‹ Le mari de ma filleChapitre 3 sur 19 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

THÉRÈSE, puis LEUIDOIS.

THÉRÈSE, setUe, un instant.

Quel brave homme, mon Dieu ! quel brave homme! .. En voilà un qui mérite d'être heureux!

LEBIDOIS, ouvrant la porte à droite de ta cheminée, et s'arrêtant au fond; à lui-même.

C'est bien ici!... je reconnais (larfaitcment les êtres. [Di'signaut Thérèse. ) En voilà même un... être... qtii n'est pas changé!... Toujours vieux! ( // s'avance. ) Dame Thérèse. ..

LE iMATU DE !MA FILLE.

THÉRÈSE, se reiournani.

Monsieur Lebidois!... le gendre de monsieur !..

Moi-même, si vous voulez bien le permettre ! Arrivé de Bordeaux hier au soir par la messagerie Laffilte et Gaillard, et transporté ici, ce matin, par la commodité d'un omnibus.

TnÉRÈSE.

Ali bien ! Dieu merci!... Monsieur va être joliment content de la surprise!

LEBIDOIS.

Je me plais à le croire !.. Et comment se porte-t- 11, ce papa de ma chère épouse?

THÉRÈSE

Très-bien, jusqu'à présent !... il ne sait pas encore que vous êtes à Paris.

LEBIDOIS.

Pardonnez-moi, aimable gouvernante!... il n'y a pas une heure, il a été prévenu de notre arrivée par une lettre.

THÉRÈSE

Une lettre?...

LEBIDOIS.

Oui, dans laquelle sa fille lui demande si nous pouvons nous présenter chez lui.

THÉRÈSE

Monsieur n'a rien reçu du tout.

LEBIDOIS.

Attendez !... si j'avais oublié de la remettre au commissionnaire? {Il fouille dans sa poche. ) Tout juste!... la voieil... vous la donnerez vous-même au beau-père.

Il n'y a pas besoin de lettre pour le prévenir, puisque vous voilà.

LEBIDOIS.

Ça le préviendra deux fois!. . il n'y a pas de mail {A part.) C'est adroit d'avoir fait semblant d'oublier la lettre de mon épouse I... Comme cela je peux observer sans qu'on m'ait attendu. {Haut.) Ah çà! respectable gouvernante, nous disons donc que tout va bien ici?... qu'il ne s'y passe rien.., d'extraordinaire?

THÉRÈSE

Dam', en fait d'extraordinaire, je ne vois que vous.

LEBIDOIS.

A merveille! De façon que le cher papa vit toujours bien tranquillement?. . Pas de grands dîners?... pas de bals, n'est-ce pas?... C'est si fatigant!... et si coûteux!... 11 faut qu'il se ménage!... Recommandez-lui cela... de votre part,.. Jît de se coucher de bonne heure!... de se lever... Eh mais! est-ce qu'il serait encore en contact avec son oreiller?... il est au moins... {Il fait le geste de tirer sa montre. ) Ah! mon Dieul... j'oublie que j'ai cassé ma montre en descendant de la diligence... l'émotion, en songeant que j'allais revoir le beau-père... il devrait m'en tenir compte ! ( // regarde à la cheminée.) Eh! eh!... en voilà une superbe! (// la décroche ci la regarde.) La

mienne était d'argent... celle-ci est en or! et a répétition !

Air : Un liitmutepoiirj'aire un tableau. Avec ce Lijoux ()r<'riciix, Garant d'un avenir prospère, J'aurais sans cesse sous les J'eiix Le souvenir de mon hean-père :

Grâce au talent de l'horloger.

Celle monire, au devoir fidèle, Ne doit jamais se déranger...

Et ]e Voudrais qu'il fit comme elle.'

THÉRÈSE

Permettez! permettez !... c'est la montre de monsieur... du moins c'est une nouvelle montre qu'il vient de s'acheter.

LEBIDOIS.

Une nouvelle montre?.,, il vient de l'acheter? et il en a une autre?... J'ai deviné !

THÉRÈSE

Qu'est-ce que vous avez deviné?

LEBIDOIS.

Je vous dis que j'ai deviné!... Qu'est-ce qu'il ferait d'une seconde montre?... ah I si c'était une monire de femme... je ne dis pas! parce que... mais non!... Allons, c'est bien! c'est très-bien à lui d'avoir pensé à moi !

THÉRÈSE

Hein ?

LEBIDOIS, replaçant la montre.

Je me trouverai là tout à point pour recevoir son cadeau... ça évitera les frais de port. THÉRÈSE, à part.

Prends garde de le perdre!

LEBIDOIS.

C'est un bon père que le papa Thévenot !... 11 aime bien sa fille... et par conséquent il doit m'aimer, moi que sa fille a épousé par amour.

En voilà de drôles d'idées I

LEBIDOIS.

