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ARMÉES ALLIÉES

Après avoir résolument arrêté l'ennemi, vous l’avez, pendant des mois, avec une foi et une énergie inlassables, attaqué sans répit.

Vous avez gagné la plus grande bataille de l’Histoire et sauvé la cause la plus sacrée : la liberté du monde.

Soyez fiers !

D’une gloire immortelle vous avez paré vos drapeaux.

La postérité vous garde sa reconnaissance.

Le Maréchal de France , Commandant en chef des armées alliées ,

F. Foch.

Voilà l’œuvre de Foch.

* Ce sont les faits qui louent, » a dit

La Bruyère. Ne cherchons pas les qualificatifs sonores. L’œuvre est là, admirable !

Tandis que les troupes combattaient dans le fracas de la bataille, lui, penché sur les cartes, dans un vaste cabinet d’un château perdu au fond de la campagne, il voit et entend tout, il sait tout. Il est peut-être plus grand que la bataille ellemême, car, sur l’immense ligne de feu, du grand chef au simple soldat, il n’est pas un seul homme qui fasse un geste que Foch n’ait préalablement ordonné.

Pour la première fois dans l’Histoire, un chef fait manœuvrer de telles armées sans les voir.

Quand les artistes de l’avenir voudront représenter le vainqueur de Ludendorff et le sauveur du monde, ce ne sera pas, parmi les écharpes et les panaches, boité et cuirassé, debout dans la fumée sur un cheval fougueux, parmi les cris, le tu-

multe et les éclatements d’obus, lançant d’un geste les armées dans la fournaise. Il faudra nous le montrer, en simple uniforme bleu horizon, sous la lampe discrète, le front penché sur ses cartes...

Le temps n’est plus à l’inspiration subite ; la virtuosité peut être criminelle et, comme dit Wells, « la guerre est entrée dans le domaine des sciences exactes ».

Et pour ne pas être ingrats, pour perpétuer dans la mémoire des hommes la reconnaissance de ceux qui n’ont jamais désespéré aux heures tragiques et qui ont sauvé la Patrie, les artistes et les historiens devront, à côté du grand chef d’armées, placer l’image aux traits énergiques et volontaires de l’admirable vieillard— ou plutôt pour parler comme Lloyd George — « du plus grand jeune homme de France » qui a su choisir et maintenir Foch.

Clemenceau et Foch ! Ces deux noms

doivent rester indissolublement unis ! Ils ont été tous deux à la peine, ils doivent jouir de la même gloire !

Voilà l’œuvre et voilà l’homme : « Résolu et déterminé en dedans, » comme dit, en parlant de Turenne, l’orateur sacré.

Il est de ceux qui savent « vaincre sans ambition et triompher sans vanité ». Cerveau admirable qui clarifierait le chaos, il semble unir à la fougue d’un Condé la prudente méditation de Turenne. Stratège incomparable, d’une énergie indomptable, sachant ce que vautle génie — don inné, — la science — force conquise, — et la volonté inflexible — principal facteur de la victoire.

C’est le chef à propos duquel on peut prononcer le nom de celui que de Moltke appelait le Dieu de la guerre : Napoléon.

Grand à la Marne, il y montra assez d’audace pour se mettre au-dessus des dogmes stratégiques.

Grand sur l’Yser, il fut le génial architecte, courant sans repos le long du mur qu’il a dressé, pour y réparer, avec les moyens les plus hasardeux, les brèches * ouvertes par l’ennemi .

Plus grand encore, lorsque, s’élevant au-dessus de lui-même, dans des circontances qui paraissaient désespérées, le 21 mars, le 9 avril et le 27 mai 1918, il sut garder du tremblement mortel les mains qui portaient les destinées de la France !

La guerre a été un grand critérium.

A côté de Foch se dressent des hommes qui sont des points lumineux au-dessus de la ligne de bataille.

Gouraud. — Chevalier sans peur et sans * reproche, moderne incarnation de Bayard, âme noble et pure de soldat, dont le courage égale la sensibilité, Gouraud le mutilé

qui ne vécut pas un jour qui ne fût consacré à la grandeur de la France. a

Mangin, âme de fer, dogue à la terrible mâchoire, dont le kronprinz ne put desserrer l’étreinte, admirable entraîneur d’hommes, qui fait songer à Biaise de Montluc, le brave entre les braves.

Maunoury, qui sauva Paris avec Gulliéni .

Castelnau, le vainqueur du Grand- Couronné, le sauveur de Nancy, âme haute et droite, qui a donné trois fils à la France et dont la science militaire égale le loyalisme.

Pétain, ardent et réfléchi, l’âme de Turenne dans un corps de sous-lieutenant, vainqueur à Carency, en Champagne, dont le nom restera indissolublement lié au salut de Verdun, exécutant incomparable qui jamais ne connut la défaite, collaborateur du maréchal Foch et, avec lui, artisan de la victoire. %

Et par-dessus tous, et par-dessus tout, le soldat de France, le poilu ! Paysan qui défendit le sol sacré de la Patrie ; ouvrier qui défendit sa vie d’homme libre menacé d’esclavage ; intellectuel, aristocrate et bourgeois, jaloux de conserver l’incomparable patrimoine de gloire légué par les ancêtres!

Saluons ces hommes sortis de la foule anonyme et qui demain y rentreront !

Saluons celui qui a bravé les obus et les balles, qui a supporté la pluie, la boue, les morsures du froid, qui était parti pour une campagne de deux mois et qui a tenu plus de quatre ans, qui a fait Dixmude, Ypres, la Champagne, les deux Marne, Verdun'...

Poilu! qui as montré les qualités légendaires de notre race, cette furia française déjà célébrée au temps de François Ier et ce stoïcisme flegmatique qu’envieraient même les soldats anglais — soldat aussi

admirable lorsque tu soutenais l’assaut que lorsque tu le livrais, qui sus mourir a et souffrir sans jamais le plaindre, loué des fanfares de gloire, à la fois héros et martyr! —

Poilu! la France reconnaissante t’a;me, te vénère et t’admirera éternellement !

Henri-Robert,

Bâtonnier.

Paris. — lmp. Paul Dupont (Cl.). 94.2.19.

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