EDOUARD, PONCET, LAMBERT
puis SUZANNE.
( Poucet entre chargé de provisions. Il a un pain de sucre sous un iras , des livres sous l’autre , des journaux à la main. ) po s cet , entrant vivement par ie fond.
Comment, ce cher Lambert est ici!
lambert. Ah ! mon Dien! quel équipage !
rotccET , ri Lambert. Attends, attends . . .
(Appelant.) Suzanne, Suzanne... ( Suzanne arrive , sortant delà chambre à droite.) Tiens, ma bonne, tu mettras tontes ces provisions dans la salle à manger. (Il lui donne le pain de sucre et vide ses poches.') On enverra des
r tits gâteaux de chez Thomas... ( Tendant main à Lambert. ) Ce bon ami ! ( A Sutanne.) Je casserai le sncre moi-même. ( A part. ) Je me suis aperçu qu’elle l’ai— filait beaucoup. . . (Haut. ) Ces livres ici. . . ( Désignant ta table . — A Suzanne.) Allons, va... nous causerons plus tard du menu.
suzasse , posant tes livres sur la table.
Odi , monsieur. ( Elle réunit toutes les pro ■ visions. )
ÊOsCET, à Edouard, fui donnant un journal. Bonjour, monsieur Edouard... voilà l’annonce... elle y est.
éDouAnn, prenant le juumal. Ah ! voyons.
(Lite parcourt , et va s 'asseoir miprès de ta cheminée. )
poscet , revenant à Lambert. El je n’étais pas là- pour te recevoir... tu ne t’es pas (ait annoncer à ma femme ?
Lambert. Comment ta femme!... lues marié !
foncET. Tiens, si je suis... Dîtes donc , monsieur Edouard... il me demande si je suis marié. .. pauvre innocent , va. . . ( Courant après Suzanne qui sort. ) Ah ! Suzanne, H faut commander deux pintes de punch à M”* Campagne... (Revenant à Lambert.) Si je suis marié... au fait , tu étais , je ne sais où... à Néris. .an diable. .. Mais tu ne lis donc pas les journaux?.,. Ta y aurais vu qu'après le dernier concours des jeux floraux, M lu Céleste venait d’épouser, à Toulouse , M. Théodorc-Anastasc Poncet, un des employés les plus distingués des contributions indirectes... cc qui n'cmpéchc pas que je viens d’envoyer ma démission.
lambbbt. Tu quittes ta place!...- tu es donc trop riche ?
poscet. Non; mais je le suis assez...
en espérance, grâce à mon mariage... D’ailleurs la province , mon cher, ne peut pas nous aller... et puis ça me faisait perdre trop de tems... et mon ménage donc?
Lambert. Mais ta femme...
roaciT. Ma femme !. , ah! bien oui. . •
elle a bien autre chose à faire... et sa réputation, et notre gloire ! et les vers qu’elle a commencés; et ceux qu'elle doit finir !. .' ma femme qui est sans cesse sur le Parnasse, h canser avec Apollon... tu voudrais que je la lisse descendre de là , pour parler avec scs fournisseurs et sa cuisinière !...
est-ce qu’elle entendrait le langage de ces gens-ià !... c’est tout au plus si elle peut me comprendre , moi qui le parle.
Lambert. Mais lu as donc épousé une femme auteur?
roscET. Ah ! ça , mon ami , d’où riens-fa donc?... quand je te dis qnc ma femme est Céleste... M 11 ' Céleste.
Lambert. J’entends bien : M 11 * Céleste...
mais encore...
poscet. Oh ! ma foi , si tu en es là. . .
c’est à sc casser la tôle contre les murs.
éoouARD, se levant . Comment, mon cher doctcor, vous n’avez jamais entendu parler de cette jeune merveille... de cette dixième muse?
lambert. Quel numéro ?... car jé connais, pour ma part, plus de vingt dixièmes muses... Ce que je vois de plus clair làdedans , c’est que ta femme est poète , qu’elle fait des vers... et qnc ta en es enchanté.
po v cet. Si j’en suis enchante... Tu crois donc que ce n’est rien : l’honneur , les égards, l’admiration qu’on partage avec une femme pareille?... car ça retombe sur moi... Tu crois donc qu’on ne sent rien, là... lorsque, partout où l’on va , onenlend bourdonner autourde soi : « Quel est donc cc monsieur, blond, élancé?...
— C’est le mari d’une femme d’esprit...
de M 11 ’ Céleste. . . de la muse du siècle. » Air de la Sentinelle.
A ces discours , par ma femme applaudis ,
Je sens naître un orgueil féroce ;
R me semble que je grandis ;
J’ai six pieds... je suis un colosse...
A ma gloire donnant l’éveil ,
Pour nous deux la sienne est commune.,.
Notre éclat est presque pareil ,
Et , placé tout prés du soleil .
Moi , je brille . . . comme la lune.
( A Lambert. ) Tu souris. ( Vrtuant le journal des mains d’Edouard et le mettant dans celles de Ijamhe.ri. ) Mais lis donc , malheureux... lis donc-., tiens.
lambert, lisant. « On annoncé que M 11 * Céleste.” (S’interrompant et regardant Ponrrt. ) Mademoiselle . . .
eoscet. Oui, les muses sont toujours demoiselles...
lambert , continuant. « Oue M 11 ' Céleste » va publier tin nouveau recueil de poév sics... Tous ceux qui les ont entendues
» assurent qu'elles ne le cèdent en rien aux » premières. »
roüCET. Ce cher M. Edouard! il sait si bien apprécier notre talent.