PONCET , ERNESTINE , CELESTE
ernestine, entrant. Eli ! non.-, . «'est Ernestinc. . . Ernestine de Lussan, son amie.
céleste , allant ù elle ■ Ernestine !
ernestine. Celte chère Céleste ! . • (Ponce t la salue, elle le regarde sans y faire attention .) Qu'il y a long-tems que nous ne noos sommes vus !
céleste. Mais, je crois, depuis que noos avons quitté le pensionnat du Marais pour entrer dans le monde .
poncet, dpart. C'est une amie de pension.
EiiNÉSTiNE.Que veux-tu?. .. On seperd.
on s’oublie 11 nous arrive des choses si
singulières . . • On m’a mariée tout de suite • céleste. Et tu es heureuse ?
ernestine. Mais, oui, assez. Ce pauvre M. de Nohan m’a laissé une b <Uls fortune.
céleste. J1 e$t mort? .1
•' erxestine. Un homme fort aimable, qui u'élait pas jeune... un peu morose : c'était l’effet de ses douleurs.
Ara î f'nudrtullr. du Charlatanisme,
Kn tous liens il m’accompagnait.
Ce n'etait pas fort agréable ;
Nais, quand sa goutte survenait ,
Il x lait vraiment fort aimable.
Alors j'allais au bal sans lui.
CÉLESTE
Il te le permettait? .*
E&VKtTItfK.
Sans doute.
Tl savait vivre , Dieu merci !
Criait un epoux accompli.
PONCET, à parL S’il avait eu toujours la gouite.
errestike- Je l’ai perdu, il y a deux ans, aux eaux de Bagnères, où son rnédcciu l’avait envoyé pour sa santé. ( Essuyant des larmes.) Oh ! j'ai eu bien du chagrin , ma chère. ^ moi, toujours si gaie, jetais inconsolable... c’est tout simple; on ne perd pas un mari tous les jours.... Enfin, j’ai quitté le noir.... un peu lard... ça ne m’allait pas mal J... maintenant, les convenances sont satisfaites : me voilà rendue aux plaisirs. ?
céleste. Et prèle à te remarier?
errsstinb. Mais, peut-être... je te raconterai ça... un jeune homme charmant que j ’ai connu l’année dernière aux eaux de Néris.
poscrt. 11 paraît que les eaux sont favorables à madame.
ersesti.se, le regardant à peine. (A Céleste. ) Ah ! mais revenons à ce qui le concerne... Moi d'abord , je suis franche. .. je t'avais un peu oubliée... Mais, hier soir , j’étais dai.s une maison où l’on causait de la littérature, des hommes de lettres... des femmes surtout... j’écoutais à peine, je bâillais, j’allais sortir. . . personne ne faisait attention à moi... je trouve cela insipide... Mais toul-à-coup j’entends prononcer ton nom , avec des élogrs. .. oh . mais des éloges !... On citait tes vers couronnés aux jeux floraux de TouIqh , ou de Toulouse, ja ne sais pas bien : on était enchanté. .. ct moi plus que les autres. ■ . « Attende?, donc, me suis-je écriée!,.. Céleste... Céleste Verneuil. .. mais je la connais... nous étions ensemble an pension... nous étions intimes. » — A ces mots , tout le inonde m’entoure, me félicite... je deviens la reine du salon ; ct tous les jeunes gens vieuuent me faire la cour, pour se faire inviter chez moi , où ils espèrent bien te voir... Je le leur ai promis ct lu tiendraama promesse...
tu viendras, je compte sur toi : je veux le présenter à ma société ct jouir de ta réputation et de ta gloire... par contre-coup.
poecet, à part. Voilà une amitié (liablement ùit#cssée 1 ‘ “
céleste. Certainement : je rais peu dan* le monde; mais du moment que cela peut t’étre agréable. . . et puis, j’ai tant de plaisir à le voir. 1 . .'«. Si mon mari a le lems de
m’accompagner
errestike. Ton mari !... lu es mariée ?... vrai ?... et dis-moi ?. . Est-il jeune. . . estil bien ?
céleste, montrant Poucet. Le roiei.
! Poncet salue. )
A part. ) Dieu ! qu’il est laid!.. ( Plus haut .) Je prenais monsieur pour un poète... ( A Poncet .) Il l’est peut-être ?..
pomcet , modestement), Eh! eh !... trèspeu... je me contente d’admirer les ouvrages de ma femme.
errestike. Et vous faites bien... Cette chère Céleste ! c’est une muse... elle se fait imprimer comme M“* de Genhs... Que je voudrais Cire là, dans un petit coin, pour te voir quand tu composes. . . quand lu es inspirée. .. ce doit être drôle !. . . Dis donc , nous sommes entre nous, est-ce que tu ne pourrais pas m’improviser quelque chose ?
des vers. . . oh ! presque rien . . . sur la moindre chose. . . sur ton mari ?. ..
céleste. Y penses-tu?
poecet. Pour cela il faut être en verve-, il faut avoir du teins. .. cela ne sc fait pas si vile. >
errestike. Des vers !. . . c’est singulier. . . on dit qu’il y a un monsieur qui en improvise trois ou quatre cents par heure. . .
et des bouts-rimés , encore.
poncet , à part. Que celte femme est frivole !
céleste. J’ai mieux que cela ; et si lu veux me faire l’amitié de venir ce soir ici... nous avons du monde...
errestike. Une soirée... Y fera-t-on de la musique ?... y dansera-t-on ?
roscET. On y lira des vers, madame. . .
une épître, une élégie... c’est une soirée toute littéraire : il y aura des savans, des
{'ournalistcs , des femmes de lettres , des ibraires, des membres de l'Institut.
errestike. Ce sera bien ennuyeux... c’est égal, j’y viendrai à cause de lui. .. mais écoute un conseil d’amie : lâche que ce qu'un lira soit court... car, vois-tu, les poètes n’en finissent pas... ct ça n’est pas amusant. Toujours des vers... Dam ! quand on n’en fait pas son état.
poncet, à part. Son état!... Ah! ça, c’est nne Vandale que celte femme-là !
errestike. Mais adieu, je reviens bientôt. ■ . je Tais conter tout cela à ma sœir.
céleste. Ta sœur!,,. Aglac!,., qu’edcllc devenue ? ‘
ERNÊiTfNE. Pas grand’chose . . . elle est mariée... dans la chicane... Une bonne petite femme , qui ne s'occupe que de sou mari , de ses eufans ! de son ménage. . . Je la trouve toujours à faire des reprises et des coulures. . . un autre genre que toi , et que je ne conçois pas davan ace. .. mais chacun prend son plaisir comme il l'entend.
Air de l'kcu de six francs.
Moi , folle , j’aime cc qui brille;
Tu prends le genre vaporeux ;
Elle , les mères de famille.
C'est, dit-on, le genre ennuyeux!... (Bis.) Tu vois quel partage est le nâlre.
Chacun son lot. . . il est si bon...
Tui , la rime... elle , la raison ;
Moi souvent ni l'une ni l’..utre.