‹ Le maréchal Pélissier, duc de MalakoffChapitre 22 sur 37 · KT LK DIX ÎVAIMALK · texte numérisé non relu

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tu ne l'aurais pas été d'avance (1). *

Il faut encore citer, parmi les actes qui valurent à M, de Joinville la sympathie publique, le soin qu'il prit de donner une sépulture aux ossements blanchis des malheureux prisonniers qui , après la capitulation de Baylen, furent transportes par les Espagnols sur le rucher de Cabrera et périrent misérablement. M. l'abbé Coquereau, dont le nom était déjà populaire par souvenir de la mission de la Belle-Poule, rendit les honneurs funèbres aux débris des soldats français qu'on retrouva épars dans l'île.

Le prince de Joinville, qui était de l'opposition en 1817 et ne se trompait pas sur les conséquences de la politique

(1) Ces lettres ont été publiées «Uns la Hevue retrtmpectire. de M. Tasehcveau.

du roi et de son entêtement, apprit en Afrique la révolution de Février. Un décret du gouvernement provisoire l'exilait de la France. 11 protesta. Mais lorsqu'on reprend dans l'histoire la longue chaîne de malheurs que cette famille d'Orléans a infligés à la France, quelque sympathie individuelle que puissent inspirer de bons jeunes gens innocents des crimes de leur race, on ne peut nier que cet exil ne fût une indispensable garantie d'ordre pour le pays. Ainsi, quoique la popularité du prince de Joinville dans la marine se fût promptement évanouie, le parti orléaniste n'hésita pas, à propos des élections à la présidence, à mettre en avant la candidature du prince de Joinville. Un décret de bannissement rendu par l'Assemblée nationale répondit à. cette manœuvre. Les princes de la famille d'Orléans protestèrent. Dans la séance du 2i mai 1819, leurs lettres furent

lues publiquement. Le parti continua de s'agiter. M. de Girardin mit son journal à la disposition du prince qui, dans plusieurs lettres adressées à un officier de marine, exprima son désir de devenir représentant du peuple et président de la République, déclarant qu'au cas de refus de la France, il irait faire fortune en Amérique. Le génie traditionnel de la famille d'Orléans éclate dans cette préoccupation un peu bourgeoise.

Aujourd'hui en exil, le prince de Joinville se repose des soucis dupasse; mais quoiqu'il fasse, il reste toujours comme une de ces fleurs d'orage qui courent dans un ciel bleu. La famille d'Orléans est belle dans le silence. Dès que son nom circule, s'il faut en croire l'histoire, le pauvre peuple de France est en péril.

Le duc d' Aumale a fait moins de bruit en ce monde que son frère Joinville.

Plus jeune (il est le 16 janvier 1822),

il fut moins mêlé à la politique du règne. On le mit au collège Henri IV, comme ses frères, et il obtint, en rhétorique, au concours général, le prix d'histoire et de discours français. Il fut sous- lieutenant et lieutenant au collège, capitaine au 4e de ligne en sortant, envoyé au camp de Fontainebleau et détaché à l'école de tir de Vincennes.

Dans les petits dîners du collège , toutes les fois que Ton prononçait le nom de son frère d'Orléans, le duc d'Aumale, qui l'aimait tendrement, en parlait avec enthousiasme. Cette tendresse lui fut commune avec M. le prince de Joinville, qui, avant son mariage, n'ayant que sa solde et les minces libéralités du roi Louis-Philippe, puisait souvent dans la bourse plus généreuse du duc d'Orléans.

Le prince de Joinville empruntait aussi au duc d'Aumale, jamais, dit-on, à Xemours ni à Montpensier.

Le duc d'Orléans avait promis à son jeune frère Aumale de l'emmener en Afrique lorsqu'il sortirait du collège et de lui faire faire sa première campagne. En 1840, il se l'attacha en effet comme officier d'ordonnance et lui fit prendre part à l'expédition du col de la Mouzaïa.

Trop jeune encore pour de telles fatigues, le duc d' Aumale tomba malade, mais il voulut rester à cheval et voir le feu. Son frère ne put le décider à monter dans un chariot d'ambulance. Au combat meurtrier de YAfroun, à la Prise du Col, et au combat des Oliviers, le jeune duc montra de l'énergie et de la bravoure .

