‹ Le mari de ma filleChapitre 15 sur 19 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

M"" LEBIDOIS, THÉRÈSE.

THÉRÈSE

Quelle colère! (Apercevant M'^o Lebidois, qui entre par la porte latérale de gauche.) TitDSl... VOUS étiez là?

M^° LBBIDOIS.

Oui!... j'ai laissé sortir mon mari, et, cachée dans cette chambre, j'ai entendu toute la conversation de mon père et de Jenny... Ah! Thérèse, que mon père est noble et bon I

THÉRÈSE

Lui? c'est la perle des hommes... et ceux qui le tourmentent...

M"e LEBIDOIS.

Ma bonne Thérèse !

THÉRÈSE

Ce n'est pas pour vous que je dis ça!... mais votre sapajou de mari... car il ressemble à un sapajou... seulement il est plus laid... et s'il y avait une justice...

M"e LEBIDOIS.

Ecoute, et réponds-moi franchement!... Cette jeune personne qui demeur»dans la maison...

THÉRÈSE

M>ie Jenny?

M""> LEBIDOIS.

Oui!... mon père l'aime... beaucoup?

THÉRÈSE

Certainement!... mais qui est-ce qui ne l'afmerait pas?... c'est si aimable, si gentil !... Ça a tant de raison, tant de grâce, un si bon caractère!...

M"6 LEBIDOIS.

Il l'aime... comme il aimait... son enfant?

THÉRÈSE

Oh ! oh I

M™« LEBIDOIS.

Réponds-moi donc!

THÉRÈSE

Dam', si j'osais dire tout ce que je pense?

BI"e LEBIDOIS.

Je t'en prie!

THÉRÈSE

Entre nous... je crois qu'il l'fiime... pas plus... mail autrement... quoiqu'il n'en dise rien.

M™o LEBIDOIS.

Et elle?... c'est sans doute l'affection d'une fille pour son père qu'elle éprouve auprès de lui?

THÉRÈSE, hochant la tête.

Hein! hein t

M"" LEBIDOIS.

Achève, je t'en conjure I

THÉRÈSE

Ecoutez donc!... 11 m'a semblé quelquefois que ça pourrait bien être nuire chose.

IW"" LBBIDOIS.

Tu crois, Thérèse?...

THÉRÈSE

Que voulez-vous?... il est encore jeune et trèsbien, M. Thévenot!... Et puis, il est si bon!... il sait si bien se plier aux goûts, aux idées de la jeunesse ! . .. Elle ne se doute peut-être pas elle-même de ce qui se passe dans son petit cœur... ni lui non plus!... mais moi, je suis là, je regarde, j'observe... et il m'est avis...

M""^ LEBIDOIS.

Merci, Thérèse, merci!

THÉRÈSE

Après ça... je peux me tromper... Il ne faudrait pas, voyez-vous...

M"« LEBIDOIS.

Non, non!... tu ne te trompes pas.

THÉRÈSE

Du reste, il parait qu'elle va quitter la maison ?

M"e LEBIDOIS.

Peut-être.

THÉRÈSE

Voilà son frère revenu d'Afrique, et...

M™'' LEBIDOIS.

Ah! mon Dieu!... tu m'y fais songer! les propos tenus par M. Lebidois... Ce jeune homme l'a menacé... il lui en veut sans doute?

THÉRÈSE

Il y a de quoi!... et ce n'est pas d'aujourd'hui t

M™^ LEBIDOIS.

Comment?

THÉRÈSE

Ah I ma pauvre chère enfant, si vous ne vous étiez pas tant pressée de vous marier... si vous m'aviez conûé... Il est si gentil garçon!... il vous aimait tant !

M"« LBBIDOIS.

Qui cela?

THÉRÈSE

Pardinel... lui!... le frère de M"e Jenny... M. Gustave Mallard t

npe LEBIDOIS.

Gustave!... est-ce possible?... quoil... ce serait...

THÉRÈSE

Eh bien , oui ! ce jeune officier qui vous avait vue dans deux bals... il y a plus de deux ans de ça!... il avait été forcé de partir tout de suite pour une garnison... et six mois après, quand il revint, vous étiez u Bordeaux avec votre sapajou de mari!

Umo LBBIDOIS.

Oh! mon Dieu!

THÉRÈSE

Il vint voir M. Thévenot, «on bienfaiteur... alors, il me conta ses chagrins... dont je n'ai jamais rien dit a personne.. . et il alla en Alger avec son régiment... Jugez s'il doit aimer M. Lebidois!

M™» LEBIDOIS.

Ah! s'il lui reste dans le cœur quelque bon sentiment pour moi...

XHÉRÈSB.

Je crois ben qu'il lui en reste!... ce n'est pas les Bédouines qui ont pu... D'abord il me l'a dit en partant: Je l'aimerai toujours.

Elle remonte la scène pour sortir.

M"»® LEBIDOIS.

Qu'il m'oublie, au contraire!... mais qu'il oublie aussi les paroles de M. Lebidois!... qu'il respecte l'homme dont je porte le nom.

THÉRÈSE, regardant à la fenêtre.

Ah! voilà M. Thévenot qui reconduit son notaire!... ils causent ensemble sous la porte cocher e.

M™^ LEBIDOIS , à elle-même.

Un duel?..- c'est qu'il en est capable!... Vite, vite ! une lettre à M. Gustave... ( Haut.) Thérèse, il faut que j'écrive tout de suite.

THÉRÈSE

Eh bien! entrez dans le cabinet de monsieur.

M^e LEBIDOIS.

Et quelqu'un pour porter ma lettre?

Joseph est là.

ISP^ LEBIDOIS,

Bien ! bienl... merci, Thérèse, merci!

Elle sort vivement par la porte du fond, à gaucho de la cheminée.

Page 1