‹ Le maréchal LannesChapitre 17 sur 18 · AUGEREAU · texte numérisé non relu

AUGEREAU

Formation des demi-brigades de 1796.

On s’occupa sans relâche, pendant l'hiver de 1795 à 1796, de la réorganisation de l'infanterie de l'armée (d'Italie). Par suite des événements des trois premières campagnes on y comptait alors soixante-seize corps ou fractions de corps, ne présentant pas cinquante mille hommes dans cent quatre-vingts cadres de bataillons.

Il importait trop à la discipline et à la bonne administration de sortir de celte confusion. Le Directoire exécutif, dès les premiers jours de son installation, avait recommandé à la sollicitude du général en chef l'exécution de cette mesure déjà prescrite par le Comité de salut public; on n'avait pu s’en occuper que par intervalles, les corps étant presque toujours en mouvement, et le besoin du moment s’opposant à ce que l’on pût amalgamer régulièrement ceux qui étaient destinés à former les nouvelles

358 LE MARÉCHAL LANKNES.

demi-brigades en respectant les titres de leurs officiers.

Conformément à l'arrêté du Directoire, l'armée fut composée de douze demi-brigades de bataille et de six légères qui, chacune dans sa série, cunservèrent le numéro le moins élevé de celles qui s'étaient fondues dans leur nouvelle formation.

Les demi-brigades de bataille provenant de cet amalgame furent donc les 49°, 20°, 21°, 39°, 46°, 56°, 69°, 70°, 83°, 84°, 99° et 100°. Celles d'infanterie légères prirent les numéros 1, 3, 8, 15, 16, et 25.

Cette opération donna beaucoup d'occupation à tous les généraux, et fut conduite avec autant de zèle que d'équité par le général Fabrefond. Aucune réclamation ne s'éleva contre ses décisions; chacun accepta sans murmurer le rang qui lui était assigné, bien qu'un assez grand nombre d'officiers fussent mis à la retraite ou réformés. (Hémoires de Masséna, t. I‘, p. 254-256.)

Note sur le tirage des numéros de demi-brigades.

Conformément à l’arrêté du Directoire du 10nivôsean IV, les cent quatre-vingt-seize demi-brigades à numéros et celles qui existaient encore sous diverses dénominations dans les sept armées de la République avaient été divisées en deux séries égales, et, pour éviter de grands mouvements dans les corps d'une même armée, amalgamées deux par deux dans les différentes séries ; l'armée d'Italie, où celte opération s'était exécutée durant l'hiver par les soins du général Fabrefond, n'avait donc, comme les autres, que des numéros provisoires.

Par un nouvel arrêté du 10 germinal an IV, le Directoire ayant reconnu la nécessité de parer aux nombreux inconvénients de cet étatde choses, on inscrivit sur septcolonnes différentes les noms de nos armées, auxquelles on affecta

les sept premiers numéros. Au second tour on leur donna dans le même ordre les chiffres de 8 à 14, et on recommença cette opération, en passant outre quand le nombre des numéros d’une armée égalait celui des demibrigades qu'on lui avait affectées, jusqu’à l’entier épuisement des cent dix numéros à donner définitivement aux demi-brigades de ligne. C’est ainsi que l'armée d'Italie eut en partage les numéros 4, 11, 18, 25, 32, 39, 45, 51, 57, 63, 69, 75, 80, 85. Partant alors de ces chiffres, il fallut assigner à chaque corps son nouveau rang dans l'ordre de bataille.

Cette opération eut lieu à Soncino le 29 mai 1796, en présence d’un officier délégué pour chaque demi-brigade. De cette manière, la demi-brigade désignée sous le numéro 39 à l'ouverture de la campagne prit le numéro 4, la 20° devint la 14°, la 69e la 18e, la 84° la 25°, la 24° la 32°, la 46° la 39°, la 100: la 45e, la 99° la 54°, la 83° la 57°, la 51° la 63°, la 19° la 69e, la 70° la 75°, la 13° la 80°, Ja 56° enfin, la 85°.

Les mêmes principes servirent à l'embrigadement de l'infanterie légère.

Note relative aux brevets que le chef de brigade Lannes aurait reçus comme titulaire à la 39°, puis à la 69° demibrigade d'infanterie de ligne (2° formation) et avant le tirage au sort des numéros à l’armée d'Italie le T prairial an IV, 26 mai 1796).