Le passage du col a fourni à M. Horace Vernet le sujet d'une de ses grandes toiles militaires. Parmi les figures de ce tableau, on distingue le jeune prince qui s'appuie sur la croupe du cheval de son frère. Le duc d' Aumale est représenté la cravate presque dénouée, la tunique

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ouverte. C'est un blondin encore imberbe.

A la suite de cette campagne, le maréchal Valée, qui trouvait dans la conduite du duc d'Aumale un moyen de se montrer bon courtisan, sans trop choquer la vraisemblance de la fiction imaginée par Louis-Philippe, s'empressa d'écrire au roi :

— « Sire,

« Je prie Votre Majesté de me permettre de lui faire connaître la belle conduite de Monseigneur le duc d'Aumale pendant la longue expédition à laquelle il vient de prendre part. Ce jeune prince, qui paraissait à l'armée pour la première fois, s'est constamment fait remarquer par son ardeur et son courage. Il a couru, dans plusieurs endroits, les plus grands périls,

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en marchant aux premiers rangs de nos soldats , et sa bienveillance pour tous lui a concilié l'affection et le dévouement de tous. Son altesse royale est portée sur le tableau d'avancement pour le grade de lieutenant - colonel ; mais l'armée serait heureuse de lui voir obtenir en outre la décoration de chevalier de la Légion d'honneur , qu'il a méritée, pour ses services personnels. Cette faveur, Sire, lui ferait prendre rang à côté de ses frères d'armes dans l'ordre dont (sic) sa naissance l'appelle à porter le grand cordon , mais dont Votre Majesté a voulu que es princes, ses fils, méritassent le premier grade en servant dans les ranos de ses armées.

« J'ose espérer, Sire, que Votre Majesté daignera accueillir avec bienveillance la demande que je lui adresse, et qu elle me pardonnera de n'avoir

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pas suivi les formes ordinaires dans cette circonstance tout exceptionnelle. "

On raconte qu'au moment de partir pour l'Afrique, le duc d'Aumale fit une promenade à cheval avec un aide de camp dans les environs de Marseille ou de Toulon. Un paysan, apercevant deux officiers en petite tenue, s'approche d eux , et, avec cette naïveté qui fait croire à bien des gens du peuple que tous les militaires se connaissent entre eux, il leur parla de son fils, fourrier dans un régiment d'Afrique. Le prince, que cela amuse, feint de connaître le fourrier, et fait jaser le père ; il en obtient des renseignements assez complets pour retrouver le jeune homme en Afrique.

Quelques mois après, il écrivait luimême au bonhomme pour lui annoncer que son fils se portait bien, qu'il était sergent major, et que son ami, le fils du

roi Louis-Philippe, se chargeait île son avancement.

L'expédition du Col delà iWouzaïa fut une des plus rudes campagnes de notre armée d'Afrique.

De retour à Paris, le due d'Aumale commanda le 1er bataillon du 21e léger et repartit pour l'Afrique au printemps. Nommé lieutenant-colonel du 2ie de ligne, puis colonel du 17e léger, il fit sa seconde campagne en 1811 sous les ordres du maréchal Bugeaud.

Mais le climat d'Afrique ne lui était pas favorable. 11 tomba une seconde fois malade en juillet et ramena en France le 17e léger. Ce régiment rentra dans Paris le 13 septembre 1841. Ce fut une fête pour le jeune colonel et pour ses frères. Ils allèrent à la rencontre du régiment. Au moment où le 17e léger débouchait de la me Saint- Antoine, un meurtrier, un fou, tira up coup de pistolet sur les

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princes. Le cheval du lieutenant-colonel Vaillant fut blessé (1).

Le duc d'Aumale rentra triste au milieu de ses frères irrités. Les soldats étaient insouciants et paraissaient ignorer le fait. Le peuple applaudissait la troupe qui était en tenue de guerre, ce que le public ne connaissait alors (pie par les mises en scène du Cirque.

Le roi fit grand accueil au régiment.

Il le fêta comme il avait fêté les marins de la Belle-Poule au retour des cendres de l'Empereur. Il le passa en revue aux Tuileries, lui donna des croix, et lui offrit un banquet dans le château de Neuilly.

De son côté, le jeune colonel du 17e léger prodiguait les fêtes. La garnison de Courbevoie vivait dans les festins. Le

(1) Voir à ce sujet la lettre inédite de la reine, dans notre Notice sur lo roi Loui-î-Philippe, lr* Série.

