RÉPONSE I)U GÉNÉRAL EXELMANS
« Mon cher prince,
» J'ai lu avec empressement la lettre par laquelle vous me faites l'honneur de me dire que vous êtes décidé à venir siéger à la Chambre des pairs, après avoir vainement réclamé pendant plusieurs années l'annulation du jugement qui vous a privé de votre illustre père.
» Quant à moi. je pense que cette annulation n'eût été qu'une pure formalité, dont sa mémoire peut très bien se passer sans en éprouver la moindre altération. D'ailleurs l'opinion publique, juste appréciatrice des actions des hommes, ne l'a-t-elle pas réhabilitée depuis longtemps par toutes les marques de sympathie qu'elle a données à votre famille?
» Cette sympathie a dû être pour vous et pour elle un puissant motif de consolation; peut-on, en effet, en éprouver une plus grande qu'en voyant nos concitoyens prendre une part aussi vive au malheur qui vous accable lorsque nous perdons ce que nous avons de plus cher, et d'une manière aussi cruelle.
LE M A II K Cil AL M K Y
» Mais le Roi, le Gouvernement, en vous appelant à la Pairie, n'ont-ils pas en quelque sorte frappé d'anathème le jugement que je m'abstiens de caractériser aujourd'hui ?
» Dernièrement encore, lors de la solennelle et funèbre cérémonie dont nous avons été témoins (la translation des cendres de Napoléon), n'a-t-on pas vu briller le nom de votre père au milieu de tous ces noms glorieux dont la patrie s'honore à jamais?
» Si je ne me trompe, mon cher prince, ceci doit être plus consolant pour vous et votre famille que les formalités judiciaires rétroactives, de quelque part qu'elles émanent. Mais votre piété vous imposait le devoir de réclamer cette mesure; vous vous en êtes acquitté en digne fils : je crois donc que maintenant vous agissez sagement en vous présentant à la Chambre, qui sera flattée sans doute de vous y voir siéger. Mais je pense qu'en y entrant il serait noble, il serait convenable de secouer toute espèce de ressentiment et de rancune politique; ceux-ci doivent avoir un terme. Vous vous y occuperez, mon prince, comme vous en avez le désir, à devenir le plus utile à votre pays.
» J'ai l'honneur d'être, etc..