‹ Le maréchal LannesChapitre 18 sur 18 · TALLEYRAND · texte numérisé non relu

TALLEYRAND

Quatrième jour complémentaire de l'an X.

Extrait d'un manuscrit inédit de M. Méneval, secrétaire de Napoléon F*.

Pendant un des séjours que fit le premier consul, en 1802, à la Malmaison, il fut réveillé au milieu de la nuit par un courrier arrivant d'Espagne, chargé de dépèches trés pressées du général Lannes, ambassadeur de France à Lisbonne. Après qu'il en eut pris connaissance, Bonaparte donna ordre que ce courrier se tint prêt à repartir. Pour expliquer ce qui précède, je suis obligé de reprendre les choses de plus haut.

Dans le courant de novembre 1801, le général Lannes, qui était seul commandant de la garde consulaire, fut

contraint de résigner ce commandement par suite d'une irrégularité que présentait la comptabilité de ce corps. La garde consulaire reçut une nouvelle organisation, mieux appropriée à sa destination, en passant sous les ordres de quatre colonels-généraux. Cette perturbation apportée dans l’ordre inséparable de toute comptabilité et la nécessilé de mettre fin à une familiarité qui était la première cause de cette licence, forcèrent le premier consul à éloigner temporairement le général Lannes, qui fut envoyé en mission à Lisbonne. Je me souviens d’avoir dîné à cetle époque avec ce général chez Joseph Bonaparte, après sa nomination en Portugal et l'avoir entendu exprimer son mécontentement par des sarcasmes où percait son violent dépit. M. de Champagny, qui venait d’être nommé à l'ambassade de Vienne, était présent à ce diner.

Le général Lannes, peu familier avec les formes de la diplomatie, ne réussit pas tout d’abord dans ce nouveau poste. Le ministère portugais, mais surtout le ministre des affaires étrangères, dom José d’Almeida, étaient dévoués à l’Angleterre. Tous les offices, les notes passés par le ministre de France, étaient remis à lord Fitz-Gerald, ambassadeur anglais, avec lequel les réponses étaient concertées. Le prince régent de Portugal, ou trompé ou dominé par son ministre, n'était pas plus favorable au représentant de la France. Le général Lannes sentit bientôt son orgueil militaire, sa fierté et sa patience poussés à bout. Sans prévenir personne, ni le gouvernement portugais, ni son propre gouvernement, il part à l'improviste de Lisbonne, laissant à sa maison l’ordre de le suivre. Îl se présente à la première poste et demande des chevaux ; le maître de poste lui représente qu'un ordre est nécessaire, sans lequel il ne peut lui répondre que par un refus; le général Lannes lui ordonne impérieusement d'atteler, et, portant la main sur son sabre, menace de l'en frapper si

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l'on tarde à oléir. A cet ordre. le maitre de poste est forcé de se soumettre. Le généra! Lannes traverse le Portugal et l'Espagne comme un trait. et. avant d'arriver à Bayonne. dép-che son valet de chambre au premier consul pour le prévenir de ssn arrivée. Le valet de chambre, réexpédié avec la réponse à ladite lettre. trouve son maitre à Orlans: le premier consul prescrivait à ce dernier de s'arréter à l'endroit où le courrier le rencontrerait Il comptait qu? le général Lannes n'avait pas dépassé Bayonne. La proximité de Paris autorisa Lannes à sv rendre. mais le premier consul refusa de le recevoir. Pendant ce temps, le gouvernement portugais était dans la plus zrande anxiété : il lui importait que le ressentiment d: la France ne l'atteignit pas. Le général Lannes avait en outre contre lui l2 ministre Tallevrand, qui ne manqua pas de s2 rejeter sur la violation des formes diplmatiques et insista pour la révocation de notre représentant à Lisbonne. Le premier consul n'aurait pas toléré chez tout autre cette infraction aux usages recus, mais il connaissait le général Lannes, il savait qu il n était pas un homme de cabinet, mais qu'en revanche il était loyal et qu'il avait trop de jugement pour se laisser prendre pour dupe: il se décida à le voir et fut satisfait de ses explications, tout en blämant sa conduite. Dom José d'Almeida semait l'or à Paris pour empècher le retour du général Lannes en Portugal. Le prince régent, auquel des avis étaient parvenus, envoya à Paris, à l'insu de son ministre, deux hommes qui possédaient sa confiance. L'un d'eux était un Français que j'ai connu et qui était établi depuis plusieurs années en Portugal. Tandis que le ministre Almeida assurait le prince régent que le général Lannes était tombé dans une disgrâce complète, les agents du prince l'avertissaient que la réconciliation avait eu lieu et que l'ambassadeur était tout à fait rentré dans les

bonnes grâces du premier consul. Alors le prince régent crut devoir demander son relour : il fallut enfin prendre un parti. Quand le ministre portugais se flattait de sortir heureusement du mauvais pas dans lequel il était engagé, le premier consul fit prévenir le prince régent qu'il consentirait au retour de son ministre à Lisbonne et qu'il oublierait les sujets de mécontentement que le gouvernement portugais lui avait donnés, mais qu’en faisant cette concession il en attendait une autre: le renvoi du ministre des affaires étrangères, dont la partialité pour les Anglais et la mauvaise foi avaient donné lieu à ce qui s'était passé. Le prince régent se trouva fort heureux d'accepter ce dénouement: dom José d'Almeida fut congédié et le général Lannes retourna à Lisbonne.

