‹ Le maréchal NeÿChapitre 45 sur 102 · PRINCE DE LA MOSKOWA · texte numérisé non relu

PRINCE DE LA MOSKOWA

L'accusé, après avoir attentivement examiné cotte pièce, dit :

— La signature mise au bas de cet exemplaire n'est pas la mienne, mais les termes de la proclamation sont les mêmes.

Bien que cette observation fût sans importance pour l'issue du procès, elle était vraie en soi; jamais le maréchal n'employait pour signature Prince de la Moskowa; il joignait ces mots comme signe honorifique à ceux de maréchal d'empire et de pair de France, et le faisait invariablement suivre, une ligne au-dessous de son nom patronymique : Ney.

Interrogé sur les motifs qui lui ont fait adresser aux troupes une telle proclamation, il répond :

— J'étais chagrin; j'avais besoin de conseils et je n'en eus point. Gela deviendra évident aux débats. Je sommai, au nom de l'honneur, les lieutenantsgénéraux Lecourbe et Bourmont de m'aider de leurs lumières et de me prêter leur appui, je n'en obtins rien.

D. — Quels ordres donnàtes-vous aux troupes après leur avoir lu cette proclamation?

R. — Ceux que m'avait transmis le général Bertrand, c'est-à-dire que je les dirigeai sur Auxerre.

Le reste de l'interrogatoire n'offrit et ne pouvait plus offrir qu'un médiocre intérêt.

Après une suspension d'audience, on procéda à l'audition des témoins. Quand ce fut au tour de M. le comte de Scey, préfet du Doubs, qui déclara

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qu'à son passage à Besancon l'accusé lui parut plein de zèle pour le service du roi, le maréchal l'interpella en ces termes :

— Vous rappelez-vous, monsieur le préfet, que vous m'offrîtes sept cent mille francs; que je vous répondis que ni moi ni mes soldats n'avions besoin de rien, et qu'il fallait réserver ces fonds pour les nécessités qui ne pouvaient manquer de se présenter et pour le service du roi ?

comte de scey. — Je me rappelle fort bien que je ne vous ai pas remis d'argent et que vous ne m'en avez pas demandé. J'ai pu vous parler d'une somme de sept cent mille francs, car c'est exactement le chiffre de ce qui se trouvait à ce jour dans les caisses de la ville; je me rappelle moins bien que vous m'ayez conseillé de les garder pour tel ou tel usage. Ce qui est certain, c'est que cet argent était à ma disposition et que je me fusse empressé de le mettre à la vôtre, pour peu que vous m'en eussiez témoigné le désir.

net. — J'ai insisté sur cette explication, messieurs les pairs, parce que c'esl de Besançon qu'est partie celte infâme calomnie que j'avais reçu du roi cinq, six à sept cent mille francs. On n'en parle plus aujourd'hui ; tout le monde sait que c'est une odieuse calomnie. Mais si j'avais succombé, si j'avais été assassiné, comme je devais l'être dans ma translation d'Àurillac à Paris, jamais mes enfants n'auraient pu laver ma mémoire de cette tache. J'ai toujours servi pour l'honneur, jamais pour l'argent.

L'un des militaires appelés en témoignage faisant l'éloge des mesures prises par le comte d'Artois qui, dans le fait, n'en avait pris aucune, le maréchal dit :

— Je dois convenir que Monsieur était plein de bonnes intentions, mais il n'aurait pu réunir trois hommes.

La curiosité de la Cour et de l'auditoire redoubla quand la voix de l'huissier annonça M. le lieutenantgénéral comte de Bourmont.

— Le 13, dit-il, M. le baron Capelle arriva à Lons-le-Saulnier, où j'avais accompagné le maréchal; il vint me voir et me dit que Bourg était insurgé; je portai avec lui cette nouvelle au maréchal, qui en parut fâché. Le 14 au matin, arriva le

de chasseurs à cheval; j'allai le dire encore au Maréchal qui me donna l'ordre de le faire mettre en bataille. « Eh bien ! mon cher général, me dit-il eilsuite, vous avez lu les proclamations de l'Emper°u''; elles sont bien faites; ces mots : « La victoire n marchera au pas de charge », feront un grand effet SUr le soldat; il faut bien se garder de les laisser lire *Ux troupes. — Sans doute, lui dis-jc. — Mais cela Va mal, ajoula-t-il. N'avez-vous pas été surpris de vous voir ôter la moitié du commandement de votre ^Ivision ? <1° recevoir l'ordre de faire marcher vos loupes par deux bataillons et trois escadrons? C'est ^e raiême dans toute la France. C'est une chose finie

abs°Jument.

» je comprenais rien. Le général Lecourbe

°n*ra. r jriaréchal lui dit en me montrant : « Je lui

disais que tout était fini. » Lecourbe parut étonné. — Oui, reprit le maréchal, c'est une affaire arrangée. Il y a trois mois que nous sommes tous d'accord. Si vous aviez été à Paris, vous l'eussiez su comme moi. Le roi doit avoir quitté Paris ou il sera enlevé; mais on ne lui fera pas de mal. Malheur à qui ferait du mal au roi ! On n'a que l'intention de le détrôner, de l'einharquer sur un vaisseau et de le faire conduire en Angleterre. Nous n'avons plus maintenant qu'à rejoindre l'Empereur.

» Je dis au maréchal qu'il était extraordinaire qu'il proposât d'aller rejoindre celui contre lequel il devait combattre. Il me dit qu'il m'engageait à le faire, mais que j'étais libre d'agir autrement.

m Lecourbe, de son côté, lui répondit : « Je suis » ici pour servir le roi et non pour servir Bona- » parte ; je servirai le roi. » Il ajouta qu'il se retirerait à la campagne. Une légère discussion s'éleva entre eux. Enfin, une demi-heure après, il prit un papier sur la table. « — Voilà ce que je vais lire aux » troupes », nous dit-il, et il nous lut La proclamation. Le général Lecourbe et moi, nous nous sommes opposés à ce qu'il voulait faire ; mais persuadés que si tout cela était arrangé, il avait pris des mesures contre nous, en cas de résistance, sachant que les troupes, déjà ébranlées par les émissaires de Bonaparte, avaient en lui une grande confiance, nous résolûmes d'aller sur la place pour voir l'effet que cela produirait. Nous étions tristes et abattus ; en nous voyant ainsi, les officiers d'infanterie vinrent nous

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prendre les mains et nous dire que, s'ils avaient su, ils ne seraient pas venus. Après la lecture, les troupes défilèrent aux cris de : Vive l'Empereur ! et se répandirent en désordre dans la ville.

m Le maréchal était si bien déterminé d'avance à prendre le parti de Buonaparte, qu'une demi-heure après il portait le grand aigle à l'effigie de 1 usurpateur. A moins de croire qu'il l'eut apporté dans le but de servir le roi, je demande ce qu'il faut penser de la conduite du maréchal. »

se Y. — Depuis huit mois que le témoin a préparé son thème, il a eu le temps de le bien faire. Lorsqu il préparait ses dénonciations à Lille, il imagina probablement que je serais traité comme La Bédoyère, et que nous ne nous trouverions jamais face à face. 11 en est autrement. Je n'ai aucun talent oratoire; mais je vais au but. Le 14, j'ai fait demander le témoin avec le général Lecourbe. Us sont venus ensemble. Je regrette bien vivement que Lecourbe soit mort, mais je l'interpellerai dans un autre lieu qu'ici... plus haut et là vous répondrez, Monsieur de Bourmont !

m J'avais la tète baissée sur cette proclamation fatale; tous deux se tenaient adossés à la cheminée; j'étais vis-à-vis d'eux ; je sommai le général Bourmont, au nom de l'honneur, de me dire ce qu'il pensait. Bourmont, sans me répondre, prend la proclamation, la lit, me dit qu'il l'approuve et ajoute : « Monsieur le maréchal, vous pouvez lire cela aux » troupes. » Il la passe ensuite à Lecourbe qui la lit,

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oe dit rien, et la rend à Bounnont. « OU vous a été » envoyé? » me dit Lecourbe, après un moment de silence, « il y avait de la rumeur, t* 1 1 effet ; il y a » longtemps qu'on pouvait prévoir tout cela... » Le général Bourmont sortit pour faire rassembler les troupes. Il a eu deux heures pour réfléchir. Quant à moi, quelqu'un m'a-t-il dit : « Où allez-vous ? vous » allez risquer votre honneur cl votre réputation pour » une cause funeste? » Non, je n'ai trouvé que des hommes qui m'ont poussé dans le précipice.

