l’offensive dans la direction de Metz et de Château-Salins.

Le 17 août, les troupes françaises en-

trent à Château-Salins, mais le 20 c’est la bataille de Dieuze et de Morhàiigè. Il faut se beplier sur la Meürthe. Lfes Allemands veulelit tourner le Grand-Couronné par le sud et se heurtent à l’armée Dubail. Le 20° corps descend des hauteurs du Grand-Couronné pour les prendre de flanc. C’est le 24 août. Le lendemain, à trois heures Castelnau télégraphie : En avant, partout, à fond. Le 20° corps fait des prodiges. Il soutient, pendant quelques jours, de durs et sanglants combats. Les sacrifices consentis ne furent pas inutiles. Un radio allemand intercepté le 27 août dit : « Ne révélez à aucun prix à nos armées de l’Est les échebs de nos armées de l’Ouest ». (UanOîaUx, Histoire de la guerre de 1914.)

Nancy est saùvéé !

Un communiqué allemand avait annoncé : « L’empereur est devant Nancy.

Sa chute est imminente. »

Nancy est restée inviolée. L’empereur est tombé.

Le kaiser s’apprêtait à faire son entrée solennelle dans la capitale de la Lorraine et à passer en revue, sur la place Stanislas, ses troupes victorieuses. Un étincelant escadron de cuirassiers blancs avait été amené en chemin de fer à Delme, à une quinzaine de kilomètres de la ville

Où sont- ils aujourd’hui les cuirassiers blancs de Delme? Et le kaiser, devenu petit bourgeois, caché en Hollande, blême d’angoisse, mourant de peur, sentant venir l’heure inévitable de l’expiation, doit vivre d’affreux cauchemars en songeant aux millions d’êtres humains qu’il a fait tuer !

La bataille s’apaise à l’Est. Charleroi a été un échec. L’armée française bat en retraite. Le gouvernement quitte Paris menacé par les armées allemandes. Paris!

cerveau du monde et qui se montre digne, en ces heures tragiques, d’être le cœur delà France! Le haut commandement rompt la bataille, il veut prendre du champ, refaire ses armées, livrer le combat au moment favorable. L’instant est solennel. 11 faut vaincre ou mourir. La France esthaletante. On pense à Louis XIV disant à Villars la veille de Denain : « Je vous confie les dernières armées de la France. »

On sait le reste... La manœuvre géniale de Galliéni, sauveur de Paris ! L’aile marchante de l’armée allemande — l’aile droite — commandée par von Kluck est prise de flanc, par la 6e armée, commandée par le général Maunoury.

Pendant ce temps il faut tenir entre Nancy et Belfort, sinon l’armée française est, elle aussi, prise à revers. Les lpe et 2e armées, commandées par Dubail et Castelnau, veillent et tiennent.

Vingt-cinq jours avaient suffi à l’armée allemande pour envahir le Nord de la France. Ce fut une ruée des hordes barbares. Nous avons failli être réduits en esclavage.

Après Charleroi les Boches nous croyaient vaincus. Pour eux, l’armée française avait fondu « comme fond une cire au souffle d’un brasier ».

Le 22 août, ils annoncent la « fuite de l’armée française des Vosges ». Cinq jours après, nous sommes, disent-ils, « battus sur toute la ligne et en pleine retraite ». Il n’y a plus qu’à recueillir les fruits de la victoire, en anéantissant l’armée française par une poursuite sans répit.

Mais au moment même où l’Allemagne, ivre de meurtres et de conquêtes, descend vers Paris dans un fracas d’avalanche, la brusque attaque de Maunoury oblige l’ennemi à dégarnir son centre devant lequel Foch manœuvrera hardiment.

Voilà la première Marne.

En 1914, l’attaque Galliéni-Maunoury, en 1918 l’attaque Mangin.

