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grosse correspondance, Louis-Philippe s'y montra facile sur le chapitre de la renonciation aux droits éventuels de succession à la couronne des Deux-Siciles, niais fort âpre pour les droits successifs d'une autre nature. Le mariage eut lieu le 25 novembre 1845 (1).
Le prince passa en France toute la durée de l'année 1845. Le roi lui avait donné le commandement du camp de Bordeaux, l'inspection générale de l'infanterie et les fonctions permanentes d'inspecteur des écoles de tir pour les aimes à feu portatives. Le jeune duc préférait sans doute l'Afrique à ces loisirs par trop remplis. Aussi retourna-t-il en Afrique où il obtint de nouveaux succès, notam-
(1) De cette union sont nés :
1° Louis - Philippe - Marie - Léopold d'Orléans, prince de Condé, né le 15 novembre 1845 ;
2° Franrois-Louis-Marie-Philippe-d'OrléanSjdnc de Guise, né le 5 janvier 1854.
ment le 8 avril 1946, au combat d'Oued- Fodda.
L'événement qui devait signaler la fin de sa carrière militaire, eut lieu peu de temps après.
On a vu par de précédentes notices comment le gouvernement général de l'Algérie, récemment organisé sur un plan plus conforme aux besoins de la colonie et à l'action de l'État, donnait lieu à d'incessants tiraillements avec le ministère de la guerre. Ce gouvernement général devenait une sorte de viceroyauté fort exigeante et médiocrement docile. Quand le caractère du gouverneur-général aggravait cette situation, il en naissait des conflits administratifs permanents.
Le maréchal Bugeaud était précisément un de ces hommes qui, avec de grandes vertus militaires, ne savent pas toujours se conformer aux nécessités lé-
gales et administratives. En 1847, ses exigences devinrent impossibles à satisfaire. On lui avait déjà sacrifié le vieux maréchal Soult. Le seul moyen d'en finir était de lui ôter le gouvernement général de l'Algérie.
Le roi avait prévu ce cas. 11 voyait de loin naître et se compliquer les difficultés. La direction qu'il avait donnée à la carrière d'un de ses fils n'était pas étrangère à ce fait. 11 entrait dans ses plans de terminer un jour ces embarras en donnant le gouvernement général de l'Algérie au duc d'Aumale. Il le lui confia, en effet, le 21 septembre 1847.
Abd-el-Kader était alors à bout de ressources et d'expédients. Cet homme extraordinaire et d'un génie véritablement supérieur à celui des peuplades barbares qu'il gouvernait, comprit que sa lutte contre la civilisation occidentale était trop inégale. Il ne pouvait pas la
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continuer, d ailleurs, et vint de lui-mêmo se livrer aux Français. Le duc d'Aumale vint à Sidi-Ibrahim recevoir la soumission du sultan des Arabes.
L'émir avait mis pour condition à sa soumission, que, partout ailleurs qu'en Afrique, la terre lui serait libre. Le général Lamoricière avait accepté cette condition (1).
Le duc d'Aumale ratifia l'acceptation.
Il fit preuve, dans cette circonstance, d'inexpérience et d'incapacité politique.
Il eut, en outre, le chagrin de voir le gouvernement violer la promesse du fils du roi, ce qui ne manqua pas de prêter des armes à l'opposition. Le côté odieux de cette affaire retomba, en effet, sur le gouvernement. Le prince s'en "tira les mains nettes, aux dépens de l'honneur de la couronne.
(1) Voir dans la lTe Série, la Notice sur le général Lamoriçi(*re.
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Les fils du roi contribuaient ainsi, chacun pour sa part, le duc de Nemours par son impopularité, le duc de Joinville par une opposition ouverte, le duc d'Auniale par imprudence, au renversement du trône du roi leur père.
Le 25 décembre, Abd-el-Kader s'embarqua à Oran pour la France.
Le brait courut alors dans le public qu'en quittant la terre africaine, Abdel-Kader avait fait don au duc d' Aumale d'une jument noire, célèbre parmi les Arabes, et dont la filiation se rattachait à une origine légendaire.
