LE MARÉCHAL PÉ LISSIER
tion du Chelif ; en 1843, à un combat contre la grande tribu des Flitas. — On le nomma colonel. L'heure approchait où l'attention publique allait se fixer sur lui.
Dans cette même année, il avait conduit une première expédition contre les tribus du Dahara et avait été nommé commandeur de la Légion d'honneur en revenant de l'Ouarensenis, où il avait dirigé une brigade active. Sous-chef d'état-major de l'armée d'Afrique en 1844 , il s'était fait remarquer à la bataille de llsly.
Deux ans après, un incident d'une importance secondaire, mais qui eut un retentissement considérable, jeta tout à coup le nom du colonel Pélissier dans le mouvement de la polémique. Je veux parler de cette fameuse poursuite des Ouled Fellaha et des Ouled Baaskouna (fraction des Beni-Zeroua) , qui finit par
Digiti
LE MARÉCHAL PÉLISSUvR 17
le terrible épisode des grottes du Dahara.
Il existait , sous le règne de Louis Philippe , un système d'opposition qui appartenait fatalement aux misères des î fictions parlementaires. Le régime admis, C il fallait en subir les conséquences. De jmême que, pour le gouvernement, tout se réduisait à une question de majorité dans la Chambre et que nul moyen ne coûtait en vue du résultat à obtenir; l'opposition , pour faire échec au cabinet, ne dédaignait pas de recourir aux plus infimes expédients. Les journalistes les (plus retors à ce jeu étaient les meilleurs. !|ls détruisaient la monarchie à coups de bec de plume. Logés dans la maîtresse poutre de l'édifice, celle qui soutient l'opinion publique , ils la rongeaient en dedans, faisant en conscience un vrai métier de termites.
. Les actes des moindres agents du
pouvoir, des fonctionnaires de toutes les
branches, de la magistrature, des finances, de l'armée, etc., étaient passés au crible d'une critique malveillante, systématique, et, par conséquent, sans justice et sans mesure. On ne s'occupait pas de savoir si la carrière, l'honneur et le repos d'un homme pouvaient périr à ce jeu.
Peu importait l'individu pourvu qu'à travers sa poitrine, le cabinet, le roi ou la monarchie, fussent atteints.
Le roi Louis-Philippe et les descendants des premiers jacobins recueillaient ce qu'ils avaient semé.
La liste des victimes de ce système serait longue. On se souvient encore d'un illustre officier général qui, affublé du titre de héros de Transnonain, souleva dans la population un inexprimable sentiment de haine. Or si, dans sa longue carrière, le maréchal Bugeaud eut des torts, si sa conduite à Blaye et son duel avec le député Dulong jettent une om-
bre sur sa mémoire, il est impossible de ne pas éprouver un sentiment d'indignation contre ce système d'opposition de l'école de Basile, en songeant que le maréchal Bugeaud ri était pas r ue Tramnonain et demeura entièrement étranger à ce massacre.
Par délicatesse et par fierté , il ne daigna jamais réclamer contre cette calomnie.
Le maréchal Pélissier fut aussi une des victimes de ce détestable système d'opposition. L'épisode des grottes du Dahara courut l'Europe comme une légende sanglante du temps du duc d'Albe ou , sous la Révolution , lors des massacres de la Glacière ou de l'Abbaye.
Il s'agissait, dût le colonel Pélissier rester à jamais enveloppé d'une auréole sanglante dans l'imagination de ses contemporains, il s'agissait de frapper dans sa personne la personne du maréchal
Soult. Il s'agissait d'atteindre la politi-
que de M. Guizot, politique détestable et faible , il n'était que trop vrai , mais qu'il eût été facile de battre en brèche sans employer larme de la diffamation contre un officier supérieur du plus haut mérite qui venait d'agir selon son droit, selon son devoir.
Cette machine de guerre, inventée par les tacticiens de l'opposition fit merveille. Aujourd'hui gouvernants et opposants ont disparu de la scène de la vie publique. La légende du Dahara, comme une trace de sang à demi effacée, n'attire plus les regards distraits par tant d'objets nouveaux. Mais l'histoire commence pour ce règne singulier où le fils de Philippe Egalité, troquant contre une couronne de roi sa couronne civique du club des Jacobins, essaya de réaliser le programme gouvernemental de Mme de Genlis, de Voidel, de Latouche et de