Son triomphe fut complet; le prince régent l’accueillit d'abord avec une bienveillance un peu affectée, puis, le goûtant de plus en plus, il finit par être avec lui dans les termes d'une parfaite intimité. De son côté, le général Lannes, qui avait beaucoup d'esprit naturel, comprit sa position. La noblesse portugaise d'alors, fière et nécessiteuse, se tenait à l'écart, hésitant à faire les premières avances. Le général Lannes donna un bal somptueux et y invita les personnes qui s'étaient fait inscrire chez lui; il en fit les honneursavec toute la recherche possible : on ne parla à Lisbonne que de ce bal. Ceux des membres de l'aristocratie du cru qui n'y assistèrent pas se plaignirent de n'y avoir pas été invités; il leur fut répondu que si l'ambassadeur avait pensé qu’une invitation leur eût été agréable, il se serait empressé de la leur envoyer et qu'il serait charmé de l'honneur qu'ils voudraient bien lui faire en venant chez lui. Tous les hidalgos affluèrent à sa porte pour s’y faire inscrire. Le général Lannes donna un autre bal auquel ils furent tous invités; ils sy rendirent avec empressement et furent accueillis

avec distinction. Depuis ce moment ils fréquentèrent sa maison. L'intimité du général Lannes avec le prince régent mit l’envoyé français en mesure d'aider de son crédit une partie de cette noblesse besogneuse, car ses recommandations étaient toujours accueillies. Il exerçait ainsi la juridiction de son ambassade dans une étendue illimitée, et le gouvernement portugais n'y mit jamais aucune restriction. Il ne convenait pas de cette tolérance vis-à-vis des autres ministres étrangers pour ne pas les autoriser à réclamer ou à exiger les mêmes faveurs. L’'influence de notre ministre était si bien établie à Lisbonne que, lorsque le général Lannes revint en France, il était en situation de disposer du Portugal au gré de Napoléon.

On estime à quatre millions les sommes qui furent dépensées à Paris pour empêcher le retour du général Lannes à Lisbonne; on devinera facilement où la majeure partie de ces sommes a passé.

Ainsi l’impétueuse susceptibilité de notre ambassadeur servit plus à la cause de la France que la souplesse d’un diplomate consommé. Le premier consul comprit mieux que son ministre des affaires étrangères le parti qu’il pouvait en tirer: il est vrai, qu'il voyait toutes choses à travers le seul prisme de l'intérêt national.

G Note du docteur Lanfranc pour Corvisart.

Schæenbrun, quartier général impérial, le 11 juin 1809.

Le 22 mai, à cinq heures du soir, M. le maréchal Lannes fut frappé sur les deux genoux par un boulet, que MM. les chirurgiens prirent pour un biscaïen au premier

aspect des p'aies. Le genou gauche fut brisé, les muscles de la partie interne du genou droit déchirés, la capsule articulaire légèrement ouverte. Une heure après, non loin du champ de bataille, M. Larrey fit l’amputation de la jambe gauche, à quatre doigts au-dessus du genou. M. le maréchal fut transporté à Ebersdorf, distant d'une lieue de l'endroit où l'opération fut faite, MM. les chirurgiens le trouvent trop faible pour le conduire à Schœænbrunn ou à Vienne, où sans doute il eût été plus commodément.

J'étais à Schœnbrunn, à trois lieues d’Ebersdorf, lorsque j'appris le malheur de M. le maréchal. J’accourus aussitôt chez lui où je trouvai M. Paulet, chirurgien de la garde impériale. Je lui exposai mes titres et les motifs parliculiers qui me conduisaient auprès de M. le maréchal. MM. Yvan et Larrey arrivèrent au même instant, et ils trouvèrent convenable que je restasse chez le malade pour me concerter avec eux sur la situation.

Le moment d’après, je fis de tout cela mon premier bulletin que je portai moi-même à Vienne chez M. Boulanger, afin d'assurer mes communications avec vous. C'est ce premier bulletin, indiquant en outre l’état du moment de M. le maréchal, qui vous manquait lorsque vous avez répondu à mon second. M. Boulanger en est surpris et tout aussi mortifié que moi.

La fièvre, la suppuration, les plaies, tout présentait un caractère favorable jusqu’au cinquième jour de la maladie. Alors survint, vers les deux heures de l'après-midi, un redoublement de fièvre, qui continua pendant une grande partie de la nuit. Le lendemain, un pareil accès se manifesta à la même heure. Il n'était point terminé lorsqu'un nouvel accès précédé d'un très léger frisson survint : Celui-ci fut marqué par le délire et l'agitation, etc. Mes bulletins vous ont dit le reste et fait connaitre la marche de la maladie.

Dès les premiers redoublements, nous fûmes divisés d'opinion; cette opposition augmenta avec les accidents, de sorte que, vers la fin du septième jour, M. Paulet et moi jugeâmes qu'une fièvre subintrante pernicieuse venait compliquer la maladie primitive; MM. Yvan et Larrey furent tout à fait opposés à cette idée; ils regardérent chaque accès de fièvre comme excitatf et un moyen favorable à l'entretien de la suppuration et le délire sans danger, parce que le visage paraissait dans un état presque naturel. Cependant ils consentirent à l'usage du quinquina, plutôt comme tonique que comme fébrifuge. L'admission du quinquina fit cesser toute discussion;il fut administré, ainsi que vous l’avez vu dans les bulletins, et chacun resta dans sa croyance. M. Paulet et moi ne quittâmes pas le malade ; nous étions à portée de tout voir. M. Yvan transmettait chaque jour à l'Empereur son opinion; M. Larrey, de son côté, en faisait autant, parmi les officiers supérieurs. Tout le monde, excepté M. Paulet et moi, vivait ici dans la sécurité et l'espérance. La veille de la mort du malade, la périodicité des deux accès disparut : ils furent confondus et le malade resta dans un délire continuel. MM. Yvan et Larrey ne doutèrent plus des dangers de la maladie; vers les trois heures de l'après-midi de ce jour, M. le maréchal me demanda de faire venir l'Empereur; qu'il voulait lui parler. Une heure après, il revint à la même demande; il la fit à ses aides de camp. Alors seul avec M. Paulet je proposai la question de savoir si la présence de l’'Empereur pouvait être nuisible ou favorable à la situation de M. le maréchal. M. Paulet n'eut point de réponse décisive; j'engageai aussitôt M. Saint-Mars, premier aide de camp de M. le maréchal de faire parvenir à l'empereur la demande de M. le maréchal avec l'incertitude dans laquelle nous étions restés à cet égard.

