SCENE IV
Les Mêmes, LOLOTTE.
LOLOTTE , ei-j-oî^^e'e, et arrivant très-vite. En v'ià une d'anecdote... la diligence de Paris qui arrive. ..ton mari est dedans... je crois qu'il m'a vue.
NlNflTTE. Mon mari?
JULES. Moquet i (A part.) Diable! s'il me voyait ici après ce qui s'est passé hier chez lui...
LOLOTTE. Je n'ai vu que sa figure; mais je suis sûre que c'est lui... l'indigne... le bourreau de Florette... le voilai le voilà... je reconnais son pas.
JULES. Eh! vite...
(Il se jette dans le cabinet à droite.)
SCEjNE V.
LOLOTTE, devant la table, et tournant le dosa la porte du fond. MOQUET, c/itrantparlefond, NINETTE.
MOQUET, apercevant Ninette. Je ne m'étais pas trompé... ah!
(Il reste k la porte du fond^ et étend les bras comme pour la barrer.
NINETTE. Vous ici, monsieur Moquet I
MOQUET, avec fermeté. Oui, moi z'ici,
monsieur Moquet!.. (Avec tendresse) Ki^
MAGASIN THEATRAL
neite... (/Z la prend dans ses bras el descend la scène d'un airiragique.) O Dicii, qui aie la rends, me la reuds-tu... chrcucnae?
MNETTE. Que voulez-vous dire?
HOQUET, pleurant. Tu nie le d'E'mandes?
Depuis hier, je n'existe pas; tout mou moral est déménagé; j'ai inondé la diligence de mes larmes. (Jl s'essuie les yeux^ el reprend d'un ton bref:) Où est le penuquier?
MNETTE. Quel perruquier ?
MOQUET. Le perruquier du cabriolet?
NIXETTE. Je ne sais pas ce que vous voulez me dire.
LOLOTTE, à part, étonnée. Comment, tin perruquier ?
MOQUET, furieux, et souriant avec amertume. Celui qui t'a suivie, et dans le sang de qui je veux nie désaltérer quelque peu.
NINEXTE, le regardant d'un air inquiet.
Mais vous êtes fou !
LOLOTTE, à Ninette. Il est eiu-agé.
MOQUET, se tournant vers Lolotte, qu'il n'avait pas vue jusque-là. Ali I c'est vous, belle-mère.
LOLOTTE. Monstre! ne me regardez pas en face, car vous me faites horreur !
MOQUET, à part. Tiens 1 tiens! tiens!
LOLOTTE, lui montrant le bocal., en pleurant. Yoilà votre ouvrage!
MOQUET, s' avançant d'un pas, et se baissant un peu pour l'examiner. Des cornichons?
LOLOTTE. C'est Florette, scélérat! c'est votre malheureuse victime I
MOQUET, surpris. Quoi!., vous l'avez fait infuser?
LOLOTTE. Oui, indigne que vous êtes.
MOQUET, avec ame, et étendant le bras vers le bocal. Que l'esprit de vin lui soit légère: Elle emporte mes regrets .. 'jGraîjnent.^j Mais n'en parlons plus, (y^ Ninette . ) Il s'agit d'uu bipède qui trouble ma vie. J'ai appris des choses... (Jl prend une attitude tragique) entièrement basses.
AINETTE. Quoi doiic? vous lu'efFiayez , ÎNIoquet.
MOQUET, vivement. Je remonte à l'origine. Hier, au moment où je me disposais à porter à la malle le restant de ton bagage, un billet... {^Changeant toul-à-coup de ton.') Mais non, je ne veux te rien dire... j'attaque les résultats... Il y avait un homme auprès du courrier... {Criant.) Y avait-il uu homme auprès du courrier?
LOLOTTE. Oui, un jeune Anglais.
HOQUET, un peu étonné, à part. Ln Anglais?., ça ne fait rien. (/7a«/.)Et ques'est- J passé depuis le coinmeneement du Ira- )et? Il y a trente lieues de Paiis à Amiens.
{Avec importance.) Il y a trente lieues de Paris à Amiens, même les connaisseurs en comptent trente et une.
MXETTE. Eh tien?
MOQUET. Vous ne me comprenez pas , Ninette. {A part.) J'ai une peine infinie à formuler mes questions. {Haut.) Comment s'est-il comporté pendant la route ?
NINETTE. Très-honnètement.
MOQUET. Qu'entendez-vous pai" honnêtement?
NINETTE. J'entends que ce monsieur nous a comblées d'égards, que chaque fois que nous sommes descendues de voiture, il m'a offert son bras pour monter les côtes.
MOQUET, à part, el très-vite. Les côtes?., bon!
(Il fait le geste de frapper.)
