LE MARÉCHAL P1LISSIER
Choderlos de Laclos. Voyons donc ce qu'il y eut de positif dans l'affaire des grottes du Dahara.
Laissons d'abord le colonel Pélissier raconter, avec la précision et la clarté d'un soldat, cette action militaire :
« Ainsi que je vous l'ai annonce par une dernière lettre, j'ai quitté Mostaganem le 27 avril pour entrer dans le Dahara.
« J'ai couché le premier jour à Mechera-el-Hadjour, et, le lendemain 28, j'ai conduit ma colonne à Selfoura, où je devais être rallié par le kalifa Sidi- Laribi. Les populations de ce pays ne devaient pas s'attendre à me voir paraître au milieu d'elles ; en arrivant à Selfoura, les cavaliers du goum ont vu ces populations s'enfuir vers les cavernes connues sous le nom de cavernes des Ouled Felloha et Ouled Boas-Kouna.
« On a couru à leur poursuite pour
atteindre, avant qu'ils soient entrés dans les grottes, les troupeaux et les populations en fuite ; nous avons eu là un chasseur tué et un autre chasseur blessé ; la fusillade a continué jusqu'à ce que les fuyards soient entièrement rentrés dans leurs grottes et que les troupeaux, qui leur ont été enlevés, soient hors de la portée de leurs armes. On a ramené au camp 1,500 têtes de bétail; l'ennemi. a perdu plusieurs hommes par l'effet de notre feu. Nous avons eu un tirailleur tué et cinq blessés dans le bataillon indigène. Un de ces derniers est mort des suites de ses blessures.
« Dès ce moment , les Beni-Zerouel ont demandé à faire leur soumission, mais avec des conditions que je ne pouvais accepter. J'ai donc fa't compléter l'investissement.
« Le lendemain matin, 1er mai, ils ont consènti à se soumettre, en accep-
tant toutes les conditions imposées, y compris l'évacuation et la livraison de leurs grottes. En effet, dès ce même jour , nous avons pu pénétrer dans ces repaires, et j'ai envoyé chercher à Mostaganem la poudre et les outils nécessaires pour les détruire entièrement ; il m'a paru que je ne devais pas hésiter à m'arrêter ici quelques jours de plus pour compléter cette opération. »
Au total, le colonel Pélissier avait fait compléter l'investissement.
Dans l'armée comme ailleurs, l'émulation dégénère quelquefois en rivalité.
Le National qui, on le sait, avait des amis dans l'armée, recueillit des versions mensongères , spécieuses , d'après lesquelles le colonel Pélissier passa pour avoir grillé les Arabes et poussé jusqu'à l'atrocité les horreurs d une guerre d'extermination.
On avait de l'esprit au National et on