M. Saint-Mars partit sur-le-champ, rencontra l'Empereur et lui dit tout. L'Empereur répondit qu'il allait se rendre chez le maréchal. Dans cet intervalle M. le maréchal éprouva une faiblesse de cinq ou six minutes avec perte absolue de connaissance. MM. Larrey et Yvan arrivérent; nous nous empressâmes de ranimer ses sens, je promenais un flacon d'ammoniaque sous ses\ narines lorsqu'il se ranima brusquement. Il m'apercut tenant le flacon et aussitôt il s’écria avec fureur : « Comment, drôle! mettre sous le nez d'un maréchal d'empire des cochonneries ! Mes aides de camp, quarante grenadiers, qu’on traine cet homme dehors par les cheveux!» A l'instant je me montrai docile, je sortis. M. le maréchal parut se calmer ; une demi-heure après l'Empereur arriva. Il aborda, avec toute l'expression de la plus profonde douleur, le lit de M. le maréchal, et M. le maréchal s’écria : « Ah! voilà l'Empereur. » Et au même moment il lui dit : « Ce drôle qui m'a empoisonné, Sire ! qu'il ne rentre plus chez moi!» L'Empereur demanda à M. Paulet les motifs de ce propos, on les lui rapporta.

L'Empereur resta une demi-heure avec MM. Paulet, Larrey et Yvan auprès de M. le maréchal, dont le délire ne discontinua pas. [1 demanda à être seul avec l’'Empereur. MM. les chirurgiens se retirèrent et l'Empereur passa encore une demi-heure avec le maréchal, après quoi il sortit. MM. Larrey et Yvan retournèrent auprès du malade. L'Empereur était dans l’antichambre, avec ses aides de camp et ceux de M. le maréchal, où je me trouvais aussi avec M. Paulet. « Le maréchal, dit-il, a voulu me parler et n’a rien pu me dire de suivi. » Il s'adressa ensuite à M. Paulet en lui demandant ce qu'était cette maladie. M. Paulet lui répondit: « Sire, une fièvre pernicieuse très grave. » M'apercevant derrière M. Saint-Mars, qui me pressait pour me porter en avant, il demanda qui

j'étais. M. Paulet lui répondit que j'étais un des médecins de sa maison, celui dont se plaignait M. le maréchal. Alors il me dit : « Ce n’est rien... Que pensez-vous de cette maladie ? — Sire, c'est une fièvre pernicieuse, mortelle par sa nature. » Il manifesta un mouvement de peine et de surprise et partit au même instant.

À minuit, un officier vint nous prévenir que le docteur Franck se rendait auprès de M. le maréchal par ordre de l'Empereur. Il arriva à une heure et demie. Nous lui contâmes ce qui s'était passé ; il observa le malade et il dit que M. le maréchal périssait d'une fièvre pernicieuse contre laquelle on avait tout employé ; il passa le reste de la nuit avec nous et jusqu’après la mort de M. le maréchal.

Le 31 mai, à six heures du matin, M. le maréchal n’existait plus. Un quart d'heure après l'Empereur se présenta à cheval à la porte de l'habitation de M. le maréchal. Le général Frère accourut annoncer à l'Empereur la mort de M. le maréchal. L'Empereur resta à cheval; il parut consterné; quatre ou cinq minutes après il demanda à quelle heure était mort M. le maréchal, s’il avait été très agilé. Le général Frère répondit qu'il avait été très agité la veille et auparavant. — L'Empereur: « Mais comment donc, Yvan! pourquoi ne pas m'avoir averti avant son délire ? — Sire, le déliren'a paru qu’hier quelques instants avant votre arrivée auprès de M. le maréchal. » Personne n'osa démentir cette assertion. L'Empereur demanda ensuite le docteur Franck : il se présenta : « Eh bien! de quoi est mort le maréchal? — Sire, d'une fièvre pernicieuse contre laquelle on a tout employé... » L'Empereur parut frappé d’une profonde douleur, il ordonna que le corps de M. le maréchal fût embaumé, il resta quelques instants dans le silence, qu'il rompit ensuite en disant : Au surplus, tout finit comme ça ! » Il partit aussitôt.

H Lettre du docteur Lanfranc à madame de Guéhéneuc.

Schænbrunn, quartier général impérial, 24 juin 1809. Madame,

La famille de M. le maréchal était trop affligée pour que je me permisse de lui écrire. Corvisart et le temps me parurent seuls propres à adoucir d'aussi grands maux.

J'avais, madame, pour M. le maréchal la plus haute estime. Mon dévouement à sa personne et à tout ce qui lui était cher me commandait toutes sortes d'efforts, et il n’est rien que je n’eusse entrepris pour conserver M. le maréchal à la France et à sa famille; je ne lai point perdu de vue un instant pendant tout le cours de sa maladie. J'ai donné dernièrement quelques détails à Corvisart dans une lettre de plus de cinq pages, bien persuadé qu'il vous les transmettrait. Ma lettre a été remise à l’estafette ; Je ne doute pas qu'elle ne soit parvenue à sa destination, mais, s’il en était autrement, je m'empresserais de vous donner les mêmes détails.