» J'encourais seul la responsabilité, monsieur de Bourmont. Je me bornais à demander les lumières et les conseils d'hommes à qui je croyais une ancienne affection pour moi et assez d'énergie pour me dire : « Vous avez tort. » — Au lieu de cela, vous m'avez entraîné, jeté dans le précipice. Quand tous deux eurent lu la proclamation, nous causâmes; je leur dis, en effet, qu'il paraissait que c'était une affaire arrangée ; que les personnes envoyées par Bonaparte m'avaient raconté telle et telle chose ; mais je ne faisais que répéter les propos de ces personnes.

» Bourmont rassembla les troupes sur une place que je ne connaissais même pas. Il était libre, s'il trouvait ma conduite coupable, de me faire arrêter. Il le pouvait ; il avait un grand commandement et j'étais seul, sans officiers, sans un seul cheval de selle pour m 'échapper. Mais il a de l'esprit, et sa conduite a été fort habile. Je l'avais vivement engagé à loger chez moi ; il ne voulut pas ; il s'éloigna, et se réfugia chez le marquis de Vaulchier, où ils formaient

ensemble des coteries pour être en garde contre les événements et se ménager dans tous les cas une porte de derrière.

» Quand les troupes furent rassemblées, Bourmont et Lecourbe vinrent me chereber à la tète du corps d'officiers et me conduisirent au milieu du carré où je lus la proclamation. Les officiers comme les soldats se précipitèrent sur nous; ils nous embrassaient, nous étouffaient ; les troupes se sont retirées en bon ordre; les officiers supérieurs sont ensuite? venus dîner chez moi ; j'étais sombre et pourtant, si Bourmont veut dire vrai, il confessera que la table était gaie. Voilà la vérité.

m. le président. — A quelle heure monsieur de Bourmont est-il venu vous prendre?

le maréchal. — Vers les onze heures, plus d'une heure après lui avoir communiqué la proclamation.

m. le président. — Qui a donné les ordres pour réunir les troupes?

m. de bourmont. — C'est moi, mais sur l'ordre verbal du maréchal.

m. le président. — Comment se fait-il, qu'après avoir désapprouvé la conduite du maréchal, vous l'ayez ensuite accompagné sur le terrain, sachant ce qu'il allait y faire?

m. de bourmont. — Parce que je tenais à voir l'effet que produirait cette proclamation. La plupart des officiers m'avaient promis de me suivre ; je voulais m'assurer s'il ne se manifesterait pas quelque esprit d'opposition. On a dit que je pouvais m'éloi-

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gner, venir rejoindre le roi : mais d'abord, j'ai craint d'être arrêté; en second lieu, m'éloigner, c'était manquer mon but, qui était de rendre compte de tout à Sa Majesté. C'est pour cela que j'ai d'abord suivi la colonne du maréchal, quand il a quitté Lons-Ie-Saulnier. Mais j'étais à Paris le 18, et le 19 j'ai fidèlement rapporté au roi, tout ce dont j'avais été témoin.

lk maréchal. — Monsieur de Bourmout a dit qu'à Lons-le-Saulnier, j'avais la plaque à l'effigie de Napoléon : cela est faux ; j'ai conservé celle du roi, devant Bonaparte, jusqu'à Paris, où mon bijoutier m'en a fourni de nouvelles. On peut Le faire entendre... Vous me supposez donc bien misérable! C'est une infamie, général, de dire que j'avais d'avance l'intention de trahir !

m0 bellart. — N'avez-vous jamais eu de querelle avec le maréchal ?

m. de BOURMONT. — Jamais.

m6 berrter . — Si c'est la curiosité qui vous a conduit sur la place de Lons-le-Saulnier, quel est le motif qui vous a porté à dîner ensuite chez le maréchal?

m. de BOURMONT. — La crainte d'être arrêté, le désir d'écarter les soupçons.

le maréchal. — Je n'ai fait arrêter qui que ce soit, j'ai laissé libre tout le monde. Vous ne m'avez fait aucune objection, personne ne m'en a fait. Le colonel Duballen vint m'ofFrir sa démission ; seul, il se conduisit en homme d'honneur ; il est ensuite parti pour Besançon. Je n'avais aucune garde; vous pouviez me faire arrêter... me tuer... vous m'auriez

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rendu un grand service... peut-être était-ce là votre devoir !

