‹ Le Mari de la Reine, vaudeville en 1 acteChapitre 16 sur 25 · ANNE, GEORGES · texte numérisé non relu

ANNE, GEORGES

ANSE, A Georges, qui veut sortir du même cûié que le Duc.

Restez !

GEORGES

Pardon , Madame , ce que je voulais savoir, je le sais à présent... Ce que j'ui à dire ou Duc... vous n'avez pas besoin de JVnlendre ; voilà pourquoi je me suis tu tout à l'heure... Mais à présent... (Il va sortir.)

ANNE

Restez, vous dis- je...

GEORGES

Quoi!

ANNE, avec un geste Impératif.

Je le veux... Savez-vous que c'est un crime de lèse-majeslé que vous venez de commettre ?.. savez-vous que nos lois punissent (les peines les plus sévères quiconque ckcrrbe à surprendre les secrets qui se débattent dans la chambre du conseil de la Reine ?..

GEOIIGES.

Je le sais. Madame... Eh bien! eitez-moi donc devant vos pairs... faites- moi juger!.. Vous n'oserez pas , car il me faudrait leur dire, à tous ces nobles lords , quels sont ces secrets que j'ai surpris... quelles étaient ces graves occupations d’une Reine avec son premier ministre, s’occupant d’amoureuses confidences, quand ils ont des traités à conclure... des lois à créer... un peuple à soulager de la misère... Il me faudrait leur dire , enfin , qu'oublieuse de sou époux... une Reine...

ANNE, vivement.

Vous m’outragez!..

GEORGES

Le Duc est brave ; il vous vengera peut-être...

ANNE

Vous l'outragez aussi... vos soupçons sont injustes et lâches... Cette femme qu’il aime... je la connais , moi ; vous la connaissez aussi , et cependant, sans respect pour l’amour et le dévouement du Duc... ce matin, pendant la fêle, en présence de toute ma cour... vous l’entouriez d’hommages ; vos regards... vos prévenanres n'étaient que pour elle... pour lady Sarah!.. que je fus contrainte d’éloigner de ma suite, car les sourires moqueurs de mes courtisans me disaient assez son triomphe et mon abaissement.

A peine de retour an palais , c’est près d’elle que je vous retrouve encore... Mon rcrur en fut blessé. j’ai souffert... Et c’est vous qui soupçonnez le Duc... vous qui m’accusez ! Ah ! j’ai honte, à présent . de cet instant de faiblesse , je le désavoue... Je suis votre femme... mais je suis reine et je vous ordonne...

GEORGES, avec énergie.

Des ordres... toujours des ordres!.. Eh bien! voilà toute la source du mal... Si restreintes que soient les prérogatives du mari de la Reine, inc disais-je, sa part peut être belle encore... S’il ne peut siéger au conseil , scs avis y prévaudront, dn moins; car la Reine le consultera. J’étais heureux, en songeant que j’allais travailler au bonbeurdc l’Angleterre ; j’étais fier de la voir, par mes soins . puissante , heureuse et forte... Mais, hélas ! roi sans honneurs... mari sans pouvoir... j’ai vu trop tôt re beau rêve s'évanouir...

Et quand mon honneur est compromis... outragé... la Reine s’offense... elle parle de crime de lèse-majesté...cllecxcuscleDucctme condamne, moi... Voilà, certes, qui est juste... qui est bien... et je dois me taire... et je dois être heureux... je suis le mari de la Reine!

ANNE, à part , avec émotion.

Oh! destinée étrange... pourquoi fant-il?..

(Elle s aBlcd et pleure. ) *®“

* GEORGES, s'approchant de la Reine.

Mais, vous pleurez!..

ANNE, se relevant fièrement.

C'est notre bon plaisir...

GEORGES, avec douceur.

Mon Dieu! l'orgueil étouffera-t-il toujours en vous la voiz du cœur... et votre amoar...

ANNE

Vous l’avez^ méconnu...

GEORGES

Moi... Eh bien ! soyez donc satisfaite, jouissez de votre triomphe !.. Ce que j’ai dit, ce que j’ai (ait... la jalousie seule me l'a dicté ; ma froideur pour vous , mon amour pour une autre , dépit , ruse, mensonge...

ANNE

Quoi ?..

CEOEGES.

Mais que cet aveu ne vous trouble pas ; désormais . je ne vous fatiguerai plus d'un amour auquel vous ne sauriez répondre.

Ai> de Tenter*.

C’est un amour orgueilleux et sauvage,

Qui ne saurait accepter un riva).

Je rougirais de ce honteux partage.

J’en rougirais fût-il d’un sang royal.

im

Que dites-vous ? je vous comprends k peine.

cEoar.ES.

Vous ne pouvez me consacrer vos Jours ,

Si grand qu’il soit, Madame, un cœur de reine. Est trop étroit pour deux amours.

11 ne saurait renfermer deux amours.

Non Reine, je ne serai jamais la fable de la cour... bientôt celle du peuple... peut-être ua jour cclle^de l’histoire.

ANNE

Encore une fois, vous m’outragez, et une telle injustice...

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