Trois ou quatre jours avant que M. le maréchal partit du quartier impérial de Schæœnbrunn pour Ebersdorf, c’est-à-dire avant la fatale bataille, je le voyais tous les matins chez lui. Le dernier de ces jours il me retint auprès de lui depuis huit heures jusqu’à une heure; il me parla constamment de sa famille, de sa maison, de l'originalité des conversations de Corvisart, des difficultés de l’art militaire bien plus grandes que celles de la médecine, malgré tout ce que Corvisart pouvait dire en faveur de la médecine. La question de la guerre fut de celles sur lesquelles il insista beaucoup et qu'il aborda à différentes reprises. « Je crains la guerre, me disait-il, je l’ai dit à l'empereur, le premier bruit de guerre me fait frissonner mais aussi-

tôt que j'ai fait le premier pas je ne songe qu'au métier. Nous perdons ici du temps. Depuis dix jours je voudrais déjà avoir rejoint les Autrichiens. Vous entendez la musique de ce régiment (elle passait en ce moment sous les croisées de l'appartement), eh bien, c'est pour étourdir les hommesetles mener àlamortsansqu'ilss'en doutent;ilfaut que tous les officiers paraissent sur le champ de bataille, aux yeux du soldat, comme s'ils étaient à la noce. Quand cela sera fini nous irons exterminer les lapins de Maisons. N'est-ce pas que j'ai de jolis enfants? Ce petit Napoléon est plein d'intelligence : lorsqu'il entendit que j'allais parlir pour l’armée d'Allemagne il me dit : « Il faut donc, » papa, que tu ailles toujours à la guerre, jusqu’à ce que » tu sois tué! » M. le maréchal répéta les propos de son fils dans le courant de notre entretien, toujours avec une préoccupation d'esprit toute particulière, qui resta fortement imprimée dans ma mémoire.

Le jour de la maladie de M. le maréchal, où je me rendis auprès de lui, Je crus reconnaitre sur sa physionomie et dans différents soupirs, les caractères d’une affection morale très profonde. L’entretien qui avait eu lieu entre nous quelques jours auparavant reparut à mon imagination, et je ne doutai pas que M. le maréchal ne fût douloureusement occupé de sa famille, dont cependant il ne disait pas un mot. Je crus pendant quatre jours devoir respecter cet état, après quoi je hasardai de lui dire que j'envoyais chaque jour le bulletin de sa santé à Corvisart. IL me répondit aussitôt: « Écrivez-lui qu'il recommande à ma femme, si elle vient, de ne point s'inquiéter.. Elle viendra! Votre bulletin est-il fait ? Voulez-vous me le montrer? » Il était fait; je courus le chercher parce qu'il était rassurant; je le mis sous ses yeux, il en suivit chaque mot avec une avide attention.

« Lanfranc vous croyez que je conserverai ma jambe?»

Le lendemain il me demanda s’il y avait des lettres de sa femme ; il me fit la même question à trois ou quatre reprises pendant le reste de sa maladie; il y en avait une, inals nous crûmes nécessaire de n’en point convenir.

Enfin la fièvre nerveuse se manifesta ; alors toute mes observations sur la situation d'esprit et de corps de M. le maréchal fixèrent plus particulièremeni mon attention et me donnèrent de grandes craintes que je m'empressai de communiquer à mes confrères. Dans l'histoire des faits que je présentai au docteur Franck, je ne manquai pas de lui citer les impressions morales que j'avais reconnues, même en Santé. Le docteur Franck déclara qu'il était convaincu qu'il existait avant la maladie, c’est-à-dire les blessures, un état particulier du cerveau qui avait eu une grande part à la fièvre dont périssait M. le maréchal. Si, comme je le présume, Corvisart a recu ma lettre, vous connaissez, madame, tout ce qui est relatif aux visites de l'Empereur; cependant aux paroles : « Il n’a rien dit de suivi » il faut ajouter celles-ci: « Il a prononcé « ma femme, » mais il n’a rien pu dire. »

Le prince Berthier, les aides de camp de Sa Majesté, les généraux et tous les offieiers supérieurs de l’armée sont venus chez M. le maréchal pendant tout le temps de sa maladie avec un extrême empressement. Je n’entreprendrai pas de vous parler de la douleur et des regrets d'aucun d'eux : tout ce que je pourrais vous dire serait insuffisant. Combien de fois ils ont répété que l’armée francaise perdait le général le plus dangereux pour les Autrichiens ! J'avais la plus haute idée de la bravoure de M. le maréchal, mais tout ce que j'ai entendu prononcer sur ses grands talents militaires, par le prince, les généraux Dumas, Rapp, les officiers de tous grades, ceux de la garde impériale, m'a frappé d’une étonnante admiration. Il n’y a pas eu d'instant, pendant tout le cours de la ma-

37+ LE NARÉCHAL LANNES.

ladie de M. le maréchal, qui n'ait été marqué par tous les sentimentsque le mérite le plus éminent peut seul inspirer.

M. le maréchal portait au doigt auriculaire une bague, qui est je crois un grenat de peu de valeur, mais j'ai présumé qu'il y attachait quelque prix : je l’ai recueillie. En outre, j'ai coupéune petite portion des cheveux de M. le maréchal, dans l'intention de les remettre avec la bague à madame la maréchale. Je n'ai point encore osé les exposer aux hasards d'aucun transport, et je les gardera jusqu'à ce que je puisse les remettre moi-même à madame la maréchale ou qu'elle veuille bien indiquer une occasion de les lui faire parvenir.

Agréez, madame, etc.

Paroles prononcées par le maréchal Davout, prince d'Eckmühl, aux funérailles du maréchal Lannes, dans la crypte du Panthéon (Sainte-Geneviève) le G juéllet 1810.

Monseigneur !, Messieurs,

C'est en combattant pour la gloire de notre souverain et pour notre patrie que le guerrier dont nous déposons ici Les restes a recu la mort.

La vie du maréchal duc de Montebello a été courte, mais elle a été remplie d'actions glorieuses, et l’histoire racontera la part qu'il a eue dans toutes les batailles que notre grand Napoléon a livrées en Europe, en Asie et en Afrique.

Son courage de tous les jours luiavait mérité le surnom de brave des braves.

1. Cambactrès, prince de Parme, archichancelier, présidant la cérémonie.

Sujet fidèle etaffectionné, tous ses vœux, toutes ses pensées furent pour notre souverain, et, aumoment même où l’homme prêt à se séparer de tout ce qui fut l'objet de ses affections semble ne conserver de pensées que pour l'avenir qui l'attend, les dernières paroles du maréchal duc de Montebello furent une recommandation de veiller à la sûreté de l'Empereur, tant était forte en lui cette conviction que le bonheur du monde qu'il allait quitter était attaché à la conservation du monarque que la Providence, dans sa faveur, a donné à notre heureuse patrie.

Il a recu le plus beau prix de son dévouement lorsqu'à la nouvelle de sa blessure mortelle l'Empereur, au milieu des combats, suspendit ses vastes conceptions pour aller embellir par ses regrets les derniers moments de l'ami qu’ilallait perdreet prononca ces paroles mémorablesque les siècles recueilleront.

« IL fallait que dans cette journée mon cœur fût frappé d’un coup aussi sensible pour que je pusse m'abandonner à d’autres soins qu à ceux de mon armée. »

Heureux qui en mourant peut inspirer de pareils regretset mériter de pareilles larmes.

Déjà le langage de la postérité a commencé pour le maréchal duc de Montebello. Le temple où nos vétérans adorent le dieu des combats a retenti durécit de ses actions. Les témoins, les compagnons de sa gloire ont tressailli en entendant nommer ces champs fameux où il avait guidé leur courage et où, comme lui, ils ont versé leur sang.

Les larmes de ces vieux guerriers ont honoré sa mémoire. Sa vie militaire, son dévouement, sont donnés en exemple à ceux qui lui survivent dans la carrière des armes et à cette jeunesse, l'espoir de la patrie, qui est impatiente de s’y élancer pour marcher sur ses traces et mériter un jour de pareils honneurs. Il emporte dans la

tombe les regrets et l'affection de l’armée, l'estime et l'admiration des guerriers qu'il a combattus.

Militaires de toutes les armes et de tous les grades qui représentez ici l'armée française, le plus bel éloge qu'on puisse faire de celui qui n'est plus, c’est de le prendre pour modèle. Nous suivrons les exemples que nous a laissés le maréchal duc de Montebello ; nous nous pénétrerons de son zèle, de son dévouement, de son courage, et nous serons toujours prêts à verser comme lui la dernière goutte de notre sang pour le service et la gloire de notre grand et bien-aimé Empereur !

Programme de la fête qui a eulieu à Lectoure, le 95 mai 1834, pour l'inauguration de la statue du maréchal Lannes, duc de Montebello.

ARTICLE PREMIER. — La fête du 25 mai sera annoncée la veille à six heures du soir par une salve de cinq coups de canon et le son des cloches.

ART. II. — Le 25, au point du jour, il sera tiré trois coups de canon et, comme la veille, les cloches annonceront la fête. Les salves seront répétées d'heure en heure jusqu'à six heures du soir.

ART. III. — A huit heures du matin les habitants seront invités à son de trompe à pavoiser leur maisons des couleurs nationales.

ART. IV. — À dix heures, la garde nationale se réunira sur la place Saint-Gervais pour de là se rendre avec les divers corps constitués à l’église cathédrale, où il sera célébré une messe à la mémoire du duc de Montebello.

ART. V. — Au sortir de la messe, il sera fait une distribution de vivres dans la cour de l'hôtel de ville.

ART. VI. — A deux heures, la garde nationale se réunira de nouveau sur la place Saint-Gervais.

ART. VII. — A deux heures et demie, toutes les autorités administratives, judiciaires et militaires, les membres de la commission, le conseil municipal, les fonclionnaires publics et les membres de la famille Montebello se réuniront à la préfecture.

ART. VIII. — A trois heures précises, les corps constitués, accompagnés de la garde nationale, se rendront sur la promenade du Bastion, pour assister à l'inauguration de la statue.

ART. IX. — Immédiatement après l'inauguration, des réjouissances publiques auront lieu sur la même promenade. À cet effet il sera dressé un mat de cocagne, et des orchestres pour les danses seront disposés sur divers points.

ART. X. — À huit heures les promenades, tous les édifices publics, la ville et les faubourgs seront illuminés.

ART. XI. — A dix heures il sera tiré un feu d'artifice sur le Bastion.

ART. XII. — À onze heures, des bals seront ouverts dans les diverses salles de la ville.

N Note sur la statue du maréchal Lannes, à Lectoure.

La statue du maréchal est due au ciseau de Corot, et elle est certainement une des meilleures œuvres de cet éminent statuaire. Elle s'élève à un angle de la belle promenade du Bastion, dominant le paysage qui a pour hori-

zon la cathédrale d’Auch et se termine à la chaîne des Pyrénées ; elle est en marbre et est supportée par un socle élevé sur plusieurs marches, également en marbre.

Le socle porte les inscriptions suivantes :

1° Face antérieure :

A LA MÉMOIRE DU MARÉCHAL DE FRANCE JEAN LANNES, DUC DE MONTEBELLO, GRAND-CROIX DE LA LÉGION D'HONNEUR COMMANDEUR DE L’ORDRE DE LA COURONNE DE FER, CHEVALIER DE SAINT-ANDRÉ DE RUSSIE, NÉ A LECTOURE LE 44 AVRIL MDCCLXIX, MORT A VIENNE EN AUTRICHE, LE 31 MAI MDCCCIX.

2° Face postérieure : IL COMBATTIT EN ROUSSILLON, EN LOMBARDIE, EN ÉGYPTE, EN SYRIE, A AUSTERLITZ, À IÉNA, A PULTUSK, A EYLAU, FRIEDLAND, ABENSBERG, A ECKMÜHL, RATISBONNE, ET ESSLING, DERNIER TÉMOIN DE SES FAITS D'ARMES.

PIÈCE COMPOSÉE PAR JASMIN POUR L'ÉRECTION DE SA STATUE A LECTOURE LE 95 MAI 1834 (Traduite du patois gascon.)

Il était du peuple et Gascon. Gascons, peuple, écoutez! poëte francais, silence !

A moi le double droit de dire sa naissance, sa vie et son trépas.

Sa naissance, oh! elle fut modeste, et quand au milieu du jour il vint ouvrir son œil, aucun seigneur n’ordonna de faire fête ; ni bergers ni bergères ne vinrent danser devant un grand château où le prince futur dans des chambres à franges püt recevoir l’encens de doux embrassements.

Non : dans une humble chaumière, à la voix de la nature, quelques parents vinrent sans facon lui donner deux ou trois gros baisers, et l'odeur de la teinture que l’air natal lui lançait à travers fut le seul encens qu'il respira au berceau.

Puis quand il fut grand, si vous voulez le connaître, hommes de là-haut, du lointain, jusqu’au peuple qui l’a vu grandir, pourquoi rougir pour lui? il n'en rougissait pas. Oui, consultez le peuple, et fier de son enfant le peuple répondra qu'il lui vit porter l'étoffe du village avant le grand manteau de prince étoilé d'or. Mais il essayait la vie, il ne vivait pas encore; il l'essaya longtemps, oh! bien longtemps. Un feu le minait et souvent son cœur dans son corps n'avait point de repos.

Un jour qu’il dormait sur un tas de foin et de ronces un rêve à la figure riante l’effleure de son aile : à peine l’a-t-il touché qu'une vierge en armes à ses yeux se présente ; elle est superbe, elle est éblouissante, les rayons d'un soleil lui couronnent la tête : « Homme ingrat, lui dit la guerrière, bientôt je serai ta fiancée et tu ne me connais pas encore ; je suis jolie pourtant, tout le monde le sait. La gloire c'est mon nom, mais maintenant je ne suis plus châtelaine, le peuple est mon fiancé, la France est mon autel, ma noce s’y prépare, tu y as la plus belle place ; arme-toi, il s’en va temps et regarde ce qui t'attend. » Et la Gloire, du haut de sa lance dorée, vient de signaler l’esplanade. Lannes interdit veut regarder les

ormeaux que bien jeune il aida à planter : O surprise! sous ce berceau qui verdit se dresse une statue ; un peuple l'a faite au bruit du gros canon qui retentissait. Lannes s'approche, Dieu, c'était la sienne! Percé d'une flamme subite il se réveille et tout disparait.

Mais pour la première fois il se connait ; pour la première fois il sent sa vie se réveiller.

Rois, despotes, tremblez ! tremblez, vous êtes en péril! car Lannes sur vous court armé d’un fusil!

Il était peuple et Gascon, etc.

Oh! sa vie commence et son astre se lève. Oh! sa vie, en passant maintenant au bruit du canon, va former pour la gloire une robe d’honneur toute flambant neuve où ses six mille jours, se tressant par paires, luiront comme des soleils.

Regardez-le, regardez-le lutter dans l'esclavage, regardez-le se montrer au milieu du carnage. Homme, grand homme à son début, son bras qui tient la mort la lance sans cesse sur ce grand champ de bataille et son corps a déjà senti et recu Le baptême de la mitraille.

Alors, cependant, malgré son grand savoir, son grand génie et ses oracles, l’homme des hommes sentait bien qu'il lui fallait, pour faire ces tant fameux miracles, des hommes à miracles aussi. C'en est un, à moi Patrie! à moi le monde! s’écria-t-il, quand, au beau milieu de l’Iialie, Lannes devant lui apparut.

Et le voilà plus fort que l’Ange de la guerre, maintenant qu’il a son second trouvé, qu’à la barbe des rois il jette son gant à terre; les rois honteux l'ont relevé; bientôt contre lui cinq peuples volent; mais il parait, Lannes a frappé et déjà l'homme tient deux couronnes sur la têle.

Puis viennent les rois avec d’autres armées, mais Lannes est partout et partout le plus fort; à grands revers de bras dans les champs de la mort, il les étend comme de la jonchée, et plus l'Europe s’amoncelle et plus la terre en engloutit.

Et l'Homme, ainsi servi, sent grandir son génie; bientôt l'univers devient sa patrie et bientôt tous ces rois glorieux lui viennent demander grâce à deux genoux.

Que de flatteurs, alors, environnent son trône, mais iln'a qu'un cœur d'ami; à Lannes seul il le donne. Lannes seul a la liberté de faire toujours près de lui tonner la vérité.

À d’autres l'honneur de vous dire tous ces illustres guerriers qui assirent sur des lauriers la République et même l'Empire!

Pour Lannes seul je plane si haut! Que devant lui tout se taise. Aujourd'hui, nous ne voyons que lui au monde. Aujourd'hui tout est pour lui, car il est tout pour nous. D'ailleurs qui oserait, sans crainte, toiser contre sun nom même le plus grand nom. Personne! Après Napoléon, Lannes le premier se présente.

Il était peuple et Gascon, etc,

Son trépas, il le fallait pour qu’il pût s’accomplir, le mystère que seul l'avenir comprenaitet, pour que le Géant des Géants s’abattit, 1l fallait bien que la mort frappât le géant qui le soutenait. Mais Lannes, secondant la France, secondant l'univers qu'il venait d’essoufiler, n’était pas un homme à mourir, comme d'autres, d'un coup de lance ni d'un coup de fusil! Non, non, il fallut un gros boulet, un gros coup de canon pour écarteler sa vie et même le reste de son corps qui, encore pour l'honneur, palpite, lutte neuf jours contre la mort,

Oh! sa mort remplit la France de tristesse ; il la faisait pourtant plus belle que jamais, du monde elle était

presque maitresse ; et, même en la quittant, pour preuve de tendresse, il lui donna un trône de plus. Mais cette richesse était trop chère payée: sa mort sur l'avenir laisse un grain de malheur, et la vieille armée, pour la première fois, vit pleurer son Empereur.

