CLARENCE
Monsieur, vous savez qui je suis?...
DUBREUIL
Mais, s'il en faut en croire M. Derville , vous êtes M. Léon Dubreuil.
CLARENCÉ.
Non , Monsieur, je suis Clarencé.
DUBREUIL
Clarencé! mais cependant tout-à-l'heure encore...
CLARENCÉ.
Je suis Clarancé , vous dis-je !
DUBREUIL
Eh! quoi, sérieusement, vous ici?
CLARENCÉ.
Je conçois votre étonnement vous ne m'attendiez
pas j'espère maintenant que vous n'hésiterez plus à nie
suivre.
DUBREUIL
Une provocation, un duel! oui, Monsieur, je Vous
reconnais...
CLARENCÉ.
Air : Quand fêtais garde-marine.
Puisqu'en cette circonstance , Grâce à ma vivacité , Vous avez pris connaissance , De mes nom et qualité , Vous trouverez bon, j'espère , Que dans ma juste colère, J'ose ici vous provoquer; Et , pour terminer bien vite , Qu'à l'écart je vous invite , A venir vous expliquer.
Suivez-moi. ( Bis. ) Dans le parc, sans plus attendre.
DUBREUIL
Mais pourquoi ? ( Bis. ) Ici ne peut-on s'entendre ?
CLARENCÉ.
De nous mesurer de près , Auriez-vous donc des alarmes.
DUBREUIL
Non , Monsieur, et de mes armes, Le ciel vous garde à jamais.
CLARENCÉ.
Finissons, Monsieur, je vpus demande satisfaction.
DUBREUIL
Je vous la donnerai certainement , et au-delà de vos espérances... mais permettez... une légère observation ; vous me reprochez devoir pris votre nom.
Et ma femme.
DUBREUIL , avec sang-froid.
Procédons avec méthode... j'ai pris votre nom, mais à votre tour, savez- vous qui je suis?
CLARENCÉ.
Si j'en croyais aussi M. Derville, vous seriez... Le Mari. 5
DUBREUIL
Je suis &éon Dnbreuil.
CLARENCÉ.
Air: Connaissez mieux le grand Eugène.
Léon Dubreu il ! . . .
DUBREUIL
Oui , vous pouvez m'en croire , Cet incident est rare, j'en convien ; De votre nom , quand je me faisais gloire , Modestement, vous aviez pris le mien, Vous le voyez , vous vous fâchiez pour rien !
CLARENCÉ.
Jouons-nous donc ici la comédie?...
DUBREUIL
Eh ! mais sans doute , en cette occasion , Nous répétions la scène de Sosie.
CLARENCE , très-sérieusement.
Dites plutôt , celle d'Amphitrion !
DUBREUIL
Je sens à présent qu'une explicatiun franche est indispensable- je vous le répète, je suis Léon Dubreuil... Ce matin, en me présentant ici, sous les auspices de madame de Clarencé , je fus pris pour vous par M. votre oncle, et j'allais me faire connaître sous mon véritable nom , lorsque la colère qu'il fit éclater contre vous, nous inspira les craintes les plus vives pour vos intérêts ; moi-même je l'avouerai, croyant vous servir, et dans le seul espoir de gagner du temps, je fus le premier à l'entretenir dans cette erreur , et nous n'avons pas encore trouvé un moment favorable pour le désabuser. Maintenant, Monsieur, cette explication vous suffit-elle?
CLARENCÉ.
DUBREUIL
Que dites- vous?
La vérité f ;
CLARENCÉ.
Ah ! Monsieur, que d'excuses n'ai- je pas à vous faire?
SCENLXIV. ^ Les Mêmes , Mad. DE CLARENCE. ^*£X#VUW ♦ '
*** CLARENCÉ , allant an devant de sa femme.
Ma chère Clémence !
Mad. DE CLARENCÉ.
Voua iei, mon ami. par quel hasard? votre présence m'inquiète !...
CLARENCÉ.
Rassure- toi j c'est mon colonel lui-même, qui m'invite à revepir; et il m'a fait espérer que je recevrais bientôt la nouvelle que mon affaire est décidément arrangée. Mad. DE CLARENCÉ.
Ah ! mon ami , quel bonheur , je vous revois \
CLARENCÉ.
Je ne m'attendais pas non plus à te trouver ici.
Mad DE CLARENCÉ , avec inquiétude. Mais , dites-moi , vous avez vu mon oncle?
CLARENCÉ.
Oui.
Mad. DE CