SCÈNE XV
ANNE, puis GEORGES.
ANNE, seule.
Et, maintenant, anéantissons celte preuve de sa culpabilité... (Elle brûle la lettre du Duc.) Pour le bonheur de sa vie, c'est un secret que Georges doit ignorer toujours!.. Georges... oh!
qu'il tarde a venir... je Pai si vivement outragé... et son cœur peut-être... (La porte s’ouvre ; Georges parait. Anne l’apercevant, niellant la main sur son ( eur, à part.) Ciel! le voilà. Il m'aime encore! (Georges s'avance froidement cl sans regarder la Heine. — Allant à lui.) Je vous sais gré, Georges, de cet empressement.
GEORGES
Mon devoir n’est-il pas d'obéir?
ANNE, avec douceur.
Cependant, tout à l'heure!..
GEORGES
Tout à l’heure, je fus un insensé.
ANNE
Vous êtes irrité, Georges?
GEORGES
Moi !.. je suis calme.
ANNE
Pourquoi vouloir le cacher!., votre cœur...
GEORGES
Mon cœur. Madame, a abjuré sa faiblesse...
à cet amour profond, a ces transports qui m'ont fait oublier toute dignité de moi-méme, ont succédé l’indifférence et l’oubli.
ANNE
Arrêtez, Georges.
GEORGES
Mais laissons cela. Madame... la Reine m'a fait venir... que veut-elle de moi?
ANNE, avec douceur, cl lui tendant la main.
Que vous lui pardonniez !
GEORGES
Lui pardonner!
ANNE
Si vos transports jaloux vous ont égaré, Georges... moi aussi, j*ai été trop loin, et je me rcpens.
GEORGES, avec iron'e.
Oh! oui, sans doute, en reconnaissant l’injustice de votre conduite, en me voyant souffrir, vous avez oublié votre orgueil, et vous vous êtes dit : Je l'ai outragé, mais quand je lui aurai jeté quelques mots de bienveillance, de repentir... il devra tout oublier, s'estimer trop heureux même qu'une Reine veuille bien reconnaître ses torts... non. Madame, non, c'est au cœur que vous m’avez frappé , et ce n’est pas avec quelques mots de pitié qu’on guérit les blessures du cœur.
ANNF.
Georges... tuais vous êtes ému... vous souf- L- frez..