Qu'il pleure, il faudra bientôt que son aigle s’enterre, car sa foudre a perdu son éclair et son tonnerre!

L'homme du peuple maintenant n’est plus : au temple des hommes fameux, après seize ans de gloire, il a déjà pris sa place, et le siècle passé et le siècle qui passe prennent huit ans chacun et s’illustrent tous deux.

Il n’est plus, mais sa tâche est remplie, elle est belle comme un beau jour, ses gerbes, d'un laurier si vert et si fleuri, n'ont pas une feuille flétrie.

O Lannes! perce d'en haut, avec tes grands yeux de feu, ces grands rideaux bleus, regarde ce peuple de braves qui vient pour saluer ton berceau où tu songeais. Entends-le fêter ta gloire avec ton nom! Ton grand nom pour l’honneur l’enflamme, tu es tout pour le peuple, toi ! tues gravé dans son âme, c'est ton plus beau Panthéon!

Il était peuple et Gascon, etc.

Extrait de la Clinique chirurgicale du baron Larrey (tome IT, page 475.)

Pendant notre première campagne d’Espagne, en 1808, Son Excellence le maréchal duc de Montebello, en suivant à franc étrier l’empereur Napoléon, fut renversé avec son cheval sur le Mont-Dragon, montagne très escarpée et

couverte de neige glacée. Cette chute lui fit éprouver une pression d'autant plus forte sur la poitrine et le bas-ventre, que le cheval, en se relevant, était retombé sur lui. Lorsque le duc fut apporté à Vittoria, il était couvert d’ecchymoses: son ventre était enflé et tendu ; il ressentait de vives douleurs dans les entrailles, dela gène dans la respiration, et il ne pouvait exécuter le moindre mouvement.

Le pouls était petit, nerveux; le visage pâle, décoloré, les yeux abattus, la voix très affaiblie et les extrémités froides ; le plus léger attouchement sur le bas-ventre causait la plus vive douleur et augmentait l'oppression. Tout enfin annonçait un commencement d'inflammation grave dans les organes intérieurs.

Craignant que la saignée et les embrocations toniques résolutives ne fussent insuffisantes, et l'expérience m'ayant d'ailleurs appris que ces moyens ne préviennent pas les accidents qui accompagnent ordinairement les fortes contusions, avec commotion aux organes, je me rappelai heureusement la cure merveilleuse citée dans ce mémoire, el que firent les Esquimaux sur les matelots naufragés dela Vigilante. À leur exemple, et d'après plusieurs succès que javais moi-même obtenus depuis dans des cas à peu près semblables, je me déterminai à envelopper le corps du maréchal dans la peau d'un énorme mouton écorché tout vivant.

Au moment où je l’appliquai, immédiatement après avoir fait faire sur le ventre une embrocation d'huile de camomille camphrée, cette peau était toute fumante, et Jaissait (ranssuder, de sa surface écorchée, une rosée sanguinolente assez copieuse. Des flanelles chaudes furent appliquées sur les membres, et je fis prendre au malade quelques tasses de thé léger avec un peu de jus de citron et de sucre.

Au même instant, le maréchal éprouva un mieux sen-

sible, seulement il se plaignit d'un fourmillement douloureux et de l’attraclion que la peau du mouton paraissait exercer sur tous les points avec lesquels elle était en contact. Cependant, cet effet ayant diminué graduellement, il s’endormit et resta dans un sommeil profond et tranquille l'espace de près de trois heures ; à son réveil, j'enlevai la peau dont je l'avais enveloppé, j'absorbai, au moyen d'un linge très chaud, la sueur abondante qui ruisselait sur la surface de son corps, et je fis immédiatement une embrocation chaude d'eau-de-vie camphrée; j'appliquai aussi quelques compresses imbibées de cette liqueur sur les parties les plus meurtries; je prescrivis des boissons rafraichissantes mucilagineuses, du lait d'amandes douces et des lavements émollients camphrés.

Le lendemain matin, à huit heures, le bas-ventre était désenflé et beaucoup moins douloureux, le pouls était développé et les fonctions s'étaient rétablies. L'urine, qui d'abord avait été supprimée, était épaisse et sanguinolente. Enfin, après avoir pratiqué une saignée du bras et posé plusieurs ventouses scarifiées sur les parties ecchymosées, je fis plonger le malade dans un bain chaud. On répéta ce moyen et les embrocations aromatiques; on continua les mêmes médicaments avec des modifications relatives, et le maréchal fut en état de se mettre en route le cinquième jour.

AVANT-PROPOS «rss srememenrenses ressens

La famille de Lannes. — Les volontaires du Gers. — Le camp de Miral. — L'armée des Pyrénées-Orientales. — Combat de Villelongue. — Lannes chef de brigade. — Son premier mariage. — Batailles du Boulou et de Ripoll. — La 105° demibrigade. — Armée d’ltalie. — Bataille de Loano. — Campagne de 1796. — Premières relations avec Bonaparte. — Combat de Dego. — Les grenadiers. — Passage du Pô. — Bataille de Lodi. — Prise de Pavie. — Siège de Mantoue. —

Lanunez: général de brigade. — La journée du dévouement. — Le drapeau. — Expédition contre les Etats pontificaux.— Traité de Campo-Formio...........,... soso sesorssssese

Il. — ÉGYPTE ET SYRIE

Expédition d'Égypte. — Prise de Malte. — Marche sur le Caire. — Mécontentement général de l’armée. — Faveur de Lannes. — Expédition de Syrie. — Prise de Jaffa. — Siéwe de Saint-Jean-d’'Acre. — Assaut du 28 mars. — Assaut du 8 mai. — Mort du général Rambeaud. — Lannes blessé et général de division. — Un capitaine de grenadiers. — Le relai de poste en 1800. — Dévouement et reconnaissance. — Bataille d'Aboukir. — Siège du fort d’Aboukir. — Lannes blessé de nouveau. — Déboires et chagrins, — Départ d'Égypte avec Bonaparte...............,..........,......

