‹ Le mari de la dame de chursChapitre 39 sur 60 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

IVîOQUET et NINETTE.

MXETTE, avec inquiétude. Il vous a blessé?

MOQUET, douloureusement. Dans ce que j'ai de plus cher... dans ma montre... qui est en cinquante millions de miettes... (// tire sa montre qui est brùée.) Mais brisons là... {Avec force.) Il t'a remis un billet?

XINETTE. Je te demande, si...

MOQUET, impérieusement. Moi, je demande ce billet.

NIXETTE. Eh! mais vous le prenez sur un ton...

MOQUET, criant. Le billet. . le billet...

NINETTE. ^ ous ne l'aurez pas.

MOQUET, l ui saisissant la main. Je l'au-

NINETTE, se défendant. Monsieur Mo- , tjuct... c'est indif^nc ce que vous faites-làl ,

MOOLET, lui forçant la main. Je ne dis pas... mais je 1 aurai. i

NINETTE. Non, non. I

HOQUET, prenant le billet. Je le tiens !.. i

NI.NETTE, derrière Moquet, tandis que celiii-ci déplie le billet. Rcudez-uioi ce billet... je ne sais pas ce qu'il y a... je ne l'ai pas autorise à ni'écrire des choses comme ça... mais c'est é;;aJ, je veux...

MOQUET, saru l'écouter. 5 listel l'écriture d'hier... ali ! milord!.. ah! perruquier!. (lisant.) « Ma chère INinette, laissez-moi » vous rendre heureuse. » ( ^ Ninette. ) Hein! comme j'arrive à temps!

MINETTE. Qu'est-ce que ça prouve?

MOQUET, lisant. « Je VOUS aime et veux » vous enlever à votre butor de mari...» {yé Ninette.) Butor! pour qui me preud-il cet homme-là?

NINETTE. Je n'approuve pas son expression.

MOQUET, avec importance. Ni moi! (lisant) « Dans un instant, ma chaise de poste sera » à la porte del'hôtel pour vous attendre.» fyà Ninette.) Voilà qui est vigoureux.

NINETTE. Je ne lui ai rien promis.

MOQUET, lisant. « Dès que vous y serez » montée, le postillon a ordre de partir » ventre à terre, jusqu'à la porte de la » ville, où je vous attendrai à cheval. » (^A'^iW/^e.) Voilà- t-il un toupet marqué !

MNETTE, de l'autre cuté. Mais je ne savais pas.. .

MOQUET, lisant. « Pour faue arrêter la » voiture et me placer auprès de vous, » j'attendrai votre singe.. ."Qui ton singe? qui? ( Ninette baisse les yeiix d'un aircon- Jîis.)QiiU qui? qui? ton singe?

NlNETTi:. Je ne sais.

(Il la regarde avec dédain et s'éloigne un peu.)

MOQUET, lisant. Ah ! « j'attendrai votre » signe... (^ Ninette d'un tonplus calme.) Il y .1 votre signe. (Continuant de lire.) «Il » suffira de lever les stores ; répondez-moi » en secret. Jules. »

NINETTE- Cette lettre est affreuse.

HLOQV^r., se promenant. Ah! le drôle!., ah ! le manant !.. parce que je suis fabricant de maillots, et que lui, il est anglais... une puissance maritime !.. mais qu'il navigue... mais qu'il navigue... je lui laisse la suprématie sur les mei-s. .. même svules belles mères... mais sur les épouses!..

Air : Pécheurs , la matinée est belle.

Ah ! ce serait un peu trop drôle .

Ce serait un peu trop joyeux De vouloir me souffler mon rôle , Et qu' pour le jour uous sovons deux!

Tu voudrais bien, au fond de Tajue ,

Kpri» d'ftc» app.'«i, Vil insulair', nreiilevcr mi leiiiinf,

Ah ! ah ! mais non pai, Le roi des mers ne IVnipoilcia pa».

(Avec force.) Si, une idée me frajipe.

NINETTE. Quoi donc ?

MOQUET. Il t'eidèvera.

NINETTE. Jamais!

UTOQUET, lui montrant la table. Toujours... mets-toi là.

NINETTE. Pourquoi faire?

MOQUET, impérieusement. Ecris.

MNETTE, .s'asscyiinl avec effroi. 0 Dieu! vous nie faites peur... Je suis comme mademoiselle Mars dans Henri III.

.MOQUET. Tant mieux... C) Alexandre Dumas! je te pille, mon pauvre ami; mais la chose m'y force... Ecris!

NINETTE. Que j'écrive... quoi?

MOQUET. Ce queje vais le dicter.

NINETTE. Je ne sais pas l'orthographe.

MOQUET. Ce n'est pas nécessaire pou»

écrire aujourd'hui... (avec violence) écris, écris donc !

NINETTE. Mais quoi donc?

MOQUET, d'un ton arrogant. ■< Mylord, » vous avez pardieu ! bien raison . »

NINETTE, étonnée. Comment? pcudieu !

MOQUET. En effet, l'expression est un peu. . . verdâtre. . . (D'une voix caressante.) » A ous avez bien raison...» Oui, comme ça (D^une voix douce et cadencée.) A ous avez » bien raison. . . mon mari est une espèce » de magot que je ne puis soulfrir. »

NINETTE. Comment, un magot ?

MOQLET. Va ton petit chemin, j'en fais mon affaire.

NINETTE, réfléchissant. Magot? magot avec un tl

yiOQimT, vivement. Oui... c'est-à-dire, non... magot, sans/ comme ^i^o.

NINETTE, écrivant « queje ne puis souffrir... Après?

MOQUET, dictant. «Je consens à melais- » ser enlever. »

NlNEiTE, Je n'écrirai pas cela.

MOQUET, lui serrant la main sur la table. Ecris, ou je casse ta main.

NINETTE, jetant un cri. Ah ! vous me faites mal.

MOQUET, d'un ton décide. Henri III en plein. (Dictant) i« Je consens à me laisser » enlever, et je lèverai les stores quand il 1» le faudra. »

MNE1TE. Quelle horreur!..

MOQUET, dictant. « Adiâu, mon ange. »

MNETTE. Mais c'est d'une indécence!..

MOQUET, avec autorité. Adieu, ton ange?

u A'oire syphilde, i^om* la vie, NuMiTTB,

MAGASIN THEATRAL

»» femme MoQDET,dame de chœurs à l'A- ^ » cadémie royale. »

NlNETTii:. Que je signe de pareilles choses?

MOQUET. J'en fais mon affaire. . {Dictant) ' >. Amiens, le 12 décenidre 1836* » {descendant la scène avec agitation) et ils appellent ç^ la Picardie... si j'éiais la ville d'Amiens, je rougirais de voir ce qtii se passe dans mon sein... {u4 Ninette.) As-tu fini? donne-moi-ça... oix est ton auguste mère ?

NINETTE. Là, au n, 10.

MOQUET. Bien!., bravo!., {à Ninette é^un ton solennel) et ensuite, s'il le faut, une séparation éternelle!..

NINETTE. Grand Dieu !

MOQCET.

Air de Panstron.

Ha vengeance sera complète , Je plane dans les cieux !

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