‹ Le maréchal Pélissier, duc de MalakoffChapitre 2 sur 37 · LE MARÉCHAL PÉLISS1ER · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL PÉLISS1ER

vembre 1794. Si le lieu et les circonstances qui entourent la naissance <fun homme exercent quelque influence sur sa destinée, M. le maréchal Pélissier peut servir d'exemple à cette loi providentielle. Il existe à Maromme une vieille maison au fronton de laquelle on lit une inscription qui en fera dans l'avenir un monument historique. C'est aujourd'hui une modeste et paisible filature. Mais quand le jeune Pélissier vint au monde, à une époque où le canon français tonnait à nos frontières menacées par la coalition, cette maison était une poudrière. Le père de M. Pélissier y occupait un emploi. L'on peut donc dire, sans hyperbole, que le vainqueur de Malakoff respira dès le berceau l'odeur de la poudre.

Les dispositions de l'enfant illustre que le hasard plaçait en quelque sorte dans son élément furent très-nettes,

très-accentuées, comme le sera sa vie entière. Sa famille n'hésita pas sur le choix de sa carrière. Dès l'enfance, il fut voué au métier des armes. Le 11 juin 1814, à l'âge de vingt ans, au sortir du lycée de Bruxelles où il avait fait ses études, le jeune Pélissier entrait au service. Il passa d'abord par l'école de la Flèche qu'il quitta, le 25 août, pour l'école militaire de Saint-Cyr.

L'année suivante, 18 mars 1815, . M. Pélissier entrait dans l'armée en qualité de sous-lieutenant. Il avait déjà cette âme de soldat dont la trempe vigoureuse sait résister aux revers de la fortune ; mais, en voyant tomber sur la vaste épopée des fastes militaires du premier Empire le sanglant rideau de Waterloo, le jeune sous-lieutenant dut faire de bien tristes réflexions. Dans ses pacifiques fonctions d'attaché à l'artillerie dp la maison du roi, il dut se demander

si ce n'était pas une ironie du sort de l'avoir jeté précisément dans une voie qui semblait pour si longtemps fermée, et où ses aptitudes, ses goûts, sa vocation, devaient, selon toute apparence, mourir étouffés dans les loisirs énervants de la garnison.

Mais la guerre est éternelle. L'homme, condamné pour son malheur et pour sa gloire à lutter sans cesse, peut changer les royautés et les empires sans trouver cet idéal de paix perpétuelle dont Y esprit philosophique cherche à bercer ses désirs. Dès 1823, à l'époque de l'expédition en Espagne du duc d'Angoulême, M. Pélissier, déjà lieutenant et aide de camp du général Grandler, faisait campagne. Trois ans plus tard, placé dans le même emploi auprès du général Durieux, il fit cette guerre de Morée qu'accompagnèrent les vœux de l'Europe entière.

Jamais guerre plus trompeuse n'éveilla l'imagination des peuples. Tout le monde fut de bonne foi dans cette campagne, Charles X et Byron, Ipsylanti et le général Fabvier, les écoliers de rhétorique et les officiers comme le lieutenant Pélissier. 11 n'y eut, à coup sûr, d'arrière-pensée que chez l'empereur de Russie.

Nous ne savons pas si le futur maréchal de France, qui devait un jour, sous le talon de sa botte, tenir le serpent diplomatique dont Potemkhin a gratifié les chancelleries européennes, sentit, dès la campagne de Morée, par où soufflerait le vent de la guerre en 1853; mais, avec ce fort instinct pratique qui le distingue, et placé, comme il Tétait, près d un général divisionnaire, il dut recueillir des informations que la politique du gouvernement français en 1828 sut mettre au jour, et qui peut-être n'ont pas été inu-

tiles au général en chef de l'armée française sur le terrain de la Crimée.

La conduite du capitaine Pélissier lui avait valu en Espagne la croix de la Légion d'honneur et celle de l'ordre de Ferdinand. Il s'était distingué à la prise du Château de Morée. Deux nouvelles croix, celle de chevalier de Saint-Louis et celle du Sauveur de la Grèce récompensèrent sa bravoure (1). Aussi, dès que l'on forma l'armée destinée au siège d'Alger, le capitaine Pélissier en fit partie. Il servit sous les ordres du maréchal Bourmont, et fut promptement nommé chef de bataillon d'état-major, et élevé, en 1830, au grade d'officier de la Légion d'honneur.

M. Pélissier avait alors trente-six

(1) Sa poitrine est consteUée de décorations de toutes les nations européennes , et les broderies de son habit de maréchal disparaissent entièrement sous le nombre et l'éclat de ces différents ordres.

ans. Sous la monarchie de 1815, il était rare qu'un officier de fortune fit un chemin aussi rapide . Le commandant Pélissier avait déjà, sans doute, dans les grades secondaires qu il venait de parcourir, déployé quelques-unes des grandes qualités militaires qui le distinguent.

De 1831 à 1839, le commandant Pélissier servit comme aide de camp d'inspecteurs généraux à l'intérieur , et fut attaché au ministère de la guerre. Il y acquit, sur l'organisation des troupes et sur l'administration, des connaissances précieuses pour un futur général en chef (1). Nommé, le 2 novembre 1839, lieutenant-colonel, il retourna en Afrique et n'en sortit que pour aller en Crimée.

(1) Soit sous-chef d'état-major de Parmée d'Afrique, soit commandant de la division d'Oran, le général Pélissier a toujours écrit entièrement sa correspondance. Son écriture, menue, soignée, est une coulée anglaise fort agréable et fort lisible ; sa signature est ferme et sans ambition.

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- Ici commence véritablement la carrière du maréchal Pélissier. Son nom va désormais se trouver mêlé aux événements les plus considérables de nos guerres d'Afrique. Une biographie officielle résume ainsi cette belle vie militaire :

« Pendant les quinze années qu'il a « passées sans interruption depuis 1840 « en Algérie, dit le Moniteur de l'Ar- « mée, M. le général Pélissier a pris « part à presque toutes les opérations « militaires importantes qui s'y sont « accomplies. Il est peu de généraux « qui aient servi d'une manière aussi « active que lui, et montré plus d'habi- « leté dans la conduite des troupes. Cité « maintes fois pour son intrépidité, son « coup d'œil, son élan, sa résolution; « blessé d'une balle à l'épaule, au bois « des Oliviers, le 15 juin 1840, et « d une balle au bras droit dans la cam-

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