Me berkyer. — Quelles étaient les forces présumées de Bonaparte ?

m. de bourmont. — Avant d'entrer à Lyon, il pouvait avoir 3 000 hommes, il en avait 7 000, quand il en est parti.

le maréchal. — Pourquoi tromper sur les nombres? Tout le monde sait qu'il était à la tète de 14 000 hommes, sans compter les soldats qui se rendaient de toutes parts à sa rencontre, et une foule d'officiers à demi solde. Que pouvais-je contre ce nombre avec quatre malheureux bataillons qui m'auraient pulvérisé plutôt que de me suivre?

le président. — Le maréchal aurait-il pu engager le combat ?

m. de bourmont. — Si le maréchal eût pris une carabine et qu'il eût chargé le premier, nul doute que son exemple n'eût été décisif, car aucun homme n'avait plus d'empire sur l'esprit de l'armée. Cependant je n'oserais affirmer qu'il eût été vainqueur.

le maréchal. — A quelle distance étions-nous de Lyon ? à vingt lieues. Le 7(>c venait de quitter Bourg pour rejoindre Bonaparte, le loe était à Saint- Amour, prêt à s'insurger. Est-ce vous qui eussiez marché dans cette position ? Je ne vous crois ni assez de fermeté, ni assez de talent....

Me bell art. — Toutes ces récriminations sont étrangères à la discussion ; nous engageons à vouloir bien y rentrer.

Pressé de questions, d'observations par les défenseurs, M. de Bourmont en est réduit à reconnaître qu'après l'insurrection des troupes de Bourg et de Saint-Amour, le maréchal ne pouvait plus absolument rien.

Me berryer. — Quel effet a produit la lecture du fameux ordre de jour, sur la place de Lons-le-Saulnier ?

m. de bourmont. — Klle a fait crier : « Vive l'Empereur ! » à presque tous les soldats, surtout dans la cavalerie ; les officiers étaient consternés.

Me berryer. — Monsieur de Bourmont a-t-il crié : « Vive le roi ? »

La question était topique, il en faut convenir, aussi excita-t-elle de violents murmures :

m. molé l. — De pareilles questions sont tout à fait déplacées.

Pour nous, la postérité, ce ne fut pas le maréchal Ney, ce fut le général de Bourmont, qui se trouva sur la sellette dans cette séance du 4 décembre. Sa

1. Le comte Molé (Louis-Mathieu) était llls du président Molé de Champlatreux. En 1813, M. Molé se rangea parmi les plus souples adulateurs de l'Empereur, qui lui confia, par intérim, le ministère de la Justice dont il devint titulaire à la retraite du duc de Massa. C'est en cette qualité qu'il accompagna Marie- Louise à Blois. Après Waterloo, M. Molé qui s'était retiré à Plombières pendant les Cent Jours revint à Paris et lit valoir sa fidélité envers les Bourbons. Il lut compris dans la promotion des pairs du 17 août 1815. En 1817, il fut nommé ministre de la Marine. Son père, le président Molé avait été le parrain de Charles de la Bédoyère h son baptême le 17 avril 1786 à l'église Saint-Sulpice.

déposition est d'autant plus odieuse, qu'après le 20 mars, il avait sollicité la protection du maréchal et celle de Gérard pour vaincre les répulsions instinctives de Napoléon et obtenir le commandement d une division du 4e corps, qu'il devait abandonner le 15 juin, pour porter à Bliicher notre plan de campagne, et rejoindre Louis XVIII à Gand. On connaît, hélas! les résultats de cette défection. Sans elle, le nom de Waterloo serait inscrit, peut-être, sur tous nos étendards, à la suite de nos autres victoires françaises.

Bounnont avait donc, en abandonnant nos armées, facilité le retour des Bourbons. Sa trahison était donc considérée comme une action digne d'éloges par les royalistes et son témoignage devait nécessairement produire sur la Chambre des pairs l'effet désiré par le gouvernement.

Cette fable assassine des décorations à l'aigle portées par le maréchal le 14 mars, à Lons-le-Saulnier, ayant été répétée par le marquis de Vaulchier et le baron Capelle, contrairement aux souvenirs de tous les autres témoins, la défense demanda et obtint la permission d'assigner le joaillier du maréchal. Il fut entendu le G, avant les plaidoieries, et voici sa déposition copiée sur le procès-verbal de la séance :

« Vingt -deuxième témoin. Cailsolé, bijoutier, Palais-Royal. — Le maréchal arriva le 20 à Paris, avec Bonaparte ; il m'envoya le lendemain par son valet de chambre toutes ses décorations à changer; je ne les lui ai rendues que le 25, et c'est à cette date

que celle opération est inscrite et détaillée sur mon livre que je vous représente, m

Dès que cette preuve de préméditation, dont l'accusation s'apprêtait à tirer un si grand parti, lui eut fait défaut, M" Bellart affecta d'en parler comme d'un détail tout à fait sans importance.

