‹ Le mari de la danseuse: étudeChapitre 7 sur 33 · NUIRE · texte numérisé non relu

NUIRE

mais, il suivit inflexiblement jusqu'au bout le rôle qu'il s'était tracé : ndire ! tel fut le suprême moyen dont il se servit pour dominer et plier à sa volonté tous ses amis. Il ne fitvpas plus grâce à La Cruelle qu'aux autres. Bientôt cet homme, qui avait tant de méfaits à cacher, s'arrogea le droit de diffamer tout le monde, et nul n'osa lui résister Il n'abordait les gens qu'avec le sarcasme à la bouche. Il avait su se faire craindre; tout le monde trembla devant lui. Cocodète surtout le redoutait. Elle pâlissait en l'apercevant, et lui ne daignait môme pas lur parler, afm do mieux lui montrer le peu de cas qu'il faisait d'elle. Quant à Rogalchef, criblé à bout portant, chaque soir, par ses railleries, et ne pouvant parvenir à prendre sur lui de soutenir son regard, il se sauva à Saint-Pétersbourg avec Héloïse. La Cruelle resta. Il se fit le sicaire, l'âme damnée de Saint- Bertrand.

— C'est un bien excellent garçon! disait-il. On l'avait calomnié. 11 va se marier, s'enterrer. Il n'excitera l'envie de personne. On fera la cour à sa femme. Et il n'y verra que du feu.

Il y eut une foule énorme au mariage. Saint-Bertrand voulait du bruit, de l'éclat : il en eut. Caskell pleurait. Il l'embrassa, car il l'avait ensorcelé, en lui parlant à satiété de son amour pour Barberine. Son père, qu'il avait rencontré, flânant à Paris, entre deux voyages, le croyant corrigé, adorant Barberine, pleurait aussi. Charlotte seule se méfiait et gardait la bouche close. Les hommes les plus comme il faut vinrent complimenter les époux à l'église. L'orchestre de l'Opéra, les chœurs exécutèrent une messe en musique dont on parla dans les journaux. Barberine,

t% LE MARPDE LA DANSEUSE.

qui était pieuse, se montra très-émue pendant la cérémonie. Elle distribua aux pauvres de grandes aumône. Le soir, il y eut un dîner d'intimes aux Frères provençaux.

Ce fut ainsi que ce mécréant sans conscience, ce traître qui avait trafiqué des choses les plus saintes, parvint, à force de ruse et d'audace, à épouser Tune des meilleures femmes qui fût au monde, sans que personne osât se moU' tfer pour l'en empêcher.

Son visage resplendissait en sortant de l'église.

Mais sa joie devait être courte.

Le lendemain, à son réveil, on lui remit une lettre de Warida.

Page 1