Au mois de ventôse an IV (février-mars 1796), Lannes, chef de brigade de la 105°, fut placé à la suite de la 99°, par l’amalgame que le général Fabrefond venait d'opérer de ces deux demi-brigades à l’armée d'Italie.

360 LE MARÉCHAL LANKES.

Dans le rapport du général Bonaparte au Directcire, daté du 26 germinal an IV 15 avril 1296 , et publié sans notes ni reclifications., dans le grand recueil des Lettres et ordres de Napolän, on lit au dernier paragraphe de la pièce n° 165, t. I* :

« Le chef de brigade de la 39° avant été tué, j'ai nommé

pour le remplacer le citoven Lannes. chef de brigade à la suite. »

Junot, secrétaire du général en chef, avait écrit 39° au lieu de 69; or1l advint qu'à trois jours d'intervalle, ces deux demi-brigades perdirent leur chef: Riondet :69°. tué le 24 germinal et Bellet 39°: tué le 27.

Le général Augereau, en apprenant cette nomination, qui privait le chef de brigade Pouraills de son droit d'anciennelé à la 39, se plaignit au général en chef. L'erreur commise fut reconnue, et si le brevet que le Directoire a pu expédier à Lannes, comme chef de brigade de la 39° existe, on doit le regarder comme nul.

Lannes était donc en réalité chef provisoire de la 69:. En effet, on lit, à la date du 16 floréal suivant {5 mai), page n° 329 du même recueil, l'ordre ainsi concu, du chef de l'état-major général :

« JL est ordonné au citoyen Lannes, surnuméraire de la 99, et qui a recu l'ordre de prendre provisoirement le commandement de la 69° demi-brigade, de se porter surle-champ à Casteggio pour y commander trois bataillons de grenadiers, sous les ordres du général Dallemagne, commandant le corps d'avant-garde. »

Cependant le texte de cet ordre n'est pas une preuve que Lannes ait jamais été de fait à la tête de la 69° deve-

nue 48: par le tirage au sort. L’adjudant-général chef de brigade Chabran en avait eu le commandement provisoire au moment de la mort de Riondet (27 germinal-16 avril) et cetofficier paraît avoir été remplacé au même titre provisoire par l'adjudant-général Verdier, qui commandait encore cette demi-brigade le 143 prairial (1° juin), époque à laquelle le chef de brigade Fugières vint la commander titulairement sous son nouveau numéro 18.

L'ordre donné à Lannes d'aller commander provisoirement la 69° n'aurait donc pas reçu d'exécution, et ce fut à la tête du corps des grenadiers d'élite que le futur maréchal se distingua au passage du pont de Lodi, ainsi qu’au passage du Mincio à Borghetto. (Extrait d'une note fournie, le 25 août 1866, par M. Turpin, chef de section aux archives du dépôt de la guerre.)

Lettre autographe de Talleyrand à Lannes, ministre plénipotentiaire à Lisbonne.

Citoyen ministre, le premier consul, après avoir attentivement examiné les diverses pièces de votre correspondance avec les ministres du prince régent de Portugal, m a donné l’ordre de vous faire connaître que,quelque graves que soient les torts que ses ministres ont eus envers le gouvernement de la république et envers vous, votre départ de Lisbonne sans son autorisation, était une infraction publique à des usages universellement observés entre les puissances. Il me charge de vous faire connaître qu’il désapprouve votre conduite dans cette circonstance. Les ministres du prince, en mélant adroilement dans leur

conduite des marques trompeuses de déférence et des refus désobligeants, ont tendu à votre franchise un piège dont il est fâcheux que vous n'ayiez pas su vous défier. Alors, en vous déterminant à une démarche qui d'ordinaire est l'annonce d’une déclaration de guerre, vous leur avez donné l'avantage d'une récrimination fondée et vous avez fait perdre à la légation francaise les fruits du zèle et de l'énergie que vous aviez précédemment déployés pendant votre séjour à Lisbonne, pour assurer les droits du commerce et soutenir la dignité du gouvernement.

Le premier consul désire que vous restiez à Vitry, ne pouvant vous donner audience jusqu'à ce que votre affaire soit définitivement terminée, ce qui ne peut avoir lieu que quand il connaitra le partique prendra la cour de Lisbonne.

J'ai l'honneur de vous saluer,

Page 1