‹ Le Marfore de Gabriel Naudé, ParisienChapitre 7 sur 7 · LE MA III GRE · texte numérisé non relu

LE MA III GRE

traicts de ces excellentes images seront proférés à ceste Minerue dorée, mais rude et impolie au demeurant; & quant au second & dernier de leur aduis (lequel s'il estoit traicté auec vne modestie requise en cas pareil, ne pourroit estre que très sainct & salutaire) ie me serviray de la réponse d'Alfonse, roy d'Aragon, en cas pareil : paw»*.

J ° r Alplionsi régis

(( Cor regum in manu Dei est », & princi- dl^JJÎ,inac paiement celuy du nostre, lequel, comme filz aine de l'Église, est tant fauorisé de sa diuine Majesté, que : <x Ex omnibus flori- Esdras,!».*,

0 7 ^ cap. 5, 24.

bus orbis , eligisti sibi Lilium vnum » ;

c'est pourquov il est à croire qu'elle ne DUeetus meus

x J x descendit tri

voudroit permettre que ceste fleur qui luy '^pZZTrïn

• • î • i > i m r , • , hortis et lilia

est si cnere vint a estre tletrie par une autre comgat.

Cant. VI, I.

qu'elle auroit esleué & permise pululer auprès d'elle, suiuant le dire du sage en ses prouerbes : « Diuinatio in labiis régis ; in iudicio non errabit cor eius. » Toutefois Prov. xvj, io. parce que ces raisons ne seront pas peut estre receues de nos politiques (pour ne les point apeller maquiauelistes) il ne sera hors de propos de montrer par d'autres raisons qu'il n'y a rien à craindre de ce costé : la pre-

24 LK MAKFORE.

mière desquelles est que nos Roys de maintenant sont tout autres que n'estoient ceux soubs qui ces Maires ont si bien faict leurs affaires; plus courageux, plus discrets, de plus grandes entreprises , plus redoutés , plus prudens , mieux assistez , & pour le faire court, plus dignes de commander à vn monde que ceux là à vne ville, plus capables de disposer vne armée que les autres leurs maisons, & d'autant plus chéris de leurs peuples, qu'au contraire ceux là n'en estoient pas seulement veus et regardés. Ces coups de Maires se faisoient du temps que ces bons Princes, séant en chariots de ramées, traînés peut estre par des bœufs, se montroient vne fois ou deux l'année à leurs peuples, tous rauys de iouyr de leur présence & les pouuoir enuisager, & du temps dis-ie que la simplicité estoit la mère nourice de leurs subiects, & que (comme durant Faage d'or) on se seruoit plus de faux que d'espées, de plumes que de lances, & de liures que de plastrons ; & non pas à ceste heure que les esprits des hommes sont au suprême période de leurs perfections, Se

1 et 3.

ERAR1ITS

et aiii.

LE ftfARFORE.

que si les vns sont subtils à cauer des mines, les autres ne sont pas moins industrieux à les euenter. Davantage, quiconque faisant reflexion sur les histoires anciennes , remarquera comme en vn instant Tybere se defaict de Seianus , Seuere de Plaucian , T>,CIT lih- :>

7 Herodi

Commode d'vn Cleander, Matthieu Bouel Ca« de Mayon, cet Escossois, de David Riz, & nostre roy d'vn Florentin ; outre plus qu'vn fondeur peut faire quand il luy plaist d'vne belle statue quelque vase vil & abiect, qu'vn peintre peut d'vn seul traict d'esponge effacer vne pièce sur laquelle il aura trauaillé six mois, vn iardinier d'vne seulle secousse arracher l'arbrisseau qu'il aura esté quatre ou cinq ans à cultiver, & un sculpteur briser d'un seul coup de marteau les testes de quelque triple Diane ou Cerbère , il pourra recognoistre que si ces censeurs téméraires n'ont autre suiect pour farcir les liures, ils se peuuent bien taire & sacrifier à Harpocrate, ou bien à la déesse des Romains Angerona, prenant cest aduis pour cadenasser leurs bouches, eux qui se meslent d'en donner aux autres :

