‹ Le mari de la dame de chursChapitre 13 sur 60 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

JULES , VERDIÈRES , MOQUET.

JULES, bas à Verdières. Dites donc, vous allez me présenter ?

VERDIÈRES, bas. Du tOUt!... du tOUt!..

chacun peur soi.

HOQUET , descendant entre eux. Je suis sûr que ma belle-mère vous parlait de ses anciens triomphes?., le fait est que c'était une belle Vénus sous le Directoire. {En ri-

canant.) A cette heure, nous tournons un petit peu à la momie; je ne lui en veux pas pour ça.

JULES. Elle paraît fort gaie , fort aimable!...

MOQUET, avec mauvaise humeur. Elle?., une vieille chipie qui me faitenrager, qui paralyse les dispositions que j'aurais à engraisser!., et c'est au point qu'il y a des inoniens... ( parole d'Iionneur , vous me croirez si vous voulez) , il y a des moinons où je regrette de n'avoir pas soixante mille livres de rente —

VERDIÈRES. Vous n'ètcs pas le seul.

MOQUET. Pour pouvoir lui dire : Voilà cinquante francs par mois ; allez demeurer chez vous , emportez votre chienne , faitesla confire , faites-la empailler ; mais laissezmoi la paix de mon foyer domestique ! . . . laissez-moi la paix ! voilà ce que je lui dirais... mais je ne puis!., je suis retenu par la vénération... ah! si elle n'était pas la mère de sa fille!..

JULES. Ah! sa fille!., c'est un joli mariage que vous avez fait là, monsieur Moquet !

MOQUET , avec amour. Charmant , monsieur!., il n'y a pas de jour, il n'y a pas de soir, il n'y a pas de... que je ne m'en applaudisse ! c'est la bonté , c'est la vertu , c'est le rassemblement de toutes les qualités. (// remonte de deux pus, et dit d'un ton imposant. ) Messieurs! voilà ce que je puis vous dire. . . c'estle rassemblement de toutes les qualités. Il n'y a que la mère!., ah!..

VERDIÈRES. Bel éloge dans la bouche d'un mari !

JULES, à part, en riant. Oui; mais dans celle d'un gendre !. .

MOQUET. Et quoique ma pauvre Winette ne soit qu'une simple dame de chœurs , je la préfère à une foule de premiers sujets.

VERDIÈRES. Vous vous y connaissez, vous qui fournissez des maillots à tout le personnel de l'Opéra.

MOQUET , d'un air suffisant. Mais oui , un peu... ]e sais le secret de ces délicieux tibias qui font délirer l'orchestre! . . coton. . et les formes ravissantes qui font pâmer les avant-scènes.., coton!., et mademoiselle... ( il parle bas à Jules.) coton!., et madame... (il parle bas à Verdières.) colon ! . . Eh ! mon Dieu ! toutes ces beautés qui font crier merveille... si on leur ôtaitce qu'elles s'ajoutent... qu'en resterait-il?... ( // rit aux éclats ; puis, prenant toui-à-coup le ton sérieux) mais je m'arrête.... le maillot est une chose de confiance , je n'en dirai pas plus.

JULES. Mais madame Moquet?..

MAGASIN THEATRAL

HOQUET. Mon épouse ? ce n'est pas pour me vanter... mais les détails... je puis vous le dire à vous qui êtes un ami... ( à Verdie res) car uionsieui' est un ami... voti'e ami ?

VERDIÈRES, vivement. Non pas, non pas. .. je ne connais pas monsieur.

MOQUET, à /?ar^, d'un air fort surpris.

Comment , il ne coimaît pcis monsieur I

JULES, <^a5. Eh! mais...

VERDIÈRES. Qu'il fasse ses affaires luimême.

JULES. C'est juste.

MOQUET , regardant Jules avec embarras.

Mais alors je n'ai pas l'honnem- de connaître... {A part.) Il y a comme ça une foule de voleurs qui s'introduisent chez les danseuses , pour y dérober bijoux et autres.

JULES, embarrassé. J'ai pensé que je pouvais venir comme monsieur...

MOQUET. Comme M. Yerdières? je vous trouve à croquer !.. nous le connaissons, lui , c'est lui qui nous a mariés.

JULES , à part. Le somnois ! il ne me l'avait pas dit!

VERDIÈRES, à part, se frottant les mains. On va le mettre à la porte ! . . bien ! . .

MOQUET. Ainsi, monsieur...

JULES, balbutiant. Monsieur.... monsieur... je suis artiste... oui, je suis artiste... et. en ma quahté d'artiste... je venais... je venais...

MOQUET, à Verdières. Il se répète beaucoup, ce monsieur...

JULES, vivement. Je venais commander plusieurs maillots de danseurs... une trentaine de maillots...

MOQUET , étonné . Trente ? trente maillots?., donnez-vous donc la peine de vous asseoir, monsieur...

VERDIÈRES , à part. Pas mal I pas mal !

MOQUET, le regardant aux jambes. IMais monsieur est donc dans la partie? (/f/>a/f.) c'est quelque danseur de corde... il est bemcal!

JULES. Monsieur... monsieur... je suis directeur d'une troupe qui va en province. . .

HOQUET. Equestre?

JULES. Non, monsieur... de danseuis, qui partent pour le théâtre de Toulouse.

MOQUET, à part. C'est ça! physique d'acrobate. (Haut.) Monsieur Verdières !

kein ! comme elle a dansé hier , ma femme. . 4|uel succès!., l'en suis malade d'émotion !.. et quand je pense qu'elle a été sur le point de partir pour Londres!..

JULES. Votre femme?..

HOQUET. Oui, monsieur... pour débu-

ter à Cocpini'Gardin... un engagement magnifique!... quinze mille francs! c'était pour ce soir... les malles étaient faites, les paquets tout prêts, . . ils le sont encore... les places retenues à la malle-poste ici près..

JULES. Eh quoi! monsieur Moquet, vous laisseriez aller madame Moquet à Londres?., le pays des séductions?

MOQUET, avec dignité. Je ne crains rien , monsieur... et pourtant je suis jaloux!

jaloux!.. (Avec gentillesse.) Nous avons nombre de tigres dans le Bengale qui sont plus endurans que moi sur cette matière... ( A(^ec enthousiasme.) mais une femme comme la mienne !.. et puis , entre nous , mon épouse y allait à contre-cœur... elle m'aime tant ! . . mais plus tard , nous verrons , quand ce cher M . Verdières lui aura encore domié une douzaine de leçons de chaut... pour chanter la romance...

JULES, un peu ému. Des leçons !.. . permettez.!.. M. Verdières lui donne des

leçons ? {Bas à F'erdières.) Ah çà!

mais des duos , des romances , ça vous avance joliment!

VERDIÈRES , bas à Jules. Est-ce que vous reculez déjà ?..

MOQUET. Et vous concevez... quand elle pourra chanter et danser tout à la fois... il nous pleuvra des engagemens. (^A Jules, d'un air confidentiel.) Ca va-t-il un peu, la danse de corde, dans le midi ?

JULES, étonné. Comment?...

( Verdières remonte un peu la scène en dissimulant son eu vie de rirc.^

MOQUET , toujours fort sérieusement. Ici , c'est tombé, Bobino joue dos drames, et M™^ Saqui entreprend Racine.

(On entend une clarinettôau-dehors.)

VERDIÈRES. Qu'est-ce que c'est que ça?

MOQUET , avec humeur. Ne m'en parlez pasi c'est rm voisin, un jeune homme qui est de notre orchestre , et qui dresse sa plainte sur sa clarinette, du matin au soir. J'aimerais assez que le ciel le confondît!

8C9aoQaoaac8caQcaocaooa8aooao8oa9008gaoo80

SCEAE V.

Les Me&ies , NINETTE , enveloppée dans un châle et coiffée d'un bonnet du matin.

NINETTE , entrant par la gauche. Eh !

mais, j'ai entendu... (^Les apercevant , elle s'arrête.) Ciel!...

VERDIÈRES , avec galanterie. Eh ! mille hommages à la délicieuse Ninette!

JULES. Madame.. {A part.) Aii! qu'elle est jolie comme ça!...

NINETTE, les saluant. Messieurs...

(Verdières lui buite la Duiu.J

4jE maki UL m DAMi: D£ CHOEURS.

JULES, a part, Dieu I s» je pouvais attraper l'autre!,,

MOQIJET. Tu ik» froid?... attends, ma bonne, attends, chèrâ amie... je vais fermer la fenêtre.

(Pendant que Moquet se dirige vers la fiinétrO) Jules baise vivementl autre uiainde Nincttc qui jttlcun cri . ) IMINETTE. Ah!

MOQUET, se retournant sans avoir fermé a fenêtre. Quoi donc?

NINETTE , «■'/na^. Rien, ce n'est rien — ( A part, regardant Jules.) Il est aventureux, ce jeune homme.

VERDiÈRES. Vous paraissez souffrir , mon ange?..

NINETTE. Oui, un peu, j'ai des vapeurs! les nerfs malades... (^A part.) Je crois que c'est lui qui m'a fait conipliment hier, d'un air si drôle. . . {Vi^^tmcnt a Muijuet qui retourne à la fenêtre,) Oh! ne fermez pas la fenêtre.. . {A part.) Je n'entend» plus sa clarinette.