Le 18 Brumaire. — Mission dans le midi de la France. — Le divorce. — Le duel. — L'armée de réserve. — Passage du mont Saint-Bernard. —— Combats d'avant-garde. — Batailles de Montebello et de Marengo. — Second mariage. — La garde consulaire. — Faveur et disgräce de Lannes. — L'ambassade à Lisbonne. — M. de Talleyrand et Almeiïda. — Départ et retour de Lannes. — Amitié du prince régent. — Rappel en France..................................,.. . 60

Lannes maréchal de l'empire. — L'armée des côtes de l'Océan et le 5° corps de la Grande Armée. — Combat de Wertingen. — Attaque d'Ulm. — Combat d'Amstetten. — Entrée à Vienne. — Passage du Danube. — Combat d’Hollabrünn. — — Bataille d'Austerlitz. — Brouille mystérieuse entre Napoléon et le maréchal Lannes. — Traité de Presbourg...... 100

Y. — IJÉNA ET PULTUSE

Le maréchal Lannes à Lectoure. — Sa popularité. — Campagne de Prusse. — Combat de Saalfeld. — Bataille d'Iéna. — Le curé saxon. — Bulletin de la bataille. — Mécontentement de Lannes. — Poursuite de l'armée prussienne. — Capitulations de Prenzlow et de Stettin. — Injustice de l'Empereur envers le 5° corps. — Plaintes de Lannes. — Bonnes paroles de Napoléon. — Marche sur la Pologne. — Opinion da maréchal Lannes sur le pays. — Passage de la Vistule et de l’Ukra. — Les boues de la Pologne. — Bataille de Pultusk. — Lannes tombe malade et quitte son commandement............... 142

Offensive de l'armée russe. — Bataille d'Eylau. — Chagrin de Lannes. — Affaire des fonds de Stettin. — Vif mécontentement. — Création du corps de réserve. — Siège de Dantzig. — Combat du 15 mai 1807. — Batailles d'Heilsberg et de Friedland. — Importance du rôle de Lannes. — Nouvelle injustice du Bulletin. — Traité de Tilsitt. — Noblesse impé-

riale. — Principauté de Sievers. — Lannes créé duc de Montebello. — Entrevue d'Erfurt. — Lannes et l’empereur de Russie Alexandre Ier. — Commencement de la guerre d'Espagne. — Répugnance de Lannes pour cette guerre. — Il est appelé à suivre l'Empereur........... sonssssssssere 193

Entrée en Espagne. — Chute de cheval. Moyen original de guérison. — Bataille de Tuleda. — Faute du maréchal Ney. — Poursuite incomplète de l’ennemi. — Lannes rejoint l'Empereur à Madrid. — Passage du Guadarrama. — Siège de Saragosse. — Historique du premier siège. — Débuts du second siège. — Lannes investi du commandement supérieur des 3° et 4° corps. — Assaut donné à la ville. — Difficultés des attaques pied à pied parles rues. — Le général Lacoste. — Le Cosso. — Attaque du faubourg de la rive gauche. — Fanatisme des défenseurs de Saragosse. — Palafox et le moine Basile. — Activité et sang-froid de Lannes. — Négociation avec la junte. — Danger couru par l’aide de camp Saint-Mars. — Capitulation de Saragosse. — Entrée triomphale. Te Deum. — Retour de Lannes en France...... ..... 221

Récit fantaisiste d’une prétendue conversation de Lannes. — Vraie physionomie de ce grand homme de guerre. — Ses goûts pacifiques. — Départ pour la campagne d'Autriche. — Campagne des Cinq Jours : Thann, Abensberg, Landshut, Echmühl, Ratisbonne. — Assaut de Ratisbonne. — La modiste française. — Marche sur Vienne. — L'abbaye de Môlk. —Reconnaissance de la rive gauche du Danube. — Saint-Polten. — Prise de Vienne. — Attaque infructueuse de l’île de Schwarzelaken. — Passage du Danube. — L'île de Lobau. — Première journée de la bataille d’Essling. — Altercation de Lannes et de Bessières. — Deuxième journée. — Succès de l'attaque dirigée par Lannes. — Rupture du grand pont. — La retraite. — Mort des généraux Saint-Hilaire et Pouzet. — Lannes frappé d’un biscaïen. — Amputation. — Entrevue avec l'Empereur. — Lannes transporté à Ebersdorf. — L'agonie. — La mort. — Regrets de l'Empereur et de l’armée. — Lettre de Masséna........... Snsssssssssses roses 271

388 TABLE DES XMATIÉRES.

Le corps de Lannes déposé à Strasbourg. — Emotion de la la maréchale à La vue du corps de sou mari — Translation du corps à Paris. — Cérémonie Je l'église des Invalides et des caveaux da Panthéon. — Descendants directs du maréchal Lannes. — Les trois statues de Lectoure, du palais de Versailles et du Louvre. — États de services de Lannes. — Opinion de Napoléon. — Indépendance de caractre. — Présence d'esprit et sang-froid. — Verdeur de langage. — Lannes devant la postérité. — Les vers du poète Jasmin. 34?

Pièces justificatives............... Lesenrsssesessssseses.ese 356

7975-90. — Cursric. Imprimerie CRETE.

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