NINETTE. Qu'il a eu même la galanterie d'offrir sa place à maman.
MOQUET, vivement à Lolotte, d'un ton menaçant. Ils ont permuté?
NINETTE. IVojj, j'ai refusé.
MOQUET, avec bonheur. Embrasse-moi...
et -(luisque tu es digne encore d'entendre la vérité, je vais te la montrer toute nue , et telle qu'elle est sortie de sou puits. Il y a un pan, un exécrable pari..» à mon préjudice, entre deux intrigans que j'ignore. . c'est pour cela que j'en suis parti inopinément (de Par^s) et que j'ai, dévoré les n'ente lieues (trente et une même).
«NINETTE. Quel pari?
• MOQUET. Un pari que tu tomberas dans le piège de la séduction. (Voilà-t-il quelque chose de trivial? hein?; Et cet Anglais, ce faux Anglais, ce misérable Anglais... {d'un air entendu) que je soupçonne perruquier I
LOLOTTE. Cela n'est pas possible !
MOQUET, appuyant et élevant la voix. Que je soupçonne perruquier, est un de mes adversaires. (A part.)0\i\ j'ai de l'animosité contre lui!
NINETTE. Et commentas-tu su cela?
MOQUET. Par un digne jeune homme, par un vertueux artiste, excellente clarinette (quoiqu'il en joue comme un aveugle.)
NINETTE, avec émotion , et baissant les yeux. Lne clarinette?
MOQUET, avec joie, d'un air confidentiel. Notre voisin d'en fac^, à qui je n'avais jamais parlé, et qui se trouve me porter le plus tendre intérêt.
LOLOTTE, à part. C'est Pautre... {Haut, s'oubliant.) Est-il bête !
MOQUET, se méprenant sur l'intention de Lolotte. Non, non, il n'est pas bête. Il arrive chez moi une heure après ton départ..
LE MAHI UE LA UAMIC l>K CHUEURS.
NINETTE. Eh bien ?
MOQUET, à Lu/u/te, qui tient le hoeal, et s'est approchée dt lui. Posez donc votre bocal, vous me taquinez avec.
NiîMETTE. Mais parle cloue!
MOQUET. Il arrive chez moi, les cheveux ('gares, les yeux tout en dt'sordre.
MINETTE, à part. Pauvre Adolphe!
MOQUET. Il me dit : Est-ce que M"" Moquet serait partie? — 0»ii. — Courez sur SCS traces... je vous préviens qu'on en veut à votre bonheur intérieui ... tout le monde en jase au théâtre... il y a ça, ça, ça, ça, et ça, ça, ça, ça, ça, etça!.. seulement, je ne sais pas les noms.
LOLOTTE , s'avançaul de nouveau. Est-il possible ?
MOQUET , la repoussant avec colère. Reculez donc votre bocal!... (u4 Ninette.) Et il ajoute... la clarinette... d'im air sombre : « Si votre femnie vous demande ce '• qu'il y a de nouveau au théâtre, vous » lui direz, qu'un musicien va se jeter à >• l'eau , pour cause de U-ahison de cho- » riste. »
NINETTE. Grand Dieu :
(Elle chancelle et tombe sur le fauteuil h droite. Lolotte passe h la gaui.'he de Ninette.)
MOQUET*. Eii bien!... quoi?... elle se trouve mal!
LOLOTTE , soutenant la tête de Ninette.
Hh! c'est vous, butor, avec vos histoires!. Ninette! Ninette! reviens à toi!..
MOQUET, àLolotte. Tipez-lui dans les mains, fourrez-lui une clef dans le dos... Ninette! ma femme! est-ce que je savais que ça te ferait un efiet comme ça?.. (// donne furtivement un baiser à sa femme évanouie, et continue tranquillement sa narralion.') Alors, moi, pour te suivre, j'ai pris la diligence... mais il s'est trouvé qu'il n'y avait plus que la rotonde; alors je me suis dit...
LOLOTTE , V interrompant. Vous voyez bien qu'elle ne vous entend pas. Vite ! un flacon. . . il y en a un dans la chambre.
MOQUET. Oii ça? par là?
(Il vaauccibinet de droite.)
LOLOTTE. Non, par là 1
MOQUET. J'y vas! [Il se dispose à aller à oauche, puis redescend la scène d'un air fort inquiet, et dit à part.) ^'oilà qui est un P'ju drôle! c'est moi qui suis... et c'est elle qui se trouve mal. Ceci m'intrigue!
LOLOTTE. Mais allez donc !
MOQUET. J'y vais. {A po.rt, en sortant mtr la gauche.)Ceci m'intrjgi.e.
* Moquct, Mnuttt', hrhiU»
SCKiNE VI.