‹ Le mari de ma filleChapitre 2 sur 19 · THÉRÈSE, THÉVENOT · texte numérisé non relu

THÉRÈSE, THÉVENOT

TiiÉVBNOT, entrant par la porte du fond à gauche

de la cheminée. Si toilette est élégante et de bon

goût. A lui-même.

Il y a des jours où mon tailleur n'a pas le sens commun... Je suis sûr que cet liabit-là nie fait des plis [>urloul. ( // aperçoit Thérèse.) C'est loi, Thérèse? fst-cc que mou liabit ne me gène pas un peu ? regarde doue.

THÉRÈSE

Oh! non, monsieur, au contraire.

niÉVENOT, souriant.

Alors, c'e.sl moi qui };éue mon habit.

TUÉUÈSE.

Du tout, monsieur, du tout, votre habit et vous, vous êtes fait l'un pour l'autre... comme qui dirait deux jeunes amoureux.

TUÉVKNOT, de même.

Oui, deux amoureux qui se disputent... Ah! est-ce que Jenny n'est pas encore descendue?

7HÉKËSE.

Pardon, monsieur, elle est la, dans ce cabinet (jue vous avez fait arranger, et où vous savez qu'elle vient quelquefois faire de la musique ou de la broderie en attendant que vous soyez visible. Une fille n'aurait pas plus de respect et de prévenances pour son père.

Allons, c'est bon, c'est bien. .. laisse là tous ces titres de fille et de père, (jui ^d'ailleurs me rappellent toujours...

TUÉUÈSE.

Oui, qui vous rappellent le malheureux mariage de mam'selle Louise, votre fille, avec ce M. Lebidois de Bordeaux... un vieux sournois de jeune homme qui ne se donnait que vingt-cinq ans et qui en avait plus de dix avec.

TUÉVEKOT.

Si ce n'était que ses trente-six ou trente-huit ans... pardié, il y a des hommes encore plus âgés que lui et qui peuvent plaire à des femmes tout aus.«.i jeunes que ma fille... mais c'est son caractère! Un monsieur qui, môme avant son mariage, se permettait de me faire des observations sur mes dépenses, me prêchait l'ordre, l'économie, la sagesse... que sais-je? un égoïste, un sot, un avare .. avare de l'argent que je possède, bien entendu... enfin, tout ce qu'il y a de plus gendre dans les gendres.

TIIÉIIÈSE.

Ah! monsieur, si vous n'aviez pas été si bon, si faible, ce mariage-la ne se serait jamais fait.

TUÉVESOT.

Mai» je m y suis opposé tantque j'ai pu... Rappelle-loi donc !... Louise s'est mariée malgré moi.

TUÉllfeSK.

Alulgrë vous. . avec voire consenlement.

Sans doute! je ne pouvais pas toujours résister à ses larmes.

THÉRÈSE

Pleurer pour avoir un pareil mari! M"* Louise, si gentille! si aimable i... Ah ! je me disais à part moi, dans ce ternps-là, il y a la-dessous quelque chose qu'on ne sait pas! (A part.) Et je l'ai su depuis, ce qu'il y avait!

THÉVENOT

Toujours est-il qu'elle l'a épousé et qu'elle est partie avec lui.

THÉRÈSE

Aussi, qu'est-il arrivé, quelques mois après son départ?... c'est que vous, un beau jour où vous vous ennuyiez d'être triste et seul, vous avez fait venir M"« Jenny, qui, à cette heure, est tout pour vous.

TaÉvE^oT.

Oh! oui! lu as raison!... tout pour moi I

.\\R: Muse des boit.

M'occupcr il'ille est ma plus douce tàclie ; La contenter est mon plus grand plaisir : Quand on vieillit, oli ! comme l'on s'attache Aux arailic's qu'on peut encor saisir!

On craint toujours (pie ce soient les dernières. Kl Ton se dit, en soignant son tre'sor : Je peux du temps brjver les lois lois sévères. Puisque ((uel([u"un veut hien m'aimer encor ! THÉRÈSE.

Oh! quant à ça, vous pouvez compter qu'elle vous aime.

THÉVENOT, vivement.

Elle te l'a dit?

Certainement ! tout-à-l'heure encore, en jouant de son piano!. . ( On entend les sons d'un piano. ) Tenez... l'enlendez-vous?

THÉVENOT, écoulant.

Chut!... ah! si je ne craignais pas de la contrarier...

THÉRÈSE

Allez donc!... elle chante .. elle ne peut pas être contrariée... Je ne chante jamais que quand je suis contente, moi!

1 licvciiol ouvre la porte du cabinet où est Jenny, et il entre avec précaution.

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