RÉPONSE DE M. 0 1) I LON -B A RROT
« Mon cher prince,
m Je suis honoré et louché de la inarque d'estime et de hauti* confiance que vous voulez hien me donner en me consultant sur une détermination si importante pour vous, pour votre famille et en même temps pour le pays. J'ai compris votre résolution de vous abstenir de siéger à la Chambre des pairs tant que l'arrêt qui a condamné votre père ne serait pas bille des registres de cette Chambre; et cependant, tout en honorant votre piété filiale, je n'ai pu admettre que la Chambre des pairs renouvelée, reconstituée pour notre Révolution de 1830, fût solidaire de la Pairie de i 8 1 îS .
» Sur ce point, je me suis associé de toute la force de mes convictions aux nobles protestations du brave général Exelmans. Que le fils de Strafford n'ait pas voulu siéger parmi les pairs d'Angleterre avant la revision du procès de son père, cela se comprend : la pairie, en Angleterre, vieille et permanente comme l'aristocratie qu'elle représente, fait les révolutions et ne les subit pas; elle ne connaît ni rénovation, ni reconstitution. Il n'en a pas été ainsi de notre pairie en 1830. Profondément rénovée dans son personnel et dans ses conditions constitutives, elle n'est pas plus ancienne que les pouvoirs que notre Révolution a créés.
» Le véritable arrêt <Ii' révision de la condamnation «lu maréchal Ne\ . « • si la Révolution de Juillet. C'esl cette Révolution qui a renvoyé à l'étranger cette dynastie qui avail livré «mi holocauste, à l'Europe coalisée, le vainqueur de la Moskowa, le héros de la Bérésina, le brave des braves. Ce n'est pas seulement larrèl, c'esl le tribunal, c'est le Gouvernementnu nom duquel il a été prononcé, qui ont été abolis.
» VA quant aux réparations ducs à la mémoire de votre père, lui ont -elles manqué depuis 1830? Cet élan tout spontané de la population qui, dès les premiers jours <h' notre Révolution, portait son buste au Panthéon; votre nomination à la Pairie sous les auspices de la gloire attachée à votre nom; la mémorable séance <le la Chambre des députés du 2 novembre 1831, où tonte la représentation nationale votait d'enthousiasme le renvoi, au président du Conseil, de la pétition des citoyens de la Moselle, qui demandait la réhabilitation de la mémoire du maréchal ; et au-dessus de tout cela, la cérémonie si importante qui, dans l'apothéose de Napoléon, restaurait toutes les gloires «le I Empire. (La statue du maréchal .Ne y était placée des premières, du coté où devait arriver le char funèbre de I Kmpcreur, parmi celles qui décoraient sur deux rangs l'avenue des Invalides i.
» La population de Paris, qui suivait naguère les restes mortels de Napoléon, séparait-elle l'Empereur de celui de ses lieutenants qui était le plus intime-
LE MARÉCHAL NKY
ment associé à sa gloire? Le nom du maréchal Ney ne brillait-il pas à cùté de celui de Napoléon dans cette marche triomphale ? Jamais plus éclatante réhabilitation a-t-elle été accordée par un grand peuple à ses héros ?
» Les mânes de votre père sont apaisées, et vos douleurs filiales doivent être éteintes au milieu de ces enivrements de l'enthousiasme national. Vous pouvez, vous devez maintenant vous souvenir que vous avez des devoirs à remplir envers ce pays que votre père a si glorieusement servi. Une occasion solennelle se présente à vous de saisir la part qui vous appartient dans la puissance législative de la France, et en cela vous vous inspirerez encore des souvenirs de l'illustre victime de 1815.
» Les débats qui vont s'ouvrir dans le sein de la Pairie vous reporteront à cette époque de cruelle mémoire, où l'indépendance de la France succombait malgré la bravoure de ses armées, et où votre père fut frappé du même coup qui atteignit la patrie au cœur. Sauvez Paris d une capitulation semblable à celle de 1815, et vous vous acquitterez envers votre père en même temps qu'envers votre pays.
» Recevez, etc.,
» odilon-barrot, député de l'Aisne.
» Paris, 9 février 1841. »