Vous vous rappelez la position de nos armées en 1914. De Belfort au sucl de Paris veillent, dans l’ordre de bataille, la lre armée (Dubail), la 2e (Castelnau), la 3e (Rufl'ey qui sera remplacé par Sarrail), la 4e (de Langle de Cary), la 9e (Foch, de Mailly à Cézanne), la 5e (Franchet d’Espérey, en jonction avec les Anglais). Ceux-ci, devant Coulommiers, sont à la droite de la 6e armée (Maunoury) qui couvre Paris face au N.-E.

La mission des armées d’Alsace et de l’Est est déterminée par l’ordre général du 28 août : « Il s’agit pour les lrü et 2e armées de durer, tout en fixant les forces ennemies qui leur sont opposées et en restant liées entre elles. »

Pendant ces heures tragiques, le rôle de Foch fut magnifique.il est appelé, à la

fin d’août, au commandement de la 9e armée, qui compte près de 150.000 hommes parmi lesquels la 42e division et la division marocaine. Elle constituait le centre du dispositif français. Opposée aux armées von Bülow et von Hausen, encadrée par les armées Franche! d’Espérey et de Langle, si elle eût cédé, nos armées étaient coupées en deux. Elle avait pour mission « de couvrir la droite de la 5e armée en tenant les débouchés sud des marais de Saint-Gond et en portant une partie de ses forces sur le plateau au nord de Cézanne ».

Le 7 septembre, Foch prend l’offensive et empêche l’ennemi de déboucher des marais. Le combat est terrible. Les Marocains du général Humbert se couvrent de gloire. Les marais de Saint-Gond sont le tombeau de la garde impériale.

Le 8, la pression de l’armée Maunoury, — ce qu’on a appelé le coup de ventouse

— se fait déjà sentirsur le flanc droit de l’armée allemande. Von Klück bat en retraite, il fait sauter les ponts de la Marne, ses convois en désordre sillonnent les routes. Devant l’armée Foch, à gauche de leurs lignes, les Allemands avaient procédé à une offensive générale. Mais la garde impériale et le Xe corps allemand sont rejetés au delà de Saint- Gond. Bien que son 11e corps ait été obligé de reculer, Foch télégraphie au G.Q. G. : « Situation excellente. » On dit que la phrase exacte était : « Mon centre cède, ma droite recule, situation excellente. J’attaque! »

Légende peut-être, mais légende aussi vraie que l’histoire; car, si le mot est faux, la chose est vraie. Vous allez voir la hardiesse dont il fit preuve le 9 septembre.

Ce jour-là l’armée Maunoury est particulièrement lasse. Elle combat depuis trois jours. Son chef est inquiet. Galliéni,

ppur le soutenir, lance en taxi-autos, sur Greil et sur Senlis, les zouaves dont l’arrivée fit un prodigieux effet.

Chez Foch la bataille fait rage. Franchet d’Espérey lui prête le '10e puis le lor corps. A la gauche, les Marocains font des hécatombes d’Allemands ; mais au centre et à droite, devant Fère-Champenoise, les Allemands se montrent tenaces. Nous devons reculer par endroits.

Cependant Foch reste impassible. Il va parer à tout. La 42e division (Grossetti) est à sa gauche, vers Cézanne. Il lui donne l’ordre de passer à droite, vers Fère-Champenoise, manœuvre des plus délicates ! La 42e division est en ligne. Pour la déplacer, il faut opérer une relève en plein combat, opération condamnée par tous les auteurs militaires. Mais Foch sait, quand il le faut, faire plier les principes pour mieux faire plier l’ennemi. Il demande à Franchet d’Espérey d’étendre

son J0° corps jusqu’à lui, puis, sans que l’ennemi s’en doute, il déplace la 42e division et la place entre le 9° et le 1 Ie corps que la garde prussienne et deux corps allemands s’efforçaient de séparer pour crever notre centre.

Les homiues de la 42e division tombaient de fatigue. Mais Foch est un psychologue. Il sait qu’il peut tout demander aux soldats français. Le 9 septembre, vers la lin du jour, alors que les Allemands sont à Fère-Champenoise, Grpssetti et ses hommes tombent sur eux à l’imprpviste et les culbutent. Ce fut un beau spectacle : l’ennemi n’avait pas mieux résisté au champagne qu’à nos troupes. Dans tous les coins nous ramassions des prisonniers ivres-morts...

