‹ Le maréchal NeÿChapitre 14 sur 102 · Ecuyer de la maison du roi et de la reine de Hollande · texte numérisé non relu

Ecuyer de la maison du roi et de la reine de Hollande

un seul instant suffit pour nous détruire. Dans quel état doit être la reine ! Qu'il doit être affreux pour elle de rester dans celte petite maison, où tout doit lui rappeler ce malheur à chaque instant ! Tachez de la faire voyager un peu. Le vice-roi est la personne qui conviendrait le mieux à la reine, dans ce moment. Ne pourriez-vous pas aller aux îles JJorromécs? Je voudrais voir la reine hors de ce maudit Aix ; il me semble qu'elle y est entourée de mille dangers : tâchez de l'en faire partir, je vous prie.

» C'est bien l'opinion de l'impératrice. M. de Turpin, qui veut bien se charger de ma lettre, vous en parlera. Je crois qu'il est plus que nécessaire que la reine voyage dans ce moment.

» Il n'a donc pas été possible de la sauver ? Est-elle tombée jusque dans le dernier gouffre, d'une seule chute ? Ah ! pauvre femme ! Il semble que c'est encore plus affreux quand on connaît cette masse de rochers et ces horribles tourbillons. Nous avions été les lui faire voir ensemble, il y a deux ans, si vous vous le rappelez. Nous ne nous doutions pas, alors, qu'un jour ce serait son tombeau ; qu'elle y trouverait la mort dans une promenade, qu'elle croyait une partie de plaisir.

m L'abîme est toujours ouvert sous nos pas, et nous allons nous y précipiter. Je ne sais vraiment pourquoi on tient à ce monde-ci, où nous éprouvons, tous les jours, chagrins et malheurs nouveaux.

» M. Devaux et l'abbé vont aujourd'hui à Saint - Leu ; c'est demain qu'ils doivent recevoir les restes

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de cette malheureuse femme et lui donner les derniers soins terrestres, triste et dernière cérémonie des hommes civilisés.

» Deux pieds de terre, voilà tout et pour toujours; voilà le hut, le misérable but pour lequel nous nous donnons tant de peines, tant de tracas, tant de tourments.

» Pardon, mademoiselle, des tristes réflexions que je vous fais ; mais il m'est impossible d'avoir d'autres idées dans ce moment.

» Je frémis quand je pense que la reine a été obligée de repasser sur cette même planche! Grand Dieu ! quel moment pour elle ! Quel danger et quelle affreuse inquiétude vous avez dû avoir !

» Je vous prie, mademoiselle, de vouloir bien agréer l'hommage des sentiments les plus sincères et les plus distingués.

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