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Le maréchal Pélissier, duc de Malakoff

A la fin du règne de Louis XVI, quand les premières agitations populaires de la Révolution amenèrent, entre la monarchie et l'Assemblée, ces conflits d'où naquirent tant de malheurs publics, il y eut à Versailles, à Paris, à Metz, de grands mouvements de troupes. Les chefs des divers corps d'armée furent, selon leur importance , mêlés au mouve-

ment politique du temps. Quelques physionomies militaires se détachèrent en traits rudes et accentués, sur ce fond de libéralisme et de sentimentalité philosophique, qui jeta tant d'incertitude dans la formation du nouveau principe d'autorité.

Parmi ces hommes de guerre, on distinguait le vieux maréchal de Broglie et le marquis de Bouillé, compagnons d'armes de la guerre de Sept- Ans. — Tous les deux avaient passé leur vie dans les camps. L'un s'était distingué sur les champs de bataille de la Saxe , de la Bohême, de la Hollande, l'autre avait guerroyé et gouverné dans les îles du Vent. L'un et l'autre, vrais soldats, purs de tout alliage civil, ne connaissant que la monarchie et leur épée, construits tout d'une pièce, pour ainsi dire, vécurent dans le devoir primitif, sans s'occuper à le définir et à le discuter, et

moururent tout entiers, tels que Dieu les avait faits.

Bien que les circonstances au milieu desquelles nous vivons ne ressemblent guère à celles de 1789, elles s'en rapprochent pourtant par l'aspect de ces discordes civiles qui rendent si difficile la conduite des personnages publics, à quelque fonction qu'ils appartiennent.

Aujourd'hui, comme à la fui du dixhuitième siècle, les hommes de forte trempe, d'unité d'âme et d'esprit, de ferme volonté, ne sont pas communs.

On peut même dire que la race de ces grands serviteurs avait presque entièrement disparu à la suite des événements de 1815. Produit du pouvoir fort, elle ne peut s'engendrer que sous son empire.

Toutes les fois que la société française s'est retrouvée dans la nécessité de reconstituer un gouvernement ou de périr par la guerre civile et l'impéritie des

factions, de vigoureuses physionomies militaires ont reparu à la surface des événements.

On vit surgir du sein de Tannée des officiers généraux qui, jusque-là, n'étaient connus du public que par leurs faits d'armes. Comme Broglie et Bouillé, ils avaient passé la plus grande partie de leur existence dans les camps.

Ceux d'entre eux qui avaient prématurément été mêlés, sous le règne du roi Louis-Philippe, au mouvement des affaires publiques, les Changarnier, les Cavaignac, les Bedeau, lesLamoricière, furent promptement usés par la logique des faits. Le malheur de leur carrière les jeta fatalement dans cette nécessité de prendre parti parmi les factions sans avenir qui vinrent se briser dans le tourbillon de la seconde république française.

D'autres, au contraire, plus sages ou mieux favorisés du sort, plus réellement

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soldats peut-être, surent attendre et jouèrent un rôle à la fois imprévu et décisif.

Mieux avisés, ils ne cédèrent pas aux entraînements des passions politiques ; ils attendirent en Afrique, sur le théâtre même de la guerre, que la France eût besoin de leur épée et (pic la fortune récompensât leur valeur.

C est à cette phalange d'officiers généraux qu'appartient le maréchal Pélissier, phalange éclose à la popularité sous le feu des canons russes en Crimée, • et qui forme au second Empire une auréole de gloire militaire. Les maréchaux Pélissier, Canrobert, Bosquet, Vaillant, les généraux Espinasse, Mac-Mahon, Bourbaki, sont bons à montrer à l'Europe, qui, pendant dix-huit ans, put croire que la France perdait ses instincts militaires.

Jean-Jacques Amable Pélissier est né à Marommc (Seine-Inférieure) le 6 no-

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