‹ Le maréchal NeÿChapitre 51 sur 102 · L-avant-dermère P Ml un, lettre adreaaee · texte numérisé non relu

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Agenouillée devant son beau-frère, madame Gamot netait pas dans un moins pitoyable état. Les (ils du maréchal, tristes et silencieux, regardaient leur père et ne pouvaient pas même pleurer. Il les prit successivement sur ses genoux et leur parla longtemps à voix basse; puis, pour mettre un terme à cette scène qui eût brisé un autre courage que le sien, il dit à demi-voix à madame Gamot, de façon cependant à être entendu de la maréchale :

— Je crois que si vous ne perdez pas de temps, vous aurez celui d'être reçues par le roi.

La pauvre femme saisit avidement cette idée et se jetant dans les bras du condamné, qu'elle étreignit convulsivement, elle regagna sa voiture et se hâta de courir aux Tuileries. Nous dirons quel accueil l'y attendait.

« Reslé seul avec ses gardes, dit le Journal des Débats, il s'est promené dans sa chambre. Un de ses gardes, grenadier de Larochejaquelein (lisez garde du corps de la compagnie Grammont), lui dit :

m — Monsieur le maréchal, au point où vous en êtes, ne devriez -vous pas penser à Dieu ? C'est toujours une bonne chose que de se réconcilier avec Dieu.

» Le maréchal s'arrêta, le regarda et après un moment de silence, il lui dit :

» — Vous avez raison, oui, vous avez raison, il faut mourir en honnête homme et en chrétien ; je désire voir M. le curé de Saint-Sulpiec. »

La Quotidienne est plus catholique et plus chevaleresque :

« — Général, a dit l'un des militaires présents, j'ai vu beaucoup de batailles ; chaque fois que je l'ai pu, je me suis confessé et je m'en suis toujours bien trouvé.

» Le maréchal l a regardé avec un certain intérêt. » — Eh bien l qu'il vienne. »

Le récit de M. de Vaulabelle est plus simple et bien plus près de la vérité.

« Resté seul avec ses gardes, Ney écrivit quelques dispositions. Les hommes chargés de sa surveillance, bien que couverts de l'uniforme de gendarmes, et de soldats de la nouvelle garde royale, appartenaient, comme les gardes de la Conciergerie, aux anciennes bandes de l'ouest et du midi, et aux différents corps de la maison militaire du roi. L'un d'eux dont les formes et le langage contrastaient avec l'habit dont il était revêtu, s'approcha de Ney.

» — Monsieur le maréchal, lui dit-il, à votre place, je penserais maintenant à Dieu, j'enverrais chercher le curé de Saint-Sulpice.

» Ney regarda cet homme et sourit :

» — Kh bien! lui répondit-il, envoyez-le chercher.

» M. l'abbé de Pierres venu, le maréchal resta enfermé trois quarts d'heure avec lui ; et comme le prêtre allait se retirer, il lui témoigna le désir de le revoir à ses derniers moments ; effectivement, à huit heures et demie, M. le curé de Saint-Sulpice était de retour. »

À plus de neuf heures, et non pas à huit, comme le dit M. de Vaulabelle, on l'avertit que l'instant fatal était venu. Il répondit simplement : « Je suis prêt. »

Il était vêtu d'une redingote de drap bleu, d une culotte et de bas de soie noire et d'un chapeau rond. Il traversa le corridor, descendit l'escalier tournant, au milieu d'une double file de soldats ou de gens prétendus tels, il s'entretenait à voix basse et de l'air le plus calme, avec l'abbé de Pierres. Arrivés au bas du perron, côté du jardin, ils trouvèrent un fiacre, le condamné dit au prêtre en lui cédant le pas :

— Montez le premier, monsieur le curé, j'arriverai avant vous là-haut.

Ce fiacre, qu'un commissionnaire avait, au dernier moment, couru chercher, place Saint-Michel et dont M. Lothon a conservé le numéro, ce fiacre que nous retrouvons dans la Quotidienne , la Gazette de France, le Journal des Débats, dans son numéro du 8, le change en carrosse de M. le Grand Référendaire.

