DER VILLE, DUBREUIL
DERVILLE , furieux.
En croirai-je mes yeux ! un homme marié !.. l'époux de ma nièce!., dans ma propre maison! C'est affreux! c'est abominable!.... et moi qui étais revenu sur son compte.
Air : Le choix que fait tout le village.
Les voilà bien ces nœuds de mariage , Ces nœuds charmans formés par les amours ; Ils sont changés en chaînes d'esclavage Dont un anneau se brise tous les jours • En vain monsieur a femme jeune etjbelle, En vain, i\ a juré devant les lois , De lui garder une flamme éternelle , L'éternité n'a pas duré six mois.
DUBREUIL
Mais , Monsieur , je vous ajsure ..
DERVILLE
Pourquoi pas je vous jure?., un serment de plus ou de moins , pendant que vous y êtes !..
DUBREUIL
Croyez que mon respect pour votre nièce...
DERVILLE
Monsieur, les affaires de ménage ne s'arrangent pas seulement avec du respect.
( *9) DUBREUIL
Mes intentions sont pures.
DERVILLE
Pures !.. c'est cela; morale des maris du jour! quelle audace !
De grâce, permettez....
DERVILLE
Votre conduite est impardonnable!..
DUBREUIL, Si vous me laissiez achever. . .
DERVILLE
En effet, je viens me jeter à la traverse...
Air : Le beau Lycas aimait Thémire.
— - Aux élans d'un cœur indocile , Lorsqu'hélas contraint d'obéir , Il en contait à ma pupille , Je ne l'ai pas laissé finir !
Et quand enfin sa naïve tendresse, Va me prouver quelle est tout à ma nièce j Je l'arrête encor en son cours , J'interromps encor ses discours , Excusez mon impolitesse , De vous interrompre toujours.
DUBREUIL
Vous me persifliez; mais franchement vous m'accusez à tort. ( A part.) Prenons garde de compromettre madame de Çlarencé. [Haut. ) Je conviens que les apparences...
DERVILLE
Ah ! vous appelez ça des apparences ! Pauvre petite femme! et elle l'a épousé d'inclination y de préférence à ce bon, cet estimable M. Dubreuil.
DUBREUIL, Monsieur !...
DERVILLE , appuyant de plus eu plus sur l'éloge.
Un homme de moeurs irréprochables!...
Monsieur!...
DERVILLE
D'un savoir profond.
DUBREUIL
Ah l Monsieur , ménagez-moi !..
DERVILLE
Oui, monsieur, cela dût-il vous contrarier... d'un esprit charmant... point dissipé, point querelleur...
DUBREUIL
I Vous me placez dans une position !..
DERVILLE
Fort peu commode, je le sais... mais je n'ai pas du tout l'intention de vous être agréable. (Regardant du côté du jardin.} Tenez, justement je l'aperçois... il vient de ce côté...
DUBREUIL , après avoir regarde.
M. Dubreuil ?
DERVILLE
Lui-même,
DUBREUIL, à part.
Tant mieux , je ne serai pas fâché de faire connaissance avec moi.
DERVILLE
Brisons-là , et tâchez de mériter à l'avenir par une conduite meilleure, l'amitié que j'ai besoin d'avoir pour le mari de ma nièce...
SCEINE XII.
Les Mêmes , CLARENCE , qui a entendu les derniers mots.
CLARENCE , a part.
Le mari de sa nièce ! le voilà donc ce faux Clarence ! je le trouve enfin !
DERVILLE, a Clarence.
Mon cher Léon , je vous présente mon neveu...
/^WesdèlaVilledeE^
Archiefvand2w.a--!u-ttt
CLARENCÉ.
Ah! monsieur est...
DUBREUIL
Oui , monsieur, je suis... et vous, monsieur, il paraît que vous êtes..»
ÇLARENCÉ.
Oui, monsieur. {A part.) Ah! sans la présence de mon
oncle!.. —
DERVILLE
Oui , monsieur, oui , monsieur... A quoi bon tant de cérémonie entre parens... car vous êtes un peu cousins...
CLARENCÉ , à part.
Cousins ! cousins ! ( Bas à Dubreuil. ) Pas pour longtemps.
K*4\ •- 1 • ' -1 DUBREUIL
Soyez persuadé, monsieur, que j'avais la plus grande envie... ^ 1 *f\ \ ' . \ %; *
CLAREiNCÉ.
Air : Âh\ si Madame le savait.
Croyez que mon empressement, Est plus vif que le vôtre encore ; Vous portez un nom qne j'honore.
DERVILLE
Il pourrait vous en dire autant , Mais , faisons trêve au compliment.
CLARENCÉ.
Non, quand j'ai su que Monsieur et sa femme, Venaient aussi d'arriver aujourd'hui , J'ai désiré du fond de l'âme ,
( Bas* à Duhreuil d'un ton sévère. ) £
Faire connaissance avec lui.
( A Derville avec affabilité. )
Faire connaissance avec lui.
DUBREUIL , bas a Clarencé, avec le plus grand sang-froid.
Si vous me connaissiez mieux, vous sauriez que la mort ne m'a jamais effrayé, {haut) Je ne sais, Monsieur, comment j'ai mérité un accueil aussi obligeant.
**rw/«s
DERVILLE
Bien dit, bien répondu... je vous laisse dans ces bonnes dispositions.
Air : Vive la gaîté , c'est ma devise.
C'est bien , c'est un assaut
De politesse ,
De tendresse ; Entre gens comme il faut , On se comprend au premier mot.
Au doux instinct qni vous attire , L'un à l'autre , Messieurs , je voi Que pour ce qui vous reste à dire , Vous n'avez pas besoin de moi.
C'est bien, c'est un assaut,
Etc., Etc.
( Derville sort. )