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duc d'Aumale avait la monomanie dos dons. Il faisait fabriquer des objets d'équipements qu'il distribuait à son corps, d'officiers.

La mort du duc d'Orléans allait, dans les dispositions générales de la politique du roi, laisser un vide en Afrique. Le jeune duc d'Aumale fut appelé à le combler. Promu, en octobre 1842, au grade de maréchal-de-camp, il s'embarqua à Brest pour cette terre d'Afrique où il allait retrouver à chaque pas le souvenii de ce frère aîné qu'il avait aimé si tendrement. Il passa par Lisbonne et Gibraltar, et vint prendre possession du commandement de la province de Tittery, dont le quartier général était à Médéah. Il apportait au maréchal Bugeaud la lettre suivante, écrite de la main du roi :

— « Saint-Cloud, (> octobre 1842.

« Mon cher Général, c'est mon bien-

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aimé fils le duc d'Aumale qui vous remettra cette lettre. Il va reprendre, sous vos ordres, ce service que vous lui avez fait commencer si glorieusement. Quelle que soit la peine que j'éprouve de voir mes fils s'éloigner de moi, peine douloureusement aggravée par la perte de ce fils chéri qui avait aussi glorieusement et tant de fois combattu en Afrique, leur zèle et leur empressement à rejoindre le drapeau partout où ils peuvent s'associer au danger et à la gloire de notre brave armée, est une des plus douces consolations que je puisse trouver au malheur qui m'a accablé. J'espère que l'armée d'Afrique reportera sur mon fils d'Aumale l'affection si vive qu'elle avait vouée à son frère aîné, et qu'il continuera à la partager avec celui que la Providence m'a conservé, mon bien-aimé fils le duc de Nemours. Elle les trouvera tou-

ET LE DUC D'A UM A LE iô

jours dignes de son estime et de sa confiance.

«Vous connaissez, mon cher Général, celle que j'ai en vous : je ne puis vous en donner une preuve plus éclatante que celle de vous envoyer mon fils, et je sens que je n'ai pas besoin de vous recommander de veiller sur lui. »

A son nouveau poste, le jeune duc se signala par de brillants coups de main. 11 fit, en janvier 1843, la capture du Kalifat d'Abd-el-Kader. Une plus noble prise lui était réservée. Abd-el-Kader en personne, sa famille, son trésor, son dépôt de réguliers, tout cela campait auda cieusement sur le sol de la province que commandait le prince.

Le maréchal Bugcaud en fut informé.

Il combina aussitôt une grande opération qui pût offrir au duc d'Aumale une occasion de se distinguer. Un approvisionnement considérable fut formé vers les

limites du désert, à Boghar. Le prince y réunit les contingents armés de sa province, et partit, le 10 mai 1843, à la tête de 1,300 fantassins et de 600 cavaliers.

La Smala d'Abd-el-Kader était réunie, dans une parfaite sécurité, aux environs de Goudjelab. Le prince en fut informé. 11 saisit habilement l'occasion qui s'offrait à lui. Dérobant sa marche à l'ennemi, il fit vingt lieues d'une seule traite, et arriva avec 500 hommes devant l'émir. Les tribus alliées suppliaient le prince d'attendre son artillerie et ses zouaves. Il y avait, en effet, quelque chose de plus que de la témérité à livrer combat avec 500 hommes fatigués contre 5,000 combattants, l'élite dos troupes d'Abd-el-Kader.

— "Personne de ma race n'a jamais reculé! - s'écria le duc d'Aumale.

Jl donne aussitôt le signa] du combat.

marche à la tête d'un escadron, anime sa petite troupe, tombe sur le camp surpris. L'émir na que le temps de s'échapper et de fuir, laissant aux mains de nos soldats les familles les plus considérables de sa troupe, ses meilleurs officiers, ses drapeaux, son trésor. Sa mère et sa femme faillirent être prises.

La part du prince dans cette affaire fut réellement considérable et eut d'excellents résultats.

Je t'embrasse, mon cher ami, lui

écrivit le roi, dans toute l'effusion démon cœur, et je ne sais comment t exprimer tout ce que me fait éprouver ta brillante conduite, et le bonheur que le ciel m'ait conservé', a travers tant de dangers, un (ils tel que toi.

