SCENE X
M-e LEBIDOIS, JENNY.
M"« LEBIDOIS.
Ah çà! mais, d'abord, conte-moi donc 7... comment as-tu pu savoir que j'étais ici î...
JEWNY.
Par Thérèse, qui est montée me le dire au moment où je unissais de m'habiller pour sortir.
M"" LEBIDOIS.
Tiens!... tu connais donc Thérèse?
JKNNY.
Si je la connais !...
M™e LEBIDOIS.
Et mon père ?...
JEHNY.
Beaucoup.
M'"^^ LEBIDOIS,
C'est charmant.
JBNKY.
Mais assieds-toi... nous causerons mieux.
Elle offre un sit-go à M™^ Lebidois.
M'ne LEBIDOIS.
Oh ! pardon !... c'était à moi de te prévenir.
JENNY
Entre amies!... cette chère Aglaé!...
M'i'e LEBIDOIS.
Aglaé?... ah! c'est juste !.. tu ne me connais que sous ce nom-là... nous étions trois Louise à la pejision, et pour ne pas confondre, on en avait débaptisé deux... J'étais une des martyres.
JENÎJY.
Si tu t'approchais du feu 7... Tu as peut-être froid?... ou bien, si tu as besoin de quelque chose, vois-tu, ne te gène pas... fais comme chez... [Elle se reprend en riant. ) Tiens!... moi qui oublie que tu y es chez toi!... ah! c'est que je m'attendais si peu à retrouver ici mon ancienne compagne!...
M"e LEBIDOIS.
Moi aussi!...
Oh! moi, c'est tout naturel!... Ah! je n'ai pas mis un coussin sous tes pieds!... attends !...
Elle se lève ; M>^' Lebidois, qui, depuis un instant, la regarde avec surprise, se lève aussi. Jenny est entrée dans le cabinet.
11'°^ LEBIDOIS, la suivant.
Où va-t-elle ?,.. ( Examinant l'intérieur du cabinet dont Jenny laisse la porte enlr'ouverte. ) Un métier à broder 1... un piano!... Et mon père qui tout-à-lheure défendait à mon mari... JENNY, sortant du cabinet avec un coussin en tapisserie.
C'est mon ouvrage!... Regarde!... n'est-ce pas que c'est assez gentil 7... [Étonnée du changement qu'elle remarque sur la figure de iV"' Lebidois. ) Qu'a-t-elle donc?... quel changement!...
Elle a p!aci> le coussin près du (aulcuil. M™e LEBIDOIS, à part.
C'est bien extraordinaire !... ( Haut. ) Jenny, tu n'es pas mariée?
JENNY
Non!... pourquoi ?
M"'^ LEBIDOIS.
C'est que tu aurais pu être la femme d'un de
MAGASIN THEATRAL
DOS parens ou d'un ami de mon père, et cette circonstance expliquerait... Mais non, ce n'est pas cela... Il estl'ami de ta mère... et sans doute elle est ici avec toi?...
JEIfWY.
Ma mère î... oh! il y a bien des années qu'elle est morte... je suis orpheline.
M'"« LEBIDOIS.
Mais... mon père connaissait le tien?
JBNNF.
Oui.
M"« LEBIDOIS.
Depuis... très-long-temps?
JBNNY.
Je ne sais pas... Je ne l'avais jamais vu venir à la maison.
M™"= LEBIDOIS.
Ah!...
JENNY
Après la mort de mon père, mort soudaine dont on ne m'a pas voulu dire les détails, car j'étais allée, par son ordre, passer quelques jours chez ma tante, et c'est là que j'appris que j'étais orpheline sans fortune, peu de temps après, dis-je, je pensais à chercher dans mon travail un moyen de vivre, quand M. Thévenot arriva ; il parla d'obligations qu'il avait contractées envers mon père, de services rendus qui lui faisaient un devoir de veiller sur mon frère et sur moi... il se montra pour tous deux l'ami le meilleur et le plus dévoué, et se chargea d'arranger nos affaires... Voilà, ma bonne amie, comment je suis devenue presque ta sœur.
Chère Jennyl
JBNNY.
Et, en cette qualité, je veux savoir tout ce qui te regarde; comment s'est fait ton mariage... M™e LEBIDOIS, soupirant.
Ahl...
JBNNT.
Pourquoi tu as choisi M. Lebidois ?
