HORTENSE
1. Sœur oinée de madame la maréchale Ney, qui épousa M. Gamot.
« Jai appris avec bien du plaisir que ton père allait mieux.
» Ce dimanche. »
« Ma chère Églé, je voulais t'écrire tous les jours et je vois par ta lettre que tu as besoin qu'on te remonte un peu, tu te laisses aller à la tristesse et si j'osais je te gronderais; mais cela m'arrive trop souvent pour oser en parler, et je n'en ai que trop de sujet cependant. Tu te trompes en croyant que des personnes de ta connaissance passent à Paris, ce n'est nullement vrai, et je te dirai que cette personne n'est guère polie, mon frère et moi lui avons écrit et ;{ n'avons reçu aucune réponse. Si c'est son habitude
cela console, mais tu vois que tu n'es pas la seule. Je suis dans mes affaires jusqu'au col, et il me tarde bien de partir pour me soigner un peu, et être comme toi triste à mon aise. Écris- moi toujours et crois bien pour la vie à mon tendre attachement.
» Ce 30 juin. »
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« Ma chère Églé, j'ai bien pensé à ton chagrin en apprenant la mort de ta tante dis à ses filles toute la part que j'y prends ainsi qu'à son fils, elle était excellente; mais il y a un âge où pour soi il faut mieux ne plus vivre. je suis bien aise que tu sois contente de la grande-duchesse, elle doit plaire à Paris, car elle est réellement charmante. Nous avons ici la grande -duchesse de Russie, qui réunit aussi tout ce qui peut plaire dans une princesse. J'ai passé hier la soirée avec elle, chez ma belle-sœur qui est sa tante, elle a été fort gracieuse pour moi et pour tout le monde, elle est très jolie, ce qui ne gâte rien aux manières quand elles sont aussi agréables.
» Tu devrais, sur une petite feuille de papier, me mettre le total des mémoires que je dois à ta connaissance, car j'ignore ceux que Ferdinand Devaux a déjà pu payer, et à mon retour, je t'enverrai de l'ar-
1. Madame Rousseau de Beauplan, née Julie Genêt, sœur de madame Campan. M. Rousseau, prévôt d'armes des enfants de France, fut décapité en 1793 sur la dénonciation de Danton. Ayant eu une altercation avec lui, M. Rousseau le provoqua, mais Danton, qui n'était pas précisément un brave, s'esquiva, dénonça son adversaire comme royaliste et le fit condamner à mort. Au sortir de la prison, Rousseau de Beauplan étant sur la charrette qui le conduisit au supplice, Danton monta sur une borne et cria à son ennemi : « Pare cette botte, Rousseau. »
gent pour no plus rien devoir; ne comprends pas Herhaux dans ta note, car j'ai son mémoire que je veux faire acquitter par une somme qu'on me doit à Paris, cela devait être fait depuis longtemps et M. D... est chargé de poursuivre cette dette. Je t'envoye la note de ce que j'ai besoin tout de suite de trouver à mon arrivée en Suisse, j'espère bien que tu n'as pas renoncé à ta bonne intention de venir me voir, ce pauvre Eugène 1, je voudrais bien qu'il y vint aussi ! Mille choses à tes enfants, je t'embrasse tendrement.
» HORTKNSE.
» Home, ce 11 avril 1835. »
« Crois bien, ma chère Églé, que j'aurais été bien heureuse de te voir à Paris; mais tu as senti ma position, ma parole si religieusement observée de ne voir personne. Ensuite, je te dirai franchement qu'il m'avait fallu tant de courage pour sauver mon fds des dangers qu'il a courus, que je n'avais pu supporter la vue d'une de mes amies sans le perdre entièrement. Mon cœur et ma personne étaient si malades ! Seule, sans remuer, ne sentant plus rien,
1. Troisième fils du maréchal, attaché d'ambassade au Brésil, mort de la fièvre jaune.
j'avais encore besoin de soigner Louis qui avait une maladie inflammatoire, et cette solitude complète, l'oubli de moi-même m'étaient nécessaire : j'oubliais même dans ce petit appartement que c'était en fugitive que j'avais revu cette patrie tant ambitionnée, je ne pouvais me croire dans ce Paris où je suis née, dont j'ai habité les palais, j 'étais une autre personne, je me le disais, je n'avais fait qu'un rêve affreux, car la douleur pour avoir un moment do répit a besoin de s'abuser.
» Au reste, ignorée, tranquille, respirant l'air de la patrie, je me serais adonnée à finir ma vie ainsi, mais le sort en décide toujours autrement.
» J'ai dû me relancer dans le monde. Je n'ai autorisé personne à parler de moi dans les journaux, car je déteste occuper le monde de moi. Mais M. B... ayant su de Louis tous les détails de mon voyage, puisqu'il n'était plus secret, et sans doute ayant appris qu'on calomniait encore, a cru devoir y répondre et il s'est cru autorisé, parce que mon fils voulait, il est vrai, y répondre lui-même, et que je l'en avais empêché; voilà tout ce que tu désirais savoir.
» La santé de Louis est meilleure, la mienne aussi. Je me prépare au froid, quant au choléra j'y penserai lorsqu'il viendra.
» Je t'embrasse tendrement ainsi qu'Antoinette, mille choses à tes enfants. Ne doute [pas du plaisir que j'aurais à te voir quand tu pourras venir.