Otho " Posteriora loqui lnterdum melius mihi crede,

Mm. vn Dl il

in loco seriis. Quam linguam, dixit rusticus arvicola. «

Aussi bien Demetrius disoit-il plaisamment que quant à ce qui estoit des murmures d'vne populace, il faisoit autant d'estime de ceux qui luy sortoient par en-hault, que des autres qui luy eschappoient par enbas , ce qui s'accorde auec le iurisconsulte qui dit fort à propos que : « Non attenditur fama qme a talibus prouenit personis » ; sat. 10. c'est pourquoy, auec Philelphe : « linquens ignari murmura vulgi » , ie reprendray le fil de mon discours, & ayant monstre toutes ces calomnies estre mises en auant sans causes légitimes ou valables, ie montreray encor que la fin à laquelle elles sont ordonnées ne peut estre que mauuaise, & pire cent fois que le repos duquel nous jouissons à présent. Car ou leurs libelles & remonstrances ont quelques vertus & efficaces, ou elles n'en ont point ; si elle n'en ont point, quelle folie est-ce à eux de se rompre la ceruelle à chose qui ne leur tourne à prouffit, mais plùstost à blasme & vitupère? N'est-ce pas imiter la folie des Thraces lesquels decochoient leurs

j,i; marfore.

(lèches contre les nues, s'il auenoit que par leur choc ils fissent quelque grondement en l'air; ou celle de ces sonneurs de poésies Se chauderons , pour rendre la lumière à la ma«wwi,

1 'JI9, Seraqiu

lune naturellement ecclipsée? Mais, n'est-ce ^^r

• i j o i gentil/us œra.

pas se priuer de mgement, ce se rendre semblables à ces grenouilles bourbeuses lesquelles ne faisant que coaxer, interrompent le doux sommeil de la paix par leurs importunes clameurs, lesquelles sont aussi bien iettées en vain que celles de nos séditieux, qui n'ont l'esprit de recognoistre que s'il y a quelque default en l'Estat, c'est vne playe de Thelephe qui ne recognoist autre mede- ov.D. <\e Rem.

amor.

cin que celuy qui l'a faicte, & que pour l'ordinaire les maladies dominées par le soleil cauda*™.

iu riiessalum.

sont de plus longue durée que les autres lesquelles sont gouuernées par la lune. Que si leurs libelles ont quelque vertu, ou c'est immédiatement par ceste populace, eschauffée & bouillonnante de courroux, ce que pas vn historien n'accordera, ou mediatement par le moyen des princes & seigneurs du royaume, meuz par leurs beaux discours & persuasions, ce qui est encore plus absurde

28 LE MAItFORE.

& ridicule que le premier , veu que ces brouillons mesme me confesseront que telles personnes ont d'autres occupations que de s'amuser à lire leurs libelles , d'autres espions que ces grands jaseurs, & de plus fidelles conseillers & mieux sensez que ces ceruelles euentées. Mais donnons leur ce dernier moyen , soudain nous ouurons le temple de Ianus, & fols et aueugles AniÈmai», dubates que nous sommes , nous courons

//*. 12, de Var. *

,Iisl comme les Celtes au deuant du malheur qui nous talonne. Y a il créature si dénaturée qui n'aimast mieux passer vne trentaine d'années, voire mesme le cours entier de sa vie, soubs les destinées présentes, que d'endurer six sepmaines durant les fâcheries & incommodités qui suiuent le moindre bruict d'une guerre ou remument? Nous lassons-nous d'estre dépositaires de ce précieux trésor de la paix, qu'il y a vingt huict ans que nous possédons, enviés de nos voisins pour vne si longue garde de ce riche depost, vray Palladion de la France et l'Ancille de nostre Estât? Et quoy! brouillons, vrays boutefeux , ne versés vous pas l'huile

sur la breze & l'eau sur le bitume, ne deschirés-vous pas la poictrine du patient pour cognoistre la maladie de ses intestins? Ne faictes-vous pas faire bruis à ceste grande nauirre de la France sur la poincte des escueils de sédition, soubs ombre de la vouloir recalfeutrer? N'estes-vous pas comme ces empyriques qui par la véhémence de leurs drogues tuent les malades ? Mais plutost ne ressemblez -vous pas à ces fripons de charlatans , qui pour faire monstre de la grande vertu de leurs drogues , les appliquent sur des personnes qu'ils feignent estre bien malades ? Estes-vous si aueuglés des yeux de l'entendement que ne recognoissiés la misère du temps, la libéralité de nostre prince, l'auctorité de ses fauoris, & tous les autres deffauts que voudrés rechercher en l'Estat, ne luy estre si preiudiciables qu'vne guerre de trois mois ? Se trouuera-il aucun paysan si dénué d'esprit, qui n'aimast mieux que la taille fut doublée & le taillon rehaussé, que de loger des fripons de gouiats une iournée ou deux? N'est-ce pas vouloir couper le filet qui soustient ceste espée sur nostre teste.