Je trouve que les parens ont parfaitement raison de ne pas attendre leur mort pour faire des heureux.

THÉRÈSE

Qu'est-ce que vous parlez de mort?... Elle est bien loin , j'espère, de cette maison-ci!... Un homme de quarante-cinq ans!

LEBIDOIS.

Je lui en soupçonne quarante six.

THÉRÈSE

Pas encore!. . et il est très-bien portant, et fort gai, quoiqu'il soit veuf.

LEBIDOIS.

Parce qu'il est veuf!... cependant... {A pari ) De l'adresse ! {Haut.) Dites-moi, dame Thérèse, est-il bien... complètement veuf?

THÉRÈSE

Plalt-il?

LKBinOIS.

Je me suis laissé dire à Bordeaux par un de mes amis qui visite tous les ans la capitale des beaux arts et des beaux-pères , je me suis laissé

MAGASIN rHKATIlAL

(lire, dis-jp, que le papa Thévenol se donne l'agrément d'une... d'une demoiselle de compafinie... ou quelque autre analogue.

THÉRËSB.

Analogue?...

LBBIDOIS.

Ce n'est pas que je le blâme!... au contraire!,, je trouve cela très-drôle... et très-moral... du moment que la vertu... et la fortune paternelles ne sont point compromises...

TUÉRÈSK.

Est-ce que, par hasard, vous auriez l'infâmie de croire... ?

LBBIDOIS.

Je n'ai l'infamie de rien du tout, dame Thérèse !... puisque je vous répèle que je comprends çd... que je trouve cela très-drôle!

THÉHÈSB.

Comment? parce que 1V1"« Jenny, une brave et bonne demoiselle, viendra, de temps en temps, causer une heure ou deux avec monsieur?

LEBIDOIS.

A quelle heure... cette heure... ou deux?. .

THÉRÈSE

Qu'est-ce que ça vous fait?

LEBIDOIS.

Oh! mon Dieu! pas grand'chosel... Histoire de savoir si c'est le soir ou le matin ?... Voilà !

TBÉBÈSE.

Fi!... c'est une horreur!.,, une pauvre jeune personne, dont le père est mort, qui a porté le deuil plus de quinze mois, et, pendant tout ce temps-là, n'a presquepas bougé d'avec sa tante...

LEBIDOIS.

Ah !... il y a une tante?

THÉRËSB.

Certainement.

LBBIDOIS.

Une vraie tante?

THÉRËSB.

Comment?

LBBIDOIS.

Ah ! c'est que je me suis laissé dire à Bordeaux, par mon ami, qui visite tous les ans la capitale des beaux-arts et des beaux-pères, qu'on voyait quelquefois à Paris des individus qui n'avaient ni famille ni mobilier, et à qui l'on fournissait tout en même temps.

THÉRËSB.

Par exemple !

LBBIDOIS.

Mon ami prétend qu'on loue ici des tantes et des fauteuils... à prix fixe.

THÉRËSB.

Quelle abomination!... Apprenez, monsieur, que c'est une respectable dame âgée qui habile avec sa nièce le petit appartement de là-haut, au second.

LBBIDOIS.

L'étage ri-dessus T.. . très-bien! (Â ii<iii,eu lemnniani (n scf'iie ) Au fait, c'est possible .' mon

ami de Bordeaux est passablement amateur de cancans, i On entend toucher du piano dans le cabinet.) Qu'est-ce que c'est que ça?

THÉRÈSE, embarrassée.

Ça?...

LEBIDOIS.

Oui.

THÉRÈSE, à part.

Avec ses idées, s'il se doutait...? ( JETaut.) C'est un ami de monsieur qui s'amuse à jouer des airs.

LBBIDOIS.

Et à chanter!... Il a une voix de femme bien agréable cet ami-là.

THÉRËSB.

Oh ! quand on sait la musique.. ■

LEBIDOIS.

C'est juste I

Aie : Une valse légère. (Dorlie.) À part.

Je ne suis pas musicien, mais gendre.

Et sur ce point je veun être eclairci :

Je Vais monter là iiaut, pour mieux comprendre,

Les drôles d'airs que Ton me chaole ici. Haut.

De vos discours, je goûte le me'rite.

Mais le piano, je ne puis le sentir, Lorsque je l'entends, ça m'irrite,

El je me vois oblige' de sortir.

ENSEMBLE

t.EBlDOIS.

.le ne suis pas musicien, mais gendre, etc.

THF.BÈSE.

aIi ! quel malheur d'avoir un pareil gendre .' D'étonnement j'en ai le coeur saisi :

Il est capable, b c'que je peux comprendre, De vouloir tout bouleverser ici.

Lebidois sort par le fond, la porte A droite de la clieiinnée.

THÉRÈSE , le suivant des yeux.

Eh bien! où est-ce qu'il va...? Je crois. Dieu me pardonne, qu'il monte au lieu de descendre?

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