L'émir voulait, par cet acte, montrer au jeune général qu'il ne le rendait point solidaire de la trahison dont il était victime. Rien n'était plus capable d'exciter au mépris du gouvernement. Les masses ne sont point politiques, et n'admettent pas qu'un Etat se comporte autrement que ne le ferait un particulier.
La soumission d'Abd-el-Kader semblait mettre fin à la guerre. Elle donnait du moins une solidité nouvelle à notre colonie. Le jeune gouverneur général crut pouvoir renvoyer trois régiments en France.
Le duc d' Aumale commençait à peine à jouir de ce repos conquis par les armes, que la révolution de Février 1848 éclata. 11 apprit successivement la nouvelle de l'abdication du roi, de la régence, de la république. Il n'essaya point de résister aux événements. Se conformant, au contraire, aux décrets de la Providence, qui, après tant d'années, avait permis que sa race prît et perdît une couronne si longtemps convoitée, il exhorta les populations et l'armée d'Afrique à attendre et à se soumettre à la volonté du peuple français. I
Quand le doute ne fut plus permis, le j 3 mars, il laissa aux mains du général i
Changarnierle gouvernement général de l'Algérie; celui-ci dut le transmettre au général Cavaignac, nommé par le gouvernement provisoire.
Il s'embarqua, avec son frère Joinville, sur le Solon. Peu de temps après, ils touchaient les côtes d'Angleterre, où son père était venu en exil dans son jeune âge et où il revenait vieillard et roi détrôné chercher une tombe.
La Providence dénouait, d'une façon logique et implacable, ce drame qui commence avec la Fronde et finit avec une révolution.
La retraite du jeune prince fut accompagnée de paroles habiles, qui montraient qu'en partant, il ne laissait pas toute espérance, puisqu'il flattait, dans sa cruelle disgrâce, ce même peuple qui venait de l'y précipiter.
— « Soumis à la volonté nationale, écri-
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vit-il, je m'éloigne; meus, du fond de l'exil, tous mes vœux seront pour la prospérité et la gloire de la France, que j'aurais voulu servir plus longtemps. «
Cette douceur ferait regretter les loyales violences de Ma rie- Antoinette.
Le colonel Jamin (aujourd'hui général de brigade commandant le département du Loiret), aide de camp du duc d'Aumale, accompagna le prince sur la terre d'exil. A son passage à Paris, de retour de cette pénible et honorable mission, il se présenta au ministère de la guerre pour obtenir un emploi ; détaché auprès du prince, il était en mission hors cadres. Le colonel Charras, alors sous-secrétaire d'État au ministère de la guerre, fit difficulté de replacer M. Jamin. M. le comte Amser (aujourd'hui général de brigade commandant la subdivision de la Meurthe et des Vosges), représentant
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du peuple, vainquit cette résistance, et M. Jamin fut place à la tête d'un régiment de l'armée d'Afrique.
Aujourd'hui le duc d' Aumole vit à Londres. 11 y administre son énorme fortune.
De temps en temps, il donne signe de vie par des écrits d'un caractère en apparence tout spécial, mais dont le but secret est facile à deviner. On lui attribue, par exemple, une brochure intitulée : les Zouaves et les chasseurs à pied, et un livre archéologique intitulé : Alesia.
Il travaille, dit-on, en ce moment, à une Histoire de la maison deCondê, sujet délicat et funeste qui évoque un souvenir plein de mystères et d'épouvantes. L'héritier de la fortune des Condé n'a pas voix devant le tribunal de l'histoire sur ce terrain. Il s est passé à Chantilly un drame qui doit être étudié, jugé par d'autres que par la personne qui est le plus directement intéressée à éloigner
l'idée d'un crime, s'il y a eu crime — les complicités que la rumeur publique lui donna, s'il y a eu complicité.
Écrire l'histoire de la maison deCondé, c'est, d'ailleurs, un sujet malheureux, c'est écrire l'histoire de la trahison, se dénouant, comme un drame de Shakspeare, parla sombre légende du château de Chantilly.