La France était une première fois sauvée! Chacun avait senti « que le moment n’était plus de regarder en arrière ». L’idée de Patrie avait soulevé la Nation.

Sur l’immense étendue du front, chaque homme savait qu’en tombant il protégeait de sa chair, les champs, les maisons, les femmes et les enfants, Paris et notre glorieuse tradition nationale. Sur le vaste champ de bataille, le sol est meurtri, les monuments et les villes incendiés, les villages détruits par la mitraille. La plaine où monte le cri des blessés, la plainte des rriourants et la fumée des incendies, n’est plus qu’un cimetière fait des corps de nos héros... Mais l’espoir nous soutient et nous console.

La France se met en marche vers la victoire.

Après la Marne, c'est la course à la mer, chacune des armées essayant de déborder l’autre. En se ruant sur Paris et en négligeant pour atteindre ce but convoité les ports de la Manche, l’Aile—

magne a commis une faute irréparable.

Elle s’aperçoit de son erreur et cherche à la réparer en tentant de gagner de vitesse l’armée française et de s’emparer du littoral, d’où elle pourra directement frapper au cœur l’Angleterre.

Le 18 septembre, le général en chef avait prescrit de « constituer à l’aile gauche de notre dispositif une masse capable de parer au mouvement débordant de l’ennemi ».

Les opérations qui vont se dérouler dans le Nord sont des plus délicates. Si notre armée est débordée sur son aile gauche, le résultat de la Marne est compromis. Il fallait, là, un homme dont le coup d’œil fût infaillible : Foch fut choisi.

Le 4 octobre 1914, il reçoit un télégramme : « Vous êtes nommé adjoint au général commandant en chef. Partez sans retard pour coordonner l’action des armées du Nord. » Foch part sur l’heure;

à trois heures du matin il arrive à Breteuil au Q. G. du général de Castelnau. On réveille celui-ci. Foch lui montre la dépêche. Qui va commander? Le chef d’hier ou celui d’aujourd’hui? Qu’importent les questions de préséance ! Le salut du pays est la seule pensée de ces deux grands chefs. Avec la simplicité du vieux maréchal de Boufflers se mettant, à Denain, sous les ordres de son cadet Villars pour mieux assurer la victoire, Castelnau — retenons ce petit détail — offre un déjeuner frugal à celui qui devient son chef et tous deux fiévreusement examinent la carte...

L’armée Maunoury se trouvait sur l’Oise. On transporta à sa gauche l’armée de Castelnau; de Maud’huy est plus à l’est, les Anglais sont à gauche de l’armée de Maud’huy, enfin d’Urbal est avec les Belges. Les divisionnaires de ces armées ont, eux aussi, connu la gloire : Humbert,

Grossetti, Conneau, Balfourier, l’amiral Ronar’ch.

De ces armées, Foch ne sait rien, mais ayant réfléchi à tout, il n’est pris au dépourvu par rien. Avec la 9e armée il avait fait Fère- Champenoise. Avec ce groupe d’armées il fit l’Yser!

Les opérations qui durèrent deux mois (octobre-novembre 1914) peuvent se résumer en trois phases :

1° Les Allemands attaquent entre Dixmude et la mer. C’est la bataille de l’Yser, où se produisirent, le 24 octobre, les quinze assauts contre Dixmude, repoussés par les fusiliers marins de l’amiral Ronar’ch qui conquirent une gloire immortelle. Les Allemands sont bloqués. La première bataille pour Calais est perdue par l’ennemi ;

2° Fin octobre, les Allemands attaquent

plus au sud, entre Dixmude et Ypres. On se souvient des combats « de la maison du Passeur ». Le 15 novembre cette bataille est gagnée. Là encore les Allemands sont arrêtés;

3° Ce furent enfin les combats d’ Ypres à la Lys. Les attaques furent acharnées et dangereuses. Mais Ypres fut sauvée.

