I.K DUC
Vous serez obéie , Reine...
(U se place 4 une table , ouvre son portefeuille et se
met ti écrire.)
ANNE, à part.
Le Roi la regardait trop, je veux qu’elle s’éloigne.
GEORGES , entr'ouvrant la tapisserie.
Lady Sarah... le Duc l’aime... elle est jalouse.
le duc , a pan.
Cette disgrâce de lady Sarah... mon Dieu , si c’était...
ANNE, à part
Mais que pensera la cour... il serait plus prudent, peut-etre...
GEORGES, a part.
Soyons calme.
LE DIJC , de même.
Si j'osais...
ANNE, a part.
Mais j’y songe... on m’a dit que depuis long- ! temps, le Duc était épris des charmes de lady Sarah!.. je veux m’en convaincre, et si je pouvais... (Haut.) (J uc faites-vous donc là. Duc?
LE DUC
J’exécute vos ordres, Reine... j’écris à lady j Sarah. (l.ui présentant la plume.) Et si Votre Majesté veut bien signer?..
ANNE
Non... tout à l'heure , plus tard... dites-moi, i cher Duc!
le DUC , s’approchant d’elle.
Reine !
ANNE , souriant.
Ce que Je vais vous dire va vous paraître étrange peut-être, mais c’est une pensée qui m’est déjà I venue tant de fois... que je veux aujourd'hui... ; Je suis folle, vraiment... N’importe, je veux que vous me disiez. Due, comment il sc fait que ! vous n’ayez point encore recherché quelque puissante alliance, pour cire tout dévoué à la j prospérité, à la gloire de votre pays?.. Votre : cœur reste-t-il donc insensible aux charmes de la ; beauté? Je m’étonne, franchement. Duc, de trouver en vous une si gnnde froideur, une in- 1 différence si prornnde pour ce qui fait, a la fois, j le charme cl le bonheur de la vie...
LE DUC
Indifférent.... moi!.. Oi! Votre Majesté a !
bien mal jugé mon âme !.. Et , puisque vous daignez m’enhardir, Reine, puisque vous daignez vous occuper du bonheur de mon existence, je vous dirai que. quelles que soient les graves occupations qui m'absorbent, un sentiment profond a pu trouver place dans ce cœur que l'amour du pays semble remplir tout entier, j Oui, Reine, j’aime et je souffre en silenre, depuis qu'une femme, ou plutôt un ange de grâce et de beauté est venu s’emparer de ma vie : chaque jour me place à ses côtés... je la vois, je l’admire... et pourtant, ce secret de mon âme, elle l'ignorera toujours, peut-être, car j’ai trop peur de l’offenser en lui disant: Je vous aime... ^
ANNE
Votre modestie est trop grande... C'est en vain que j'interroge mes souvenirs. Serais-je donc bien indiscrète . Duc , de vous demander, confidentiellement, le nom de cet ange mystérieux que vous aimez tant... et qui vous fait si peur ?..
LE DUC, embarrassé.
Reine!.. (A part.) Dois-je oser?..
Anne, à paru
C’est lady Sarah ; mais je veux qu’il la nomme, (naui.) Voyons, j’écoute... répondez: c’est... GEORGES, entr'ouvrant la tapisserie et se pencha»} jusqu'à l’oreille de la Reine.
Vous !..
ANNE, laissant échapper un cri de surprise.
Ah!..
(Elle sc retourne vivement et aperçoit Georges, qui se replace derrière la tapisserie.)
LE DUC, se retournant.
Qu'avez-vous donc. Reine?..
ANNE , se levant.
Rien... rien... (a part.) Lui!., le téméraire...
LE DUC, observant rémotion de la reine, à part.
Celte émotion... Mon Dieu! m’.i-t-elîe compris? (Haut.) Comme vous êtes pâle. Reine...
souflrez-vous?..
ANNE, se remettant par degrés.
Oui, je ne sais...
le orc.
Je vais ouvrir relie fenêtre... un peu d’air...
ANNE, se plaçant devant la tapisserie.
Non , non , c’esi inutile. Duc... Veuillez vous retirer... laissez-moi !..
LE duc.
Mais, Reine?..
ANNE
Je vous en prie... Je veux être seule... excusez-moi... Allez.
LE DUC
J'obéis, Reine. J’ai jeté sur le papier les hases du traité à conclure entre la France et l’Angleterre. A ce traité, que je vais avoir l’honneur de vous faire remettre , je Joindrai la destinée de ma vie entière... Usez bien tout, Heine, lisez bien tout.
ANNE
Oui, Duc, oui, allez!..