‹ Le maréchal Pélissier, duc de MalakoffChapitre 8 sur 37 · LE MARÉCHAL VÉLI>SIER · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL VÉLI>SIER

— Mais, général, il est blessé à la jambe. »

On crut encore une fois l'attention du général détournée. La fatigue d'une telle journée, le besoin de repos et de nourriture deviennent, après de pareilles affaires, la première préoccupation. Mais, quand les dernières mesures furent prises, au lieu daller se mettre à table, le général dit aux officiers qui l'entouraient :

« Maintenant, allons voir Cassaigne..»

Tout le monde resta silencieux et immobile. Un des assistants, rompant alors le silence, avoua la vérité. Sur les traits de l'homme que les opposants du National dépeignirent sous de si noires couleurs, après l'affaire du Dahara, on vit couler des larmes. Ceux qui virent pleurer cet homme de guerre courbèrent la tête avec respect.

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De toute cette soirée de triomphe, le général Pélissier ne dit plus un mot et devint aussi sombre que le jour de la non réussite du premier assaut de Malakoff.

Aujourd'hui, encore, l'illustre maréchal ne parle pas sans émotion du colonel Cassaigne. Il rappellera, T œil troublé, ses parties de whist avec son aide de camp, leurs colères réciproques, leurs raccommodements .

Le même homme n'a pas sourcillé devant les horreurs du combat de Malakoff. Il aime en homme de cœur et commande en chef d'armée.

Napoléon III a nommé le général Pélissier maréchal de France, duc de Malakoff, avec une dotation de cent mille livres de rentes, vice-président du Sénat. Il la attaché au conseil privé de la couronne. Dans des circonstances délicates, il lui a confié l'ambassade de

Londres. La générosité de l'Empereur n'a pas été moindre que le dévouement de ce grand serviteur de l'Etat. Jamais le courage , le génie militaire , le patriotisme, n'ont été plus magnifiquement récompensés.

Le maréchal Pélissier vient de s'unir, récemment, à une jeune dame espagnole, aussi remarquable par son esprit et sa grâce que par sa beauté.

On raconte que dans les derniers temps qui précédèrent son mariage , le maréchal Pélissier, retenu, par la multiplicité des affaires, à son poste de l'ambassade française à Londres, envoyait chaque jour un magnifique bouquet à sa fiancée. Dès qu'un Français, admis dans son salon, lui annonçait son départ, il ne manquait pas de lui confier un de ces merveilleux bouquets, le lui recommandant avec sollicitude.

Cette galanterie, digne d'un comte

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d'Orsay, dut paraître à sa noble fiancée d'autant plus exquise, qu'elle émanait du vainqueur de Malakoff et non d'un simple dandy. L'âme est un diamant à mille facettes. Placez dans un jour inattendu telle pierre précieuse qui n'avait jusqu'alors réflété qu'une lumière flamboyante et terrible, il en jaillira des rayons plus doux que ceux d'un regard attendri.

L'élévation du maréchal Pélissier aux

plus hautes dignités de l'Etat, son ambassade à Londres, son mariage, en attirant continuellement sur lui l'attention publique, en ont fait ce que les chroniqueurs de salon nomment le lion de la saison. A Londres et à Paris, quand on a prononcé cette parole sacramentelle,

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tout est dit sur le compte d'un homme. L'immortalité est acquise à l'acteur célèbre de la comédie humaine, qui a pu devenir le lion d'un hiver. C'est un héros réussi. Chaque mot qui tombera de ses lèvres sera recueilli dans la conque retentissante de la publicité. On copiera ses gestes, son accent, la coupe de son habit.

Quand les généraux romains , qui avaient longtemps çommandé dans l'Afrique ou dans les Gaules, revenaient à Rome, chacun se pressait sur leur passage, chacun voulait voir leurs cheveux blanchis aux frimas du Nord ou leur teint cuivré par le soleil des tropiques.

Pour nous, l'aspect de ces destinée^ si bien remplies, de ces grandes existences couronnées de tous les dons que l'État peut octroyer à ceux qui l'ont le mieux servi, nous inspire d'autres réflexions. Nous éprouvons pour nos insti-

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tutions, pour la Révolution qui les a engendrées au prix de tant de sacrifices, un profond sentiment d'admiration et de reconnaissance.

Lorsqu'en France, au fond de la plus

humble des chaumières, une mère plébéienne met au monde, dans la douleur et dans la joie, Y enfant-peuple de la charrue et des champs de bataille, qui pourrait dire qu'il ne vient pas de naître sous le chaume un grand dignitaire, un ministre, un sénateur, un ambassadeur, un duc? « L'art de créer le génie, disait Mirabeau, n'est peut-être que l'art de le seconder. » '

JSiote. — Le respect que tout écrivain doit au public et à son propre caractère,

l'oblige à expliquer ses erreurs et à ne point donner, sans les motiver, d'interprétations contradictoires d'un même fait. M. Michelet, un des maîtres de l'école historique moderne , date ses critiques et ses admirations. Les dates seules peuvent, en effet, lorsqu'il s'agit d'histoire contemporaine écrite au jour le jour, justifier non pas seulement des critiques ou des admirations erronées, mais encore des erreurs matérielles ou des appréciations incomplètes. .

Cet éclaircissement m'a paru nécessaire à propos de deux passages de cette notice relatifs au maréchal Bugeaud et de l'affaire des grottes du Dahara.

Dans le premier volume de Y Histoire de la seconde République française, il m'est arrivé, comme à la plupart de mes prédécesseurs , d'avancer que le maréchal Bugeaud figurait dans la déplorable affaire de la rue Transnonain. Je reçus

à ce sujet une longue et intéressante lettre de M. Romieu, que le défaut d espace m'empêche de reproduire, et dans laquelle l'inexactitude de cette assertion me fut clairement démontrée.

Dans une notice de la première série de ces Portraits, j'ai eu l'occasion cle citer des fragments d'un historien des guerres d'Afrique, dans lesquels l'affaire des grottes du Dahara était présentée sous un jour très-différent de ce qui me paraît être, après plus ample informé, le véritable sens de cette expédition.

Après les explications très-nettes que cette notice m'a fourni l'occasion de donner, il ne restera, j'imagine, pas plus d'obscurité sur cet acte rigoureux, mais nécessaire, dans l'esprit du lecteur que dans le mien.

FIN

E. DENTU, ÉDITEUR, GALERIE b'ORLEANff,

Palais-Koyal. — 1859.

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