« 11 va y avoir un certain temps de stagnation pour les opérations militaires en Algérie, et ce temps, j'espère que tu

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penseras comme moi qu'il est préférable que tu le passes ici. 11 n'y a même que les embarras d'un intérimat-qui ne te serait pas confié, et les vœux du général Bugeaud pour qu'il ne soit pas confié à d'autres qu'à toi, qui puissent inspirer e désir que tu ne reviennes pas immédiatement ici. J'ai fait valoir auprès du maréchal (Soultj et des ministres les raisons si bonnes, même si concluantes que tu m'as données pour que tu ne sois pas chargé de l'intériniat du gouvernement général ; mais ils sont effrajés, non sans cause, des inconvénients qui peuvent ré-

sulter de l'indépendance même momentanée des divers commandants de province, et du peu d accord qu'on a à attendre d'eux, quoique tous si capables de bien faire, lorsque le manque d'une autorité supérieure facilitera l'action des passions et des rivalités.

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ET LE DUC D'AUMALE il»

« Nous allons te faire lieutenant-général aussitôt que nous aurons reçu les rapports, demandes et propositions du général Bugeaud. Le maréchal et tout le conseil voulaient que tu fusses promu à l'instant même ; mais ils ont déféré à l'insistance de Nemours et à la mienne, parce que nous avons cm que tu serais contrarié d'être promu seul, sans qu'on eût attendu la demande de Bugeaud, et surtout sans que tes braves compagnons fussent promus ou décorés en même temps que toi. «

La promesse du roi ne se fit pas attendre. Le prince rentra on Fi ance le 29 juin 1843 et fut nommé lieutenant-général en octobre de la même année; il repartit bientôt pour prendre le commandement de la province de Constantine.

Une autre distinction, qui dut plus délicatement peut-être flatter l'orgueil du jeune prince, lui avait été ménagée par

le roi avec une sollicitude de père et de monarque. Il avait commandé à Horace Vernet un tableau destiné à populariser et à immortaliser le fait d'armes dont il devait fixer le souvenir sur la toile. On peut voir, par la note suivante, datée du 6 avril 1844, le soin particulier que le vieux roi mit à cette affaire, où il donna ses idées au peintre avec une minutie, un esprit de détail qu'on retrouve en lui à toutes les époques de sa vie.

— « J'ai déjà lait venir Horace Vernet, qui retracera ce beau fait d'armes dans un grand tableau, et pour lequel je demande tous les plans, croquis, détails et désignations de personnages que tu pourras nie procurer. Je t'en demande autant pour la Smala, dont Horace va commencer le grand travail. Les chasseurs sont à droite sur le premier plan, tu es au centre sur le second, selon moi

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bien place, quoique je regrette dans un sens que tu ne sois pas ?mv le premier plan, et que pourtant je pydfcre que tu sois où on t'a mis, ce qui, d' ai lien rs, doit être la vérité. Horace me dit qu'il tous ses portraits individuels déjà faits, et l'emplacement de chacun; ainsi, si tu dois m'envoyer une liste de noms et désignations déplaces, dépêche -toi. »

Le prince était alors en butte aux attaques du Xational, qui recevait, diton, des communications de M. Charras.

Les critiques du National portaient particulièrement sur les établissements de Bathna et de Biscara, fondés d'npres les désirs du duc d' Aumale. Aussi lui furentelles d'une extrême amertume, que le billet suivant, écrit au roi en réponse aune lettre antérieure , dissimule assez mal :

« Sire, je ne saurais vous dire avec

quel plaisir et avec quelle reconnaissance j'ai reçu votre lettre du 26 juin, si amicale, si indulgente pour moi. Le roi peut croire quHin pareil témoignage me consolerait - entièrement des attaques de quelques journaux, si j'avais l'esprit assez pëtit pour me troubler de ces sortes de choses; mais vous pouvez être sûr que ces sortes de manifestations ne font aucune impression sur moi, et ne me feront jamais dévier de la ligne que ma conscience me prescrira de suivre. »

Pendant ce temps, le roi négociait le mariage du jeune duc avec la princesse Marie-Caroline- Auguste de Bourbon , princesse des Deux-Siciles, fille de feu Léopold, prince de Salerne et oncle du roi. La jeune princesse avait vingt-deux ans. Les préliminaires du mariage furent longs. Les clauses du contrat, débattues parle roi lui-même, donnèrent lieu à une

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