M™e LEBIDOIS , Soupirant.
Ah !...
JBNNY, souriant.
Et pourquoi lu .soupires en ce moment, et lèves les yeux au ciel comme une victime ?
M""» LEBIDOIS.
Oui, victime de ma folie!... voilà tout!... Ecoute : Caroline et Nathalie, l'une plus laide,' l'autre plus pauvre, et toutes deux plus jeune» que moi, allaient se marier; moi... j'avais...
JEN?tV.
Qu'est-ce que tu avais... que tu n'oses pas dire?... '^
M»» LEBIDOIS.
J'avais rencontré dans un bal... dans deux bals même... un jeune officier charmant.
JENNT.
Lai... voyez-vous ça I
j M">« LKBIDOIS.
! II n'avait vu que moi... n'avait parlé... qu'à ' moi... et m'avait dit...
Qu'il voulait t'épouser, j'en suis sûre.
M°'e LEBIDOIS.
Il disait que nous nous convenions parfaitement; et que son père, dès qu'il lui aurait parlé, viendrait me demander au mien. Le lendemain, je vis ces demoiselles, et, sans m'expliquer, je leur annonçai que, moi aussi, j'allais me marier... Eh bieni ma chère, je n'entendis plus parler de M. Gustave.
JENNY, étonnée.
Il s'appelait Gustave ?
M™« LEBIDOIS.
C'est ainsi que je l'avais entendu nommer... et je n'osai pas demander son autre nom... Je l'au-
'sis su mais il ne revint plus dans cette
maison oîi j'allais souvent, ne parut jamais chez mon père... et Caroline se moquait de moi, disait que j'avais menti, que personne ne me demandait... Alors, pour lui faire voir qu'on voulait de moi, j'acceptai M. Lebidois, qui se présenta, et je forçai mon père à consentir à ce mariage. D'ailleurs, que m'importait, puisque ce n'était pas M. Gustave?... Je préférai même M. Lebidois, parce que je me disais :
Aiad'Ft'/ca.
En vojant à quelle alliance
L'ahandon, lie'lns! me livra,
Pcut-L'tre de son inconstance
L infidèle un jour rougija ! Et pour (ju'il vil de sa conduite horrible Que, loin de lui, rien ne me consolait, J'aurais voulu, si c'eût c'tc possible, Que mon mari fût encore plus laid.
JENNY
Oh ! que tu as été enfant, mon Dieu!...
M"« LEBIDOIS.
Après cela, il m'aime... il est bon... au fond!... et je fais tout ce qae je peux pour l'aimer.
JENNY
Que je voudrais te voir heureuse, toi, quand je dois tout mon bonheur à ton père!... Ce matin encore, quelqu'un qui me devait une petite somme me l'a remboursée, grâce à lui.
M°>° LEBIDOIS.
Ahl...
JKNHT,
Oui , un banquier qui avait fait de mauvaises affaires.
MB^o LEBIDOIS.
Ils ne font donc plus autre chose?...
JBNNY.
C'est un monsieur Sommcrville.
M"« LEBIDOIS étonnée.
Sommerville?... et il t'a payée?
JBNNY.
Cinq cents francs que ton père m'a remis.
Mais c'est impossible.
ÏBNKT.
Je t'assure.
M™* LEBIDOIS.
Je dois le savoir , mon mari est créancier de la faillite.
JENNY
Lui aussi?...
H>"e LEBIDOIS.
Et on ne paiera rien.
JENNY
Rien , dis-tu?
j/i^e LEBID0I9.
Rien avant un an... si on paie.
JENNY
Mais... monsieur Thévenot m'a donc trompée?
1H™« LEBIDOIS.
Oh , non I
Et tout cet argent que j'ai reçu de lui depuis dix-huit mois?...
M°>« LEBIDOIS.
T'appartenait sans doute.
JENNY
Comme celui-là peut-être?... Oh, je ne sais plus que croire?... serais-je pauvre?. ..ne vivraisje que de ses bienfaits?...
M"»e LEBIDOIS.
En tout cas , un ami de ta famille aurait le droit d'être généreux.
JENNY
Sans mon consentement?... oh! non... Je suis jeune, j'ai du courage!... je peux travailler!... Que faut-il donc penser, mon Dieu ?...
Elle s'assied, M™e LEBIDOIS.
Allons, Jenny, calme- toi!...
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