Ce fiacre donc, traversa le jardin du Luxembourg et s'arrêta dans la grande avenue de l'Observatoire, à moitié distance entre cet édifice et la grille du jardin. Un officier de gendarmerie ouvrant la portière, annonça au maréchal qu'il était arrivé au lieu de son exécution ; le condamné mit pied à terre, non sans témoigner quelque étonnement, disent tous les journaux. Le maréchal s'attendait et devait s'attendre à ce qu'on le conduisît à la plaine de Grenelle, de temps immémorial, seul point de Paris affecté aux

exécutions militaires. Le gouvernement avait eu peur et n'avait pas reculé devant une irrégularité de plus ; les rapports de police étaient effrayants ; tandis qu'on allait pour ainsi dire escamoter la victime dans l'allée de l'Observatoire, quarante mille hommes, dont plus de la moitié composée de militaires armés, l'attendaient à la plaine de Grenelle, pour le délivrer.

Dans cette saison et à cette heure, la grande allée de l'Observatoire était un lieu quasi désert, il ne s'y trouvait pas trente bourgeois, presque tous employés inférieurs du Luxembourg; la force militaire pouvait monter en tout, à deux cents hommes. Le récit de l'exécution, tel que le donnent les journaux de l'époque, est évidemment adouci et tronqué ; nous empruntons celui de M. de Vaulabclle, conforme de tous points aux souvenirs de la famille.

« Après avoir fait ses adieux au prêtre et lui avoir remis, pour la maréchale, sa tabatière d'or, et pour ses pauvres, quelques napoléons qu'il avait sur lui, le maréchal alla se placer lui-même devant le peloton d'exécution. Ce peloton était composé de soldats vétérans ; l'officier qui les commandait fil offrir au prince de la Moskowa de lui bander les yeux.

» — Ignorez-vous, répondit le maréchal, que depuis vingt-cinq ans, j'ai l'habitude de regarder en face les boulets et les balles? Je proteste devant Dieu et la patrie, contre le jugement qui me condamne ! J'en appelle aux hommes, à la postérité, à Dieu ! Vive la France î

» L'officier écoulait, immobile. Le général com-

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mandant lu place de Paris, et qui depuis le matiu se trouvait chargé de la garde du condamné et des détails de l'exécution, le comte de Kocheehouart, s'adressa nt au chef de peloton, lui dit à haute voix : » — Faites votre devoir !

» Le maréchal ùla aussitôt son chapeau de la main gauche et posant la main droite sur sa poitrine, il s'écria d'une voix forte :

» — Soldats, droit au cœur !

» Mais l'officier ne bouge pas. Le comte de la Force, frère d'un des juges du maréchal, assistait à L'exécution, comme colonel d élai-major de la garde nationale ; il s'avance vivement vers le commandant du peloton 1 et le trouve éperdu ; placé sous le regard de sa grande victime, que le devoir lui ordonne d'immoler, l'officier semble frappé de vertige. M. de la Force prend immédiatement sa place ; il donne le signal ; le peloton fait feu ; Nev tombe f rappé de six halles à la poitrine, de trois à la tète et au cou et d'une halle dans le bras.

» Conformément aux règlements militaires, le corps resta exposé pendant un quart d'heure, sur le lieu d'exécution. Transporté à l'hospice de la Maternité, il y demeura jusqu'au lendemain, gardé par des sœurs de la Charité, qu'on relevait d'heure en heure, et qui, agenouillées près de lui. récitaient les prières des morts.

» Cependant, la maréchale était accourue aux 1. M. «le Saint Bias, d'origine piémontaUe.

Tuileries ; elle setait adressée, pour parvenir jusqu'à Louis XVIII, au duc de Duras, premier gentilhomme de service ; elle dut attendre assez longtemps ; le roi, disait M. de Duras, ne recevait encore personne. La nouvelle de l'exécution ne tarda pas à arriver au château, le premier gentilhomme annonça alors à La veuve que l'audience ne pouvait lui être accordée, parce qu'elle était maintenant sans objet. »

Nous avons vu M. de Vaulabelle placer l'exécution à huit heures ; M. Berryer père la place dans ses Mémoires à sept heures, et le docteur Bégin, dans son article consacré au maréchal, dans la Biographie Didot, dit également à sept heures. Si l'exécution avait eu lieu à sept heures du matin, le 7 décembre, elle aurait eu lieu avant le lever du soleil.

Afin qu'il ne puisse plus exister aucune incertitude à cet égard, je transcris ici le procès-verbal d'exécution qui se trouve deux fois au dossier, la première comme pièce isolée, la seconde au bas de l'exemplaire mis au net de l'arrêt.

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