MOQUET , avec tendresse. Assieds-toi donc!.. Comme elle a Tair ondoyant! (// lu! donne un ùaiser, et dit avec emphase.) Tu es belle, va... je vas te donner un fauteuil...

' Il emporte la chaise snr lËonelle Ninette allait

s'asseoir , et va chercher un lauteuil an fond; Ver-

dicres va chercher uu tabouret, tandis que Jules

s'approche d'elle.)

JULLS, Ijus. Ninette, il faut que je vous voie ce soir... dans votre loge... je vous aime ! . . .

NINETTE, sévèrement. Monsieur!...

MOQUET , toujours aoec ieadresse. Tiens ! assieds-toi. . repose-toi... ménage-toi... mon houri... (^Guimeni à Jules.) C'est mon houri... du paradis de Mahomet!

\'EBD1ÈUES , mettant le tabouret sous les pieds de Ninette. Tenez, ma colombe...

mettez vos petits pieds là-dessus. Prendrez- VOU8 une leçon de chant, ce matin? (fi<«.) J'ai à vous parler... mon amour me tue.. ' NINETTE. Monsieur. .. i On entend de nouveau la clarinette, Ninette s'écrie avec joie.)

Abl

MOQUET. Hein!... c'est cette clarinette qui te fait mal, n'est-ce pas?., {contractant ses doigts avec impatience) elle m'agace tout le système.

NI.HETTE, à part. C'estlui!... j'en étais sûre... j'avais reconnu sa ritournelle.

JULES. Madame ne va pas à la répétition, ce matin?

MNETTE. Non... j'ai rendez-vous chez le directeur , plus tard,. (Bas à Moquet.) Qu'est-ce que c'est que ce petit?...

HOQUET , bas. Un funambule d£ province venant pour des maillots.

NINETTE. Ah! fi donc:...

VEiioiÈRES , appuyé noni:fialatnmi'>"^ ^ur le dos du /•luleui/. Puisquu vous n'allez plus à Londres... nous alion» preudr* le.» çon... nous chanterQUS.

(// chante avec affedaliuii.) Reniiei^moi ma patrie , Ou laissc2-raoi mourir.

MOQUET , à part, voyant que Verdih-es né peut fias se tirer de son point d'orgue. C'est un bon professeur ; mais il n'exécute pas,

NINETTE. Merci , merci , monsieur Verdièies, je ne chanterai pas... j'ai le« pieds trop fatigués... (A part.) Plus il va, plus je le déteste, le vieux !..

MOQUET, l'embrassant sur le front. Pauvre petite femme !... (avec tendresse) tu es mon Héloise , toi, et moi, je suis ton Abei... [S'arrêlant tout-à-coup, et criant avec une sorte d'effroi.) fiou, non l {avec tendresse) tu es ma Laure, et je suis ton Plutarque. {4 port.) J'aime mieux ça!

NlMùTTE. J'ai besoin d'ètie seule!... (à part , regardant la fenêtre) pour me recueilhr.

MOQUET. Tu veux être seule , mon amour ? [A Verdières et à Jules.) Elle veut être seule, mon amour.

JULES, à part. Seule!... bravo!... je reviendrai...

VERDIÈRES, à part. Ca a déjà des airs de premier sujet.

MOQUET, quittant sa femme, et venant au milieu d'eux. Dam! messieurs, je n'aurais pas osé vous le dire. . . mais, puisque c'est sorti de la bouche des grâces...

VERDIÈRES, lu' donnant la main. Certainement... Adieu , mon cher , je vais chez votre directeur, lui reconnuander la petite . . . {Moquet se rptonrne vers Jules pour prendre congé de. lui; Verdi très rrvient a Ninette. Bas.) Il faut enfin que vous vous expliquiez, méchante...

JULES, à Moquet. Adieu, monsieur, je reviendrai bientôt... causer de ma commande. (Mo</uet se retourne vers f^erdilres ; Jules s'approche alors de Ninette.) Prétexte pour vous revoir souvent.

VERDIÈRES, à Jules. Eh bien?... eh

bien?...

MOQCET, à P'crdières.

AiR : Je saurai bien le/aire niareher droit. Portez-vous bien , et je compte sur tous ! Mai* verenei, car je vous considère Comme un ami, comme un dieu, comme un père (// va ouvrir la porte.) JULES , bas à Verdières.

La chance est trop inégale entre nous.

vERDièass , de même.

Vous renoncez au pari ?

jvLEs , de même.

Sou, j'y ùeOBl

MAGASIN THEATRAL

Morbleu ! je gagnerai quand même!

[On entend la clarinette.) RISETTE , à part.

11 joue encore ! ah ! que ça fait de bien Du souffle de celui qu'on aime !

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