pour nous vouloir faire perdre la vie , &

comme un autre Samson, chercher nostre

sépulture soubs les ruines que nous aurions

come jtt préparées? Mais quoy ! quelle diçue pouroit-

co?orta£ew? on opposer à ces Ilots boursouflez, ou quelle muraille pouroit rompre coup aux vents impétueux de ces langues effrénées ? Marie , sœur de Moyse , fut frapée de la lèpre pour auoir murmuré contre luy; Coré, Dathan

Numer. xii, & Abiron, pour auoir faict le mesme, furent englotis & précipités vifs aux enfers ; quatorze mille six cens des enfans d'Israël sont punis pour le mesme péché ; T héocrite est salarié de son brocard contre Àntigone par trigaut, la perte de sa veuë, & un semblable estourdy

de l'Histoire f \

chinoise. Chinois fut coupé en mille vingt-deux pièces, sans offenser sa teste , pour auoir médit de

c.cEno, m son rov • Ces exemples, à la vérité, pourroient persuader aux magistrats de reprimer l'audace de ces escriuains par la séuérité des suplices, le dire commun estant :

» Oderunt peccare mali formidine pœnae. »

Remède qui pouroit peut estre retrancher la multitude de ces libelles, mais qui. en

M F. in Qctauiauo.

recompense . les rendroit plus furieux & sanglants, estant vue maxime indubitable que en tous cas esquels « furoris excusatio est insanientium multitudo », la seuerité est plus pernicieuse & dommageable qu'vtile et de quelque amendement. C'est pourquoy, voyant que I. Cœsar & Octauian s'en mocquoient. Néron estimé si cruel les suportoit patiemment, & Philippe de Macédoine les recompensoit. F estime qu'on ne les peut mieux supprimer qu'en les permettant, extirper qu'en les laissant viure, & du tout abolir qu'en les mesprisant, ceste opinion estant très véritable :

•' Quod licet ingratum est, quod non licet acrius vrit. » Ovidivs

& que parmy ceste multitude :

« Latius excisse pestis contagia serpunt. »

D'où nous pouuons coniecturer que le plus mtunur „,

vttitum

souuerain remède & antidote que l'on puisse '""''"'> opposer à ce venin , est de bannir de nous la curiosité , laquelle nourrissant ces petits Ifistoricn de serpenteaux, leur donne courage de se multiplier tous les iours de plus en plus, voyant qu'ils sont bien receus. chéris & caressés,

nostre temps.

32 LE MAJRFORE.

& mesme recherchés dans leur naissance ; estant très certain que quand ces escriuains recognoistront le peu de compte que Ton faict de leurs conceptions , ils cesseront de plus se trauailler à bastir des mensonges, ces chymeres de médisance qui ne seruent de rien & sont du tout inutiles , ou qui enseignent & apportent de beaucoup plus violans & dangereux remèdes que n'est la maladie & affliction du patient. Et alors iouissans du repos & du temps & de la conscience, nous recognoistrons facilement la deuise faicte du temps des Albigeois par les vieux Chanterres & Romans estre très véritable , dedans laquelle vn mareschal tout poudreux, suant & halenant, vray hyeroglifique de nos brouillons, battoit vne faux sur vne enclume, auec ces mots :

« le gagneray, si ie ne faux,

Plus qu'à faire droict, forger faux. »

Mais le remord de conscience ou la synderese, vestuë en vieille Fée & allignant vne règle, disoit d'vn autre costé :

Historien de ■ La droict aura cours et vaudra,

nottre temps. gt à la fin, le faux faudra, n

Et soubs ceste assurance, me mettant à l'abri de ces calomnies soubs le temple de vérité, ie souheteray à ces séditieux vne meilleure intention & plus sain iugement, ou que, suiuant la fortune de Perille, ils soient les premiers enseuelis soubs les cendres des embrasemens qu'ils veulent faire allumer par les regnards boute -feux es quatre coings de nostre France, :

« Curantur magni medicis maioribus segri : Plebs vel discipulo viuit contenta Philippi. »

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