‹ Le mari par interim, comédie-vaudeville en un acteChapitre 10 sur 20 · DER VILLE, DUBREUIL · texte numérisé non relu

DER VILLE, DUBREUIL

DERVILLE , furieux.

En croirai-je mes yeux ! un homme marié !.. l'époux de ma nièce!., dans ma propre maison! C'est affreux! c'est abominable!.... et moi qui étais revenu sur son compte.

Air : Le choix que fait tout le village.

Les voilà bien ces nœuds de mariage , Ces nœuds charmans formés par les amours ; Ils sont changés en chaînes d'esclavage Dont un anneau se brise tous les jours • En vain monsieur a femme jeune etjbelle, En vain, i\ a juré devant les lois , De lui garder une flamme éternelle , L'éternité n'a pas duré six mois.

DUBREUIL

Mais , Monsieur , je vous ajsure ..

DERVILLE

Pourquoi pas je vous jure?., un serment de plus ou de moins , pendant que vous y êtes !..

DUBREUIL

Croyez que mon respect pour votre nièce...

DERVILLE

Monsieur, les affaires de ménage ne s'arrangent pas seulement avec du respect.

( *9) DUBREUIL

Mes intentions sont pures.

DERVILLE

Pures !.. c'est cela; morale des maris du jour! quelle audace !

De grâce, permettez....

DERVILLE

Votre conduite est impardonnable!..

DUBREUIL, Si vous me laissiez achever. . .

DERVILLE

En effet, je viens me jeter à la traverse...

Air : Le beau Lycas aimait Thémire.

— - Aux élans d'un cœur indocile , Lorsqu'hélas contraint d'obéir , Il en contait à ma pupille , Je ne l'ai pas laissé finir !

Et quand enfin sa naïve tendresse, Va me prouver quelle est tout à ma nièce j Je l'arrête encor en son cours , J'interromps encor ses discours , Excusez mon impolitesse , De vous interrompre toujours.

DUBREUIL

Vous me persifliez; mais franchement vous m'accusez à tort. ( A part.) Prenons garde de compromettre madame de Çlarencé. [Haut. ) Je conviens que les apparences...

DERVILLE

Ah ! vous appelez ça des apparences ! Pauvre petite femme! et elle l'a épousé d'inclination y de préférence à ce bon, cet estimable M. Dubreuil.

DUBREUIL, Monsieur !...

DERVILLE , appuyant de plus eu plus sur l'éloge.

Un homme de moeurs irréprochables!...

Monsieur!...

DERVILLE

D'un savoir profond.

DUBREUIL

Ah l Monsieur , ménagez-moi !..

DERVILLE

Oui, monsieur, cela dût-il vous contrarier... d'un esprit charmant... point dissipé, point querelleur...

DUBREUIL

I Vous me placez dans une position !..

DERVILLE

Fort peu commode, je le sais... mais je n'ai pas du tout l'intention de vous être agréable. (Regardant du côté du jardin.} Tenez, justement je l'aperçois... il vient de ce côté...

DUBREUIL , après avoir regarde.

M. Dubreuil ?

DERVILLE

Lui-même,

DUBREUIL, à part.

Tant mieux , je ne serai pas fâché de faire connaissance avec moi.

DERVILLE

Brisons-là , et tâchez de mériter à l'avenir par une conduite meilleure, l'amitié que j'ai besoin d'avoir pour le mari de ma nièce...

SCEINE XII.

Les Mêmes , CLARENCE , qui a entendu les derniers mots.

CLARENCE , a part.

Le mari de sa nièce ! le voilà donc ce faux Clarence ! je le trouve enfin !

DERVILLE, a Clarence.

Mon cher Léon , je vous présente mon neveu...

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CLARENCÉ.

Ah! monsieur est...

DUBREUIL

Oui , monsieur, je suis... et vous, monsieur, il paraît que vous êtes..»

ÇLARENCÉ.

Oui, monsieur. {A part.) Ah! sans la présence de mon

oncle!.. —

DERVILLE

Oui , monsieur, oui , monsieur... A quoi bon tant de cérémonie entre parens... car vous êtes un peu cousins...

CLARENCÉ , à part.

Cousins ! cousins ! ( Bas à Dubreuil. ) Pas pour longtemps.

K*4\ •- 1 • ' -1 DUBREUIL

Soyez persuadé, monsieur, que j'avais la plus grande envie... ^ 1 *f\ \ ' . \ %; *

CLAREiNCÉ.

Air : Âh\ si Madame le savait.

Croyez que mon empressement, Est plus vif que le vôtre encore ; Vous portez un nom qne j'honore.

DERVILLE

Il pourrait vous en dire autant , Mais , faisons trêve au compliment.

CLARENCÉ.

Non, quand j'ai su que Monsieur et sa femme, Venaient aussi d'arriver aujourd'hui , J'ai désiré du fond de l'âme ,

( Bas* à Duhreuil d'un ton sévère. ) £

Faire connaissance avec lui.

( A Derville avec affabilité. )

Faire connaissance avec lui.

DUBREUIL , bas a Clarencé, avec le plus grand sang-froid.

Si vous me connaissiez mieux, vous sauriez que la mort ne m'a jamais effrayé, {haut) Je ne sais, Monsieur, comment j'ai mérité un accueil aussi obligeant.

**rw/«s

DERVILLE

Bien dit, bien répondu... je vous laisse dans ces bonnes dispositions.

Air : Vive la gaîté , c'est ma devise.

C'est bien , c'est un assaut

De politesse ,

De tendresse ; Entre gens comme il faut , On se comprend au premier mot.

Au doux instinct qni vous attire , L'un à l'autre , Messieurs , je voi Que pour ce qui vous reste à dire , Vous n'avez pas besoin de moi.

C'est bien, c'est un assaut,

Etc., Etc.

( Derville sort. )

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