‹ Le maréchal Ney - 1815. Portraits d'après GérardChapitre 3 sur 45 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

m'inspirer de la justice et de la pitié, sans lesquelles l'histoire ne serait, à mon avis, qu'un froid procès-verbal.

On sait que les passions de ceux qu'on a surnommés « les ultras " ont puissamment contribué à la mort du maréchal Ney, et j'ai pu le constater à mon tour. Mais il est, entre autres, un fait considérable que je compte démontrer jusqu'à la dernière évidence, c'est que l'Europe, non contente, contrairement à ses déclarations et à ses promesses antérieures, de morceler nos frontières, d'occuper nos provinces, de démanteler nos places de guerre, de vider nos arsenaux, de nous imposer une indemnité de sept cents millions, de faire main basse sur nos œuvres d'art, a voulu couronner toutes ces exigences et toutes ces spoliations par l'exécution du 7 décembre 1815. Les Alliés ont mérité que le maréchal Moncey, dans le noble élan d'une indignation que tout Français comprendra, leur jetât à la face ces reproches que j'extrais de sa lettre à Louis XVIII, lorsqu'il refusa de présider le conseil de guerre appelé à juger le maréchal Ney : « Ils se sont présentés en alliés. Mais les habitants de l'Alsace, de la Lorraine et de votre capitale même, quel nom doivent-ils leur donner? Cependant ils ont exigé d'être reçus en amis. Ils l'ont été. Ils ont demandé la remise des armes dans les pays qu'ils occupent maintenant, et, dans les deux tiers de votre royaume, il ne reste pas même un fusil de chasse. Ils ont voulu que l'armée française, fût licenciée, et il ne reste plus un seul homme sous les drapeaux, pas un caisson attelé. Ils réclament la mise en dépôt des places fortes. Vous en donnez l'ordre. Et si quelques-unes tiennent encore, c'est que leurs commandants ne peuvent se persuader qu'un tel ordre soit émané de Votre Majesté. Il semble qu'un tel excès de condescendance eût dû assouvir leur ven-

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geance; mais non! Ils veulent vous rendre odieux à vos sujets; ils veulent prévenir tous les dangers qui les menacent en faisant tomber soit parmi les maréchaux, soit dans le conseil, les têtes de ceux dont ils ne peuvent prononcer le nom sans se rappeler leur humiliation... C'est leur honte qu'ils veulent effacer, et non l'affermissement de votre trône qu'ils désirent... »

En exigeant l'exécution du maréchal Ney, l'Europe manf[uait délibérément aux engagements les plus sacrés. Elle manquait encore à la modération et à l'humanité dont ses ministres aimaient cependant à se dire partout les représentants ou les interprètes les plus autorisés. Par une pression inouïe, elle faisait commettre à l'infortuné gouvernement de Louis XVIII une faute immense, une faute irréparable. Elle l'amenait a empêcher le maréchal Ney d'invoquer Ife bénéfice incontestable de l'article 12 de la Convention de Paris, ce qui l'eût sauvé. Aussi l'un des juges, le duc Victor de Broglie, qui se conduisit avec tant de dignité dans ces circonstances terribles, a-t-il pu dire sans exagération que la Chambre des pairs, en fermant la bouche à l'accusé, avait presque commis un crime. Ce crime, l'Europe en est la première responsable. C'est ce que l'un des avocats du maréchal, Berryer père, reconnaissait lui-même en 1839, quand il écrivait ses Souvenirs . Il affirmait que tous les acteurs de ce drame avaient eu la main forcée. « Il n'y avait, disait-il, qu'à s'en prendre à 1 étranger qui avait voulu flétrir la gloire de nos armes ! " Son fils, celui que nous appelons le grand Berryer, n'hésitait pas à faire le même aveu.

Les ennemis de la Restauration ont, comme il fallait s'y attendre, largement exploité un jugement rigoureux dont le

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