Les armées du Nord ne furent ni tournées ni coupées.

Il y eut des heures de terrible inquiétude pour le commandant du groupe des armées du Nord. Les Allemands attaquaient en formations massives. Ce furent de véritables massacres. Ce mépris de la vie humaine — de ce qu'ils appelaient de ce mot abominable le matériel humain — suffirait à couvrir de honte les chefs allemands.

A certaines heures sombres, Foch se trouvait sans réserves, mais jamais il ne désespéra.

La nuit du 30 octobre ! Ni lui ni ses collaborateurs ne l’oublieront jamais !

Un de ses officiers,- le capitaine Meunier-Surcouf la rappelle ainsi :

« Le 80 octobre 1914, le général apprend que la cavalerie anglaise, violemment attaquée par des forces supérieures, a dû céder un terrain considérable au sud d’Ypres : deux points d’appui sont perdus, la ligne cède et le flanc du général Dubois va être menacé. Le général Foch quitte Cassel en auto et court à Saint-Omer. Il est une heure du matin. On réveille le maréchal Freneh.

— Maréchal, votre ligne est crevée.

— Oui.

— Avez-vous des disponibilités?

— Je n’ai rien.

— Eh bien! je vous donne les miennes, il faut boucher le trou tout de suite. Si nous nous laissons percer sur un seul point nous sommes perdus à cause des

masses d’attaque de nos adversaires. J’ai huit bataillons de la 32e division que le général Jol'fre m’envoie, prenez-les et en avant!

Le maréchal est ému, il se lève et serre avec force les mains du général en lui disant :

— Merci ! C’est une belle aide que vous m’apportez là !

A deux heures du matin, les ordres sont donnés, le trou est bouché. »

Quelle scène ! Quelle promptitude !

Quelle énergie ! Le lendemain, les choses allèrent plus mal. Ypres est débordé par le sud. La 2e division reste seule en ligne; elle doit céder à son tour vers deux heures du soir. French juge la partie perdue et ordonne la retraite. Le chef d’escadron Jamet court d’urgence avertir le général Dubois, dont le 9e corps est à la gauche des Anglais. Le général part aussitôt à Ylamertinghe voir d’Urbal.

Il y trouve le général Foch. Au même instant, passe en trombe, dans le petit village, le maréchal F'rench. Le chef d’escadron Jamet prend sur lui d’arrêter l’auto et cette heureuse initiative permet une conférence immédiate entre les deux grands chefs.

Charles Le Goffic raconte que French, adjuré par Foch de tenir, avait répondu en prononçant, à la manière anglaise, les u comme des ou : « Alors, il ne nous reste plus qu’à nous faire touer ? » A quoi Foch aurait répliqué « Non, Monsieur le maréchal. Il faut tenir d’abord. Après seulement nous pourrons mourir. »

M. Meunier-Surcouf a raconté la scène autrement. Sa version n’est pas moins belle.

« Le général Foch adjure Sir John French d’empêcher toute retraite. Le maréchal refuse : il n’en peut plus, ses troupes sont épuisées. Le général tient

bon : « Il faut tenir quand même, lui crie-t-il, tenir jusqu’à la mort ; il ne faut jamais céder et se retirer en pleine bataille, la poursuite est redoutable ; aujourd’hui ce serait une catastrophe.

