CE QUI SE PASSAIT A VARSOVIE EN
— Comment peul-on vous espionner? dit Lèwmski. Estce que vous nous confiez vos moyens? Le gouvernement du tzar serait mieux servi s'il avait plus de confiance en ses agents. Hais non ! li leur faut tout deviner ! Us ne se con* naissent même pas les uns les autres.
— Vous dites cela pour savoir comment nous avons été mis sur la trace de ce complot. Eh bien, mon cher, je n'ai plus de raisons pour vous le cacher.
Ici, la figure du commissaire de police prit une incroya* ble expression de fausseté.
— C'est le comte Wolski qui nous a tout dit.
Cet horrible mensonge n'avait pour but que de donner le change à Lewinski, en salissant la mémoire d'un mort, d'un réfugié qui, pendant vingt ana, avait repoussé toutes les sollicitations du gouvernement russe. Lewinski n'en fut pas dupe. Il voyait bien qu'on continuait à se méfiejr de lui. Cependant, il fit l'étonné, 1^
— Je m'en .ètai^ loujaurs doutée répoo4H41.
L'autre lui ^dresgsi encore qu/^ques qi|;est4.ons; pui$, pre nant une pile de roubles, il le^ jenvelpppa im^ un morceac de papier, Jui mit le tout dans la maip.ejt }e congédia»..
Mais à peine Lewinski eut-il franchi le seuil de la porte, que le commissaire sonna. Un homme entra dans le bureau. 11 lui montra la porte de» yeux. Et l'homme, descendant alors l'escalier derrière Lewinsk;, ^.e piit à Ip suivre.
L'espion Lewinski se sentit ^,i,entôt espionné. Un pas qui répond au vôtre dans une rue désejrte ne peut se dissimuler parfaitement, même quand il s'çnfonce sur un lit de neige. Cependant il ne se retourna point. 11 descendit le faubourg deCracovie, se dirigeant du côté de la Vislule. Toutes les
maisons étaient closes dans le faubourg. Les réverbères se balançaient au vent, car le vent du nord s'était levé, et le ciel étincelait.
Quand il fut arrivé a l'entrée du nouveau pont qui relie le faubourg de Cracovie à celui de Praga, Lewinski regarda mélancoliquement le fleuve, qui roulait de larges glaçons entre deux longs rideaux de peupliers dégarnis de feuilles. Mais alors une voix étouffée s'éleva derrière lui, mêlant de listes notes au bruit des glaces et des eaux. L'espion qui le suivait chantait en marchant. Et il ehantait l'hymne patriotique du Bouleau, composé à l'époque du premier partage de la Pologne. Les circonstances présentes donnaient à ce chant une poignante expression de douleur.
Bouleau! charmant bouleau ! pourquoi donc es-tu si triste? Les blancs frimas ont-ils glacé ta sève? Le soufQe d'un mauvais ^en^ f a-t-il desséché?
C'est peut-être le ruisseau qui a mis a nu tes jeunes racines.
La voix s'était tue. te' oœur de Lewinski battait comme un marteau dans sa poitrine. Mais il ne se retourna pas. Fallait-il répondre?... La voix reprit :
Sœur Olga, ce ne sont point les blancs frimas qui ont glacé ma sève.
Je n'ai point été desséché par le souffle d'un marnais vent. Le ruisseau n'a pas mis à nu mes jeunes racines.
La voix se tut de nouveau. Les deux homme étaient alors au milieu du pont, à six pas l'un de l'autre. Lewinski continua sa marche, mais il ne se retourna point encore. Cette fois, cependant, il répondit :
Hais d'un lointain, lointain pays vinrent les Tartares.