‹ Le maréchal Ney d'après les documents authentiquesChapitre 1 sur 39 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Un homme revêtu des pins hantes dignités militaires , accepte de «on prince, de son roi le commandement suprême d'une armée chargée de combattre et de chasser l'ennemi qui a envahi le royaume. Cet homme part, plein d'ardeur, après avoir fait les serments les plus graves et pris les engagements les plus solennels, En présence de l'ennemi, entraîné, soit par la force même des choses, soit par des souvenirs personnels d'affection et de reconnaissance, soit encore par l'attitude des soldats qu'il commande, il change soudain d'opinions, de sentiments et de conduite ; il harangue ses troupes, déclare « perdue à jamais » la cause du prince lui-même, et passe avec son armée tout entière dans le oamp de renvahisseur.

Telles forent, réduites & l'expression la plus simple et la pfcs libre de tous commentaires passionnés et autres, la si-

tuatioti et la conduite de l'illustre maréchal Ney, en mars 1815. Qu'on accumule, autour de cet acte, tout ce que les événements qui Pont précédé ou suivi ont pu faire pour en atténuer l'importance et en excuser le mobile, le fait luimême n'en subsistera pas moins, dans toute sa force et avec toute sa valeur. Il nous apparaît aujourd'hui, à plus de cinquante années de distance, dégagé précisément de toutes les exagérations favorables ou défavorables que les circonstances et les passions du temps ont pu faire naître pour ou contre lui; il est à nu devant nous sans complexité ni confusion possibles.

En reproduisant le procès fait par la Restauration au maréchal Ney, nous n'avons l'intention d'accabler ni le pouvoir royal qui a ordonné les poursuites, ni l'infortuné et considérable personnage qui en a été la victime. Nous nous sommes efforcé de raconter cette pénible histoire, sans parti pris dans aucun sens. La vérité elle-même d'ailleurs ressort si facilement et si clairement de la seule lecture de cette grande cause qu'il était inutile de chercher à la signaler plus particulièrement. Certes, nous avons pour la grande mémoire du prince de la Moskowa cette même sympathie que tout le monde ressent et ressentira toujours pour le héros glorieux de tant de combats, et à qui la patrie a dû, pendant une campagne désastreuse, le salut d'un si grand nombre de ses enfants ! Mais notre admiration même ne nous aveugle pas au point de nous faire nier l'évidence. Si nous trouvons excessif le châtiment infligé au populaire guerrier que sa seule gloire devait à jamais protéger contre une telle fin, nous ne pourrions de même trouver inique la mise en jugement de celui qui, dans une heure de faiblesse que tous les

sophismes les pins habiles n'ont jamais suffisamment justifiée, oublia la promesse faite à son roi; et, tout en déplorant que la clémence du prince n'ait pas cru devoir commuer la peine prononcée contre lui, nous ne saurions nous ranger dans le parti de ceux qui, dans l'exagération de leur zèle, l'ont qualifiée d'assassinat 1 .

1. Voyez aux appendices le récit de ce qui se passa, à la séance de la Chambre des pairs, le 15 décembre 1834.

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