Restez, je viens à votre aide. » Et, tout en parlant, il écrit toute sa pensée sur une, feuille de papier prise au hasard sur la table et la passe au maréchal. Et celuici qui a compris et qui se souvient aussi de l’offre généreuse de la veille, la retourne, écrit simplement : « Exécutez l’ordre du général Foch, » signe et tend la feuille à l’un de ses officiers. »

N’est-il pas vrai de dire que Foch est le vainqueur des Flandres, non seulement par la valeur de sa conception stratégique, mais encore — ce qui arrive plus rarement au chef dans la guerre moderne — par son action personnelle et directe ? Il est partout, il veille à tout, il exalte les officiers, talonne ses subordonnés, adjure

les généraux. C’est bien l’homme qui, à Ypres, se souvient d’avoir écrit dans l’un de ses livres, la Manœuvre pour la Bataille, en parlant de la bataille de Gravelotte, qu’une dernière attaque eût amené la victoire : « Encore fallait-il que la volonté du général en chef ne se laissât pas dominer par l’état d’épuisement de ses troupes. »

A Ypres, en 1914, la parfaite correction de French et l’admiration où il tenait Foch, avaient réalisé, un instant, l’unité de commandement.

Par la victoire des Flandres, l’ennemi subissant, pour la seconde fois, notre décision, devait renoncer aux ports de la Manche tandis que l’armée anglaise conservait la possibilité d’assurer son ravitaillement.

De telles prouesses eurent leur récompense. Six jours après la Marne, le

18 septembre 1914, il avait été fait Grand Officier de la Légion d’honneur avec le motif suivant :

« 46 ans de service, 2 campagnes. Commandeur du 31 décembre 1913. A contenu pendant plusieurs jours les attaques violentes dirigées contre notre centre. A finalement rejeté l’ennemi vers le Nord par une vigoureuse offensive, faisant ainsi preuve d’un sang-froid et d’une habileté manœuvrière remarquables, servis par une énergie et une ténacité à toute épreuve. »

Un an après, le 8 octobre 1915, il est élevé à la dignité de Grand’Croix :

« Commandant d’un groupe d’armées, « a montré en toutes circonstances depuis « le début de la campagne, dans la défen- « sive, des aptitudes manœuvrières hors « de pair. Grâce à l’autorité indiscutée et « à la parfaite habileté de ses avis, a « contribué pour une grande part à la

« coordination des armées alliées et a « ainsi rendu les plus éminents services « au pays. »

Et enfin la suprême récompense — qu’on n’accorde qu’aux poilus et aux grands chefs — la médaille militaire, le 20 octobre 1916, après les victoires de la Somme :

« Tacticien hors ligne et chef accompli. A rendu au pays les plus éminents services aussi bien comme commandant de troupes de couverture devant Nancy que comme chef d’armée pendant la bataille de la Marne. A réussi par sa ténacité inflexible, par son énergie indomptable, ses remarquables aptitudes manœuvrières à mettre en échec le plan de l’adversaire et à briser ses efforts sur l’Yser. A depuis assuré, par l’heureuse direction qu’il a * su imprimer, le succès des opérations qu’il a conduites comme commandant de groupes d’armées. »

Après la bataille de l’Yser le front s’immobilise. La guerre de position succède à la guerre de mouvement. Au début de 1915, Foch dirige les offensives d’Artois, où Pétain se révèle à la tête du valeureux 83e corps.

L’année 1916 se résume en ces deux faits : Verdun et l’offensive de la Somme.

Pendant quatre mois c’est le drame de Verdun. Toutes les unités, entrant dans la fournaise, viennent toür à tour, se couvrir de gloire. Malgré tant de prodiges d’héroïsme, Verdun va peut-être succomber quand Foch déclenche, avec les Anglais, le Ie1' juillet 1916, l’offensive de la Somme qui sauve définitivement Verdun. Le kronprinz finit par comprendre qu’il est inutile de s’acharner à conquérir une citadelle que nos morts avaient faite imprenable.

Il est encore trop tôt pour commenter un fait révélé par Clemenceau dans un discours prononcé à l’ambassade française à Londres, lors d’un récent voyage. Nous savons maintenant qu’à la fin de décembre 1916 Foch fut momentanément privé de son commandement...

Heureusement pour la France cette disgrâce dura peu. Quelques semaines après, il préparait à l’ouest du Jura une armée pour empêcher, le cas échéant, une invasion par la Suisse. En mai 1917, il devient chef d’état-major général et organise la coopération américaine.

Au mois d’octobre 1917, c’est le désastre du Caporetto qui tient surtout à la propagande défaitiste. Il faut voler au secours de l’armée italienne. Foch part pour le front italien. Lui et son fidèle et excellent collaborateur, le général Weygand, ont si bien mis au point toutes les questions, que tout est prêt instantanément, même

les heures prévues des trains et des convois qui se succèdent vers l’Italie. Bientôt c’est l’arrêt des Austro-Allemands sur le Piave.

A son retour, Foch entre au Conseil interallié. Avant de retracer les événements récents, et pour les mieux comprendre, étudions la tactique du grand chef qui allait vaincre les empires centraux.

J’ai eu la bonne fortune de pouvoir m’entretenir avec l’un des officiers les plus distingués de l’entourage du maréchal, le capitaine de Mierry. Je résume ici ce qu’il a bien voulu me dire avec une parfaite bonne grâce. Je traduis ou transcris les instructions mêmes du maréchal.

Foch a un don : la volonté. Il part de ce principe que la guerre est une lutte de volontés. Il faut prendre l’ascendant sur l’adversaire dans la défensive comme dans l’attaque.

Quand l’ennemi est supérieur (Ypres

1914- mars à juillet 1918) il faut d’abord l’arrêter et l’empêcher de réaliser sa volonté. Mais c’est un résultat négatif. La supériorité de volonté ne peut se développer que dans l’offensive. Donc, attaquer chaque fois qu’on peut et dès qu’on peut. Pour cela se réserver ou se créer des moyens (la Marne en 1914 — après l’arrêt sur l’Yser, novembre 1914 — il écrit en ce sens au général Joffre — offensives de

Dès sa prise de commandement en 1918, dans sa directive du 30 mars, il écrit : « Il faut constituer une masse de manœuvre pour répondre à l’attaque ennemie ou prendre l’offensive. »

Foch ne se contente pas de supporter le choc ennemi. Certes dans la défensive il est tenace. Il ne faut jamais céder de terrain volontairement. Piappelons-nous l’Yser et la scène du 31 octobre 1914. La

défensive doit se faire pied à pied sur des lignes successives. Les renforts doivent être amenés sur des lignes solides, les lignes intermédiaires étant tenues par les troupes déjà engagées. Il faut durer pour vaincre.

C’est par l’économie des forces engagées dans la défensive et par l’emploi en temps opportun des réserves sagement ménagées que Foch peut se livrer à des contre-offensives toujours en préparation, prévues et réglées, partant d’une base définie, pour aboutir enfin, sans se laisser ébranler par les craintes ou par les plaintes, à l’offensive générale qui marquera l’ascendant total de la volonté, signe précurseur de la victoire.

Voilà ses principes. Voyons comme il a su les appliquer.

Mais à quoi bon vous narrer les tout récents événements? Nos drapeaux sont encore aux fenêtres.

Du 21 mars au 15 juillet c’est la bataille défensive. Du 18 juillet au 11 novembre la bataille offensive.

Le 21 mars 1918, la 5e armée anglaise, surprise par une silencieuse préparation de Ludendorff, appuyée par les gaz, dut battre précipitamment en retraite, laissant un grand trou dans noire ligne. Cinq jours après, à Doullens, dans une entrevue historique, le Président Poincaré, Lord Milner et Clemenceau se rencontrent avec le général Foch. La gravité du péril emporte les dernières hésitations : Foch reçoit la mission de « coordonner » les efforts de toutes les armées alliées.

Après quatre ans de guerre, l’indispensable unité de commandement va bientôt apparaître avec son corollaire logique : la Victoire (1).

(1) Après l’entrevue de Doullens, il y eut encore des hésitations. Une clause spéciale donnait le droit à chaque général d’en référer à son gouvernement...

Foch n’hésite pas — il n’hésite jamais, c’est l’une de ses forces. La lre armée française reçoit immédiatement l’ordre de venir s’intercaler au fur et à mesure de ses débarquements entre les Anglais et la 3e armée française.

