‹ Le mari par interim, comédie-vaudeville en un acteChapitre 11 sur 20 · CLARENCE · texte numérisé non relu

CLARENCE

Monsieur, vous savez qui je suis?...

DUBREUIL

Mais, s'il en faut en croire M. Derville , vous êtes M. Léon Dubreuil.

CLARENCÉ.

Non , Monsieur, je suis Clarencé.

DUBREUIL

Clarencé! mais cependant tout-à-l'heure encore...

CLARENCÉ.

Je suis Clarancé , vous dis-je !

DUBREUIL

Eh! quoi, sérieusement, vous ici?

CLARENCÉ.

Je conçois votre étonnement vous ne m'attendiez

pas j'espère maintenant que vous n'hésiterez plus à nie

suivre.

DUBREUIL

Une provocation, un duel! oui, Monsieur, je Vous

reconnais...

CLARENCÉ.

Air : Quand fêtais garde-marine.

Puisqu'en cette circonstance , Grâce à ma vivacité , Vous avez pris connaissance , De mes nom et qualité , Vous trouverez bon, j'espère , Que dans ma juste colère, J'ose ici vous provoquer; Et , pour terminer bien vite , Qu'à l'écart je vous invite , A venir vous expliquer.

Suivez-moi. ( Bis. ) Dans le parc, sans plus attendre.

DUBREUIL

Mais pourquoi ? ( Bis. ) Ici ne peut-on s'entendre ?

CLARENCÉ.

De nous mesurer de près , Auriez-vous donc des alarmes.

DUBREUIL

Non , Monsieur, et de mes armes, Le ciel vous garde à jamais.

CLARENCÉ.

Finissons, Monsieur, je vpus demande satisfaction.

DUBREUIL

Je vous la donnerai certainement , et au-delà de vos espérances... mais permettez... une légère observation ; vous me reprochez devoir pris votre nom.

Et ma femme.

DUBREUIL , avec sang-froid.

Procédons avec méthode... j'ai pris votre nom, mais à votre tour, savez- vous qui je suis?

CLARENCÉ.

Si j'en croyais aussi M. Derville, vous seriez... Le Mari. 5

DUBREUIL

Je suis &éon Dnbreuil.

CLARENCÉ.

Air: Connaissez mieux le grand Eugène.

Léon Dubreu il ! . . .

DUBREUIL

Oui , vous pouvez m'en croire , Cet incident est rare, j'en convien ; De votre nom , quand je me faisais gloire , Modestement, vous aviez pris le mien, Vous le voyez , vous vous fâchiez pour rien !

CLARENCÉ.

Jouons-nous donc ici la comédie?...

DUBREUIL

Eh ! mais sans doute , en cette occasion , Nous répétions la scène de Sosie.

CLARENCE , très-sérieusement.

Dites plutôt , celle d'Amphitrion !

DUBREUIL

Je sens à présent qu'une explicatiun franche est indispensable- je vous le répète, je suis Léon Dubreuil... Ce matin, en me présentant ici, sous les auspices de madame de Clarencé , je fus pris pour vous par M. votre oncle, et j'allais me faire connaître sous mon véritable nom , lorsque la colère qu'il fit éclater contre vous, nous inspira les craintes les plus vives pour vos intérêts ; moi-même je l'avouerai, croyant vous servir, et dans le seul espoir de gagner du temps, je fus le premier à l'entretenir dans cette erreur , et nous n'avons pas encore trouvé un moment favorable pour le désabuser. Maintenant, Monsieur, cette explication vous suffit-elle?

CLARENCÉ.

DUBREUIL

Que dites- vous?

La vérité f ;

CLARENCÉ.

Ah ! Monsieur, que d'excuses n'ai- je pas à vous faire?

SCENLXIV. ^ Les Mêmes , Mad. DE CLARENCE. ^*£X#VUW ♦ '

*** CLARENCÉ , allant an devant de sa femme.

Ma chère Clémence !

Mad. DE CLARENCÉ.

Voua iei, mon ami. par quel hasard? votre présence m'inquiète !...

CLARENCÉ.

Rassure- toi j c'est mon colonel lui-même, qui m'invite à revepir; et il m'a fait espérer que je recevrais bientôt la nouvelle que mon affaire est décidément arrangée. Mad. DE CLARENCÉ.

Ah ! mon ami , quel bonheur , je vous revois \

CLARENCÉ.

Je ne m'attendais pas non plus à te trouver ici.

Mad DE CLARENCÉ , avec inquiétude. Mais , dites-moi , vous avez vu mon oncle?

CLARENCÉ.

Oui.

Mad. DE CLARENCÉ.

Vous lui avez parlé ?

CLARENCÉ.

Oui.

Mad. DE CLARENCÉ . vivement.

Grand dieu! tout est découvert, il sait tout...

v CLARENCÉ.

Il ne sait rien.

Mad. DE CLARENCÉ.

Cependant à ses yeux, il doit y avoir ici...

CLARENCÉ.

Deux Clarencé? il n'y en a qu'un.

Mad. DE CLARENCÉ, Mais, vous?

( 36 ) CLARENCÉ.

Moi , je suis Dubicuil , comme Monsieur est Clarence'. • -Imad.DE CLARENCÉ.

/. ^^ ^v vQue voulez-vous dire ?

CLARENCÉ. r.

Rien de plus simple... par générosité, Monsieur- a bien voulu se charger de ma réputation, et par calcul , j'ai usurpé la sienne , je t'expliquerai cela.

Air : De Vécu de six francs.

Ne pouvant que gagner au change , Oui , de Monsieur, j'ai pris le nom ; Aussi j'ai reçu la louange.

DUBREUIL

Et moi , j'ai reçu le sermon.

CLARENCÉ , a sa femme.

Tu fa sais compensation.

Que d' honnêtes gens, sur mon âme, Qui pu rient morale et devoir , Seraient trop heureux , de pouvoir Chang r et de nom et de femme.

Mal. DE CLARENCÉ , a Dubreuil.

Notre position est affreuse; tôt ou tard il faudra que mon oncle apprenne...

DUBREUIL

Oui , plus nous avançons, et plus nous avons à redouter sa colère.

CLARENCÉ.

Cependant il est temps que cela finisse, car enfin, puisque je suis sur le contrôle conjugal, je ne peux pas toujours être mari en expectative?

DUBREUIL

m Allons j je vous quitte, je vais retrouver M. Derville, et

le préparer.

CLARENCÉ.

C'est ça, en eclaireur , reconnaître le terrain.

DUBREUIL

Je vous laisse avec ma femme.

Je n'abuserai pas de votre confiance. ( Il sort. )

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