I.AMBEBT , regardant Edouard en souriant
Ah ! c’est M. Edouard.
Édouard. J’écris toujours ce que je pense.
roxerr. Il paraît que tu le connais, lui... c’est bien heureux!... un de nos jeunes poètes les plus distingués.
lambert. Ah ! monsieur ne se contente pas de lire des vers de 1788, il en fait aussi... et peut-être de la même année. ..
je conçois... pour plaire aux muses.
Édouard. Monsieur !...
poxcet , à Lambert. Mais continue donc.
Lambert. Encore. .. ( Lisant. ) <• Depuis » quelque teins , les nombreux recueils de » contes et nouvelles qui se publient main- » tenant contiennent des morceaux déli- » cieux de cette dame, et de M. Poncet, » son mari. » ( S’arrêtant et regardant Poncet.) Hem?...
poitcET. Va donc!... va donc!...
Lambert , lisant le journal. « Sop mari . . . » et nous voyons avec plaisir qu’en ajou- * tant un nom au sien , déjà si célèbre.. .
» notre jeune muse s’est assuré une gloire » déplus... »
rose et , se rengorgeant. Théodore- Anastase Poncet... une gloire de plus ... C’est imprimé.
lambbrt. Ce qui ne prouve pas que cela soit vrai. .: Comment, toi aussi?... Pour honnête homme, pour bon citoyen... bon mari même, je ne dis pas... c'est possible!... mais littérateur, toi!... allons donc.
Édouard. Pourquoi pas? il y en a tant d’autres.
rottcET. Eh bien! non, non... je suis franc avec toi . ■ . je ne veux pas te mettre dedans comme le public... c’est ma femme qni s’amuse à me faire une réputation, qui ne lui coûte rien, ni à moi non plus... Elle a do mérite pour deux; et comme nous ne faisons qu'un, nécessairement j'en prends ma part, sans lui faire de tort. Par exemple, elle donne des nouvelles ou des contes aux Heures du Soir, au Livre des Femmes...
et là , c’est bien Céleste Poncet. Mais , dans le Salmigondis, les Contes de toutes les couleurs , les Cent-et-Un, cl les Cent et une Nouvelles de M. Ladvocal , elle signe Cèlestin Poncet... Elle fait de moi un homme de lettres.
Air : Lise épous' te beau Cernante.
De ce travail llltraîrt ,
Cbacuu de nvua solidaire,
Au succès qu'elle en attend
Apporte son continuent. . .
Du livre qui se publie,
Pour assurer le renom...
Ma femme y met son génie. ■■
LAMBERT
Qu'y mets-tu ?
PONCET
J'y mets mon nom ;
Moi, mon cher, j'y meta mon nom.
Et je ne suis pas le seul à Paris comme ça... C’est un titre qu’elle me donne en échange de la place que je lui ai sacrifiée.
LAMBERT. C’cSt juste. .,
rois cet. C’est très juste.... mais je ne
fais pas comme les autres je n'eu suis
pas plus fier.
Édouard. Vous avez tort... On peut être fier d’avoir uni son sort à celui d une femme aussi distinguée par son esprit , ses talens, que par sa grâce et sa beauté , et monsieur sera de mon avis lorsqu'il la connaîtra.
lambert. C’est ce que je demande . ... et si tu veux me présenter tout de suite.
( Il fait un pas pour sortir.) poxcet , l'arrêtant. Un instant... comme tu y vas, toi. . . tu crois qu’on entre chez une muse comme chez une .‘impie mortelle , à toutes les heures... pour troubler scs inspirations?... ce serait gentil ! . ■ Moimême, je n’ai pas toujours la permission...
non, vrai ... Ce matin , je lut ai porté son café; elle ne m’a pas vu seulement... et quelquefois, la nuit, je me réveille...
eb bien! pas du Tout., elle est levée, elle compose ... et je me rendors sans oser souffler le mot.
lambert. Ça ne laisse pas que d’être fort agréable.
Édouard. Je crois l'entendre ; c'est elle.
lambert. Ah ! c’est ta femme ?...
poncet. Chut! attends, il faut que je saisisse le moment favorable.