Le 27 mars, les Allemands entrent à Montdidier, mais le lendemain les Anglais contre-attaquent et, dès le 28, c’està-dire sept jours après le commencement de l’offensive allemande, Foch ne met plus en ligne les unités qui débarquent, il les tient en réserve : le péril est conjuré.

Le 27 mai c’est le Chemin des Dames.

Affreux souvenir ! Les Allemands répètent l’opération dite « la manœuvre de Riga » parce que von Hutier l’avait d’abord expérimentée sur le front russe (préparation secrète, de courte durée, obus à gaz qui font effet sans qu’on ait besoin d’atteindre, par un long repérage, des objec-

tifs précis). L’armée française recule... Les Allemands arrivent pour la seconde fois à Château-Thierry...; ils sont sur la Marne... : la ligne de Châlons, si importante pour le ravitaillement des troupes de l’Est, est coupée... La victoire paraît si certaine au kaiser qu’il n’hésite pas à déclarer qu’il a voulu la guerre!... Le 9 avril, les ennemis attaquent dans la direction de la Manche et s’emparent du mont Kemmel.

Pendant que nous vivons dans l’angoisse, Foch prépare silencieusement la riposte. Sur ses ordres, Mangin et la 10e armée se défilent dans la forêt de Villers-Cotterets. D’innombrables chars d’assaut sont à leur poste de combat. Dès les 14 et 16 juin une attaque est préparée sur les hauteurs à l’ouest de Soissons pour mettre sous le feu du canon le nœud de voies ferrées.

Le 13 juillet, Foch écrit : « La bataille

qui s'annonce sera de notre part défensive et offensive. »

Dans la nuit du 14 au 15 juillet, Paris est réveillé par le bruit d’une intense canonnade qui parait toute proche. C’est l’annonce de la Victoire!

Le 15 juillet, les Allemands ont passé la Marne, certains points de notre ligne ont fléchi. Mais Gouraud a tenu bon en Champagne. Le 15 juillet au soir, Foch, malgré les hésitations ou les craintes qu’on lui manifeste, donne l'ordre de déclancher au plus tôt la contre-offensive préparée .

L’heure est enfin venue... Le généralissime fait un signe... la Victoire accourt... Mangin contre-attaque, Gouraud est inébranlable, Humbert, Berthelot, Debenev, Dégoutté — tous les vaillants et tous les forts — entraînent leurs admirables troupes, bousculent l’ennemi, le harcèlent, l’affolent et commencent à le forcer à

battre en retraite. Chaque jour pendant quatre mois nous apporte la nouvelle d’une victoire (1).

La manœuvre de Foch est un chefd'œuvre! Il frappe sur l’ennemi à coups redoublés, sans trêve ni repos, comme un génial champion qui, dans un combat de boxe, ne voudrait pas laisser à son adversaire un instant de répit avant de l’avoir abattu à ses pieds, pantelant et vaincu.

Le 24 juillet, les commandants se réunissent au château de Bonbon, quartier général du maréchal Foch.

Le maréchal expose un plan d’action à réalisation immédiate : dégagement de la voie ferrée Paris-Amiens, de la voie ferrée Pa ris- Avri court.

(1) Un mot de Foch sur la seconde victoire de la Marne : « J’ai dit chaque jour, pendant cinq jours : attaquez! Je m’apprêtais à le redire le sixième jour, quand on est venu m’annoncer ; a les Boches s’en vont... » Voilà la bataille de la Marne!... »

Il précise ainsi ses instructions : « Si la saison n’est pas trop avancée quand ces résultats seront atteints, prévoir pour la fin de l’été ou l’automne une offensive d’importance pour augmenter les résultats acquis et ne pas laisser de répit à l’ennemi. »

Le 30 août nous avons atteint — et au delà — les résultats recherchés par le programme du 24 juillet. Foch ne s’endort pas sur ses lauriers. Il dicte ses ordres : « Il faut poursuivre dans les régions indiquées et étendre les avantages par la préparation d’une action francoaméricaine entre Meuse et Suippe en direction de Mézières. Pour permettre cette action, il faut limiter dans ses moyens et dans ses buts l’attaque américaine de Woëvre qui visera uniquement le dégagement de la voie ferrée Paris- Commercy-Avricourt. »

Le 2 septembre, pour augmenter la

puissance de nos actions, il est demandé à l’armée belge de préparer une offensive au N.-E. et à l’E. d’Ypres.

Le 8 septembre, l’ennemi cède, ses réserves s’épuisent dans la bataille entre Arras et Reims. Les Belges peuvent développer l’offensive prévue et, dès qu’ils auront atteint les buts fixés, passer à l'exploita tion en direction de Bruges et de Gand pour libérer la côte belge et reconquérir la province au nord de la Lys.

Ainsi, depuis le 18 juillet, les offensives ont continué sans relâche :

18 juillet. — Marne. (Français, Anglais, Américains, Italiens.)

8 août. — Somme. (Franco-Britanniques.)

21 août. — Entre Arras et Somme vers Bapaume. (Anglais.)

26 août. — A l’Est d’Arras, vers Cambrai. (Anglais.)

2 septembre. — Enfoncement de la ligne Drocourt-Quéant. (Anglais.)

26 septembre. — Suippe-Meuse. (Franco-Américains.)

21 septembre. — Avancées de la ligne Hindenburg. (Anglais.)

28 septembre. — Les Flandres. (Français, Belges, Anglais.)

29 septembre. — Enfoncement de la ligne Hinderburg entre Cambrai et Saint- Quentin. (lre armée, Français et Anglais.)

30 septembre. — Ouest de Pieims.

(5e armée française.)

8 octobre. — Rive droite de la Meuse.

(Français.)

La bataille est allumée sur tout le front. L’étreinte se resserre. Les Belges avancent en direction de Gand et de Bruxelles, les Anglais de Givet et au nord les Franco- Américains de Mézières.

La côte belge est reconquise. La Bulgarie s’effondre en Orient, le vieux roi

Pierre de Serbie retrouve sa patrie, t Albert Ier rentre à Bruges, l’Autriche

demande la paix, la Turquie n’existe plus. .

Le 23 octobre, Foch prévoit une nouvelle extension de la bataille, à l’est de la Moselle, en direction générale de la Sarre par les 8° et 10° armées françaises (cette dernière a été retirée du pont de l’Aisne).

Le 9 novembre, la retraite ennemie prend des allures de déroute.

De son train de Rothondes, où les pourparlers d’armistice sont en cours, le maréchal adresse le télégramme suivant aux armées alliées :

« L’ennemi, désorganisé par nos attaques répétées, cède sur tout le front.

« Il importe d’entretenir et de précipiter « nos actions » .

« Je fais appel à l’énergie et à l’initia— j live des commandants en chef et de leurs

armées pour rendre décisifs les résultats obtenus. »

Le 11 novembre, l’ennemi, ayant perdu la liberté de ses mouvements, signe l'armistice.

A 5 h. 40, l’ordre est donné par téléphone de cesser les hostilités à 11 heures (heure française) sur tout le front.

A Paris, dans la France entière, dans tout le monde civilisé le canon tonne, mais on ne tue plus ! Les drapeaux sont aux fenêtres, les Français s’embrassent dans la rue, bientôt les inoubliables entrées à Strasbourg et à Metz... L’Alsace et la Lorraine ouvrent leurs bras à leurs libérateurs....

Certains critiques militaires ont pensé que l’armistice avait été signé trop tôt. Foch a noblemeut répondu : « L’ennemi souscrivait à toutes nos conditions. Je n’avais pas le droit de sacrifier encore des existences humaines. »

Belle parole d’un chef avare du sang

de ses soldats!

Le 12 novembre, le maréchal adressait un ordre du jour aux armées alliées :

Officiers, Sous-Officiers, Soldats des

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