Le procès-verbal du o manque, quanl à l'original; la copie calligraphique constate la présence de cent soixante et un membres : il ne parait pas qu'aucune délibération ait été prise dans la séance préparatoire ; la séance publique s'ouvrit à l'heure accoutumée et, sauf le réquisitoire, fut consacrée à achever l'audition des témoins, non plus sur les faits de Paris, de Besançon et de Lons - le - Saulnier, mais sur les faits postérieurs au 20 mars, sur les propos qu'aurait tenus le maréchal dans son inspection des places fortes du nord et de l'est de la France.

Un M. de Félix, capitaine de la garde nationale à cheval de Lille, a vu deux chasseurs alsaciens, assassinés pour avoir refusé de crier : « Vive l'Empereur ! ».

Deux capitaines au 37e de ligne, MM. Casse et Grison, déclarent que le maréchal ayant réuni le corps d'officiers dans une auberge de Landau, se leva de table, mit la clef de la salle dans sa poche, puis vomit contre les Bourbons une foule d'horreurs dégoûtantes.

le maréchal, au capitaine Grison. — Je ne sais, monsieur l'officier, qui vous envoie ici pour me perdre ; mais je répète que vos allégations n'ont pas même de vraisemblance.

La défense qui voulait placer l'accusé sous la protection de l'article 12 de la Convention de Paris, avait assigné comme témoins MM. Davout, Guilleminot de Bondy 2 et Bignon, qui l'avaient signé pour la France.

m6 berryer. — Je demanderai à M. le Prince d'Eckmuhl ce qu'il aurait fait si la convention proposée n'avait pas été acceptée.

le prince. — J'aurais livré la bataille ; j'avais une belle armée, bien disposée; j'avais 75 000 hommes d'infanterie ; 25 000 hommes de cavalerie et 4 à 500 pièces de canon ; en un mot, toutes les chances, que peut prévoir un général en chef, étaient favorables.

m® nu pin. — A votre sens, et autant que vous l'avez pu savoir, à celui du gouvernement provisoire, quelle était la portée de l'article 12 de la convention?

Me bell art. — Les commissaires du Roi déclarent s'opposer à ce qu'il soit répondu à cette question indiscrète ; la convention existe ; on ne peut pas faire qu'elle renferme autre chose que ce qui s'y trouve écrit; l'opinion du prince, ou de tout autre individu, ne peut en changer les termes.

1. Générai. Gdili.bminot. — J'ai été chargé, comme chef d'état-major, de stipuler la négociation de Paris dont le hut principal était la garantie des propriétés et la sécurité des personnes.

2. M. de Bondy, ancien préfet de la Seine. — Les principales bases du traité ont été le maintien de la tranquillité et la sécurité des personnes; c'est dans cet esprit qu'a été dictée la capitulation ; plusieurs articles ont été débattus. Mais l'article 12 qui concerne la garantie des personnes et l'oubli des opinions n'a souffert aucune difficulté; il a été accepté d'une manière rassurante.

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le maréchal. — La capitulation était tellement protectrice que c'est sur elle que j'ai compté: sans cela croit-on que je n'aurais pas préféré mourir le sabre à la main ?

m. le président. — En vertu des droits et des devoirs que la loi nous confère, nous déclarons que la question, qui n'aurait pas dû être posée, ne sera pas répondue.

Après une suspension d'audience, la parole fut donnée au procureur général Bellart chargé de soutenir l'accusation des sept ministres — commissaires du Roi — nous n'en citerons que l'exode :

« — Messieurs les pairs, lorsqu'au fond des déserts autrefois couverts de cités populeuses, le voyageur philosophe qu'y conduit cette insatiable curiosité, attribut caractéristique de notre espèce, aperçoit les tristes restes de ces monuments célèbres, construits dans des âges reculés, dans le fol espoir de braver la faux du temps, et qui ne sont plus aujourd'hui que des débris informes et de la poussière, il ne peut s'empêcher d'éprouver une mélancolie profonde, en songeant à ce que deviennent l'orgueil humain et ses ouvrages. Combien est plus cruel encore pour celui qui aime les hommes, le spectacle des ruines d'une grande gloire, tombée dans l'opprobre par sa propre

faute et qui prit soin de flétrir elle-même les honneurs

dont elle fut d'abord environnée

, Quand ce malheur arrive, il y a en

chose qui combat contre la consc.ence, par la rou Une ^du respect longtemps attaché a cette , d ustrat.on à présent déchue. Notre instinct ,'md.gne de ce caprice de la fortune, et nous voudr.ons, par une caprice ue ..ontinucr d'honorer ee qui

contradiction irréfléchie, continua ,iA,PSter brilla d'un si vif éclat, en même temps que de te ter et mépriser celui qui causa de s, épouvantables

"fîr^eurs les pairs, la doubh , et

ïamcpioct rigoureux nous ordonne

Illustre accusé qu un dp 0,rr o ^

de poursuivre . Ma. T dc gloire nlilitaire, est

Ou' .morte à la Patrie sa funeste gloire, qui , a ïre sur la France des revers que, sans elle, 7 eut am ai connus ! Qu'importe sa funeste Îir m'il a Peinte tout entière dans une trahison

sur — àEjX qi contribua attention ! S .1 a sau - & rien ,

1C. rSÏiiÏ ï» n'est' pas de sentiment ^rdoWeSrà l'horreur qu'inspire cette grande

trahison.

D i giiiiait^X^g le *"

» Brutus oublia qu'il fut père pour ne voir que la Patrie. Ce qu'un père fit au prix de la révolte même de la nature, le ministère prolecteur de la sécurité publique a bien plus le devoir de le faire, malgré les murmures d'une véritable admiration, qui s'était trompée d'objet. Ce devoir il va le remplir avec droiture, mais avec simplicité. On peut du moins épargner à l'accusé d'affligeantes déclamations Qu'en est-il besoin à enté «l une conviction puisée dans une incontestable évidence. Je les lui épargnerai. C'est un dernier dommage que je veux lui rendre. Il conserve sans doute encore assez de fierté d'âme pour en sentir le prix, pour se juger lui-même et pour distinguer dans ceux qui subissent la douloureuse fonction de le poursuivre, ce mélange vraiment pénible de regrets, qui sont de l'homme et d'impérieuses obligations qui sont de la charge. »

Certes, cela n'est pas bon ! mais les plaidoieries ne valurent guère davantage. Malheureusement pour le maréchal, ses défenseurs se montrèrent trop avocats et pas assez patriotes. Le premier Empire, que l'on venait de traverser, n'était pas une époque favorable à l'éclosion de la véritable éloquence.

Après le réquisitoire, la séance fut renvoyée au lendemain pour les plaidoieries.

Le 6, dans la séance préliminaire la Chambre décide qu'il y aurait deux votes distincts, l'un sur la culpabilité, l'autre sur la peine. Elle décida de plus que le président s'opposerait au développement de tout

2ol

moyen que les défenseurs essayeraient de tirer de la convention de Paris. On ne peut reproduire les plaidoiries des défenseurs, cependant il est difficile de passer sous silence les phrases suivantes que la censure crut devoir retrancher dans les considérations de Me Dupin, avant d'en permettre l'impression au tome II d'Evariste Dumoulin

«... Surtout si l'on réfléchit que le roi lui-même, entouré de sa maison militaire, des volontaires royaux et de ses serviteurs les plus empressés et les plus démonstratifs, maître de la capitale et de toutes les ressources du gouvernement, a mieux aimé prendre le parti de se retirer sans combattre que de livrer son peuple chéri aux horreurs de la guerre civile. Alors, si l'on fait un reproche, du moins on ne fera plus un crime au maréchal Ney, de n'avoir pas pris sur lui de commencer la guerre civile. »

On retrouve dans ce peu de mots Me Dupin tout entier. Est-ce une épigramme, peu propre à lui concilier le juge ? Est-ce un moyen sérieux, lequel certes ne manquait pas de poids, qui n'en aurait eu que trop, sinon sur l'esprit des pairs du moins sur celui du public ?

Au moment où ce même Me Dupin commençait à

1. Evariste Dumoulin, né dans la Gironde en 1776. Journaliste. Venu h Paris en 1815. Il y débuta par sa collaboration avec MM. Moiseau et Bellamare au journal du soir le Messager des Chambres, et devint l'un des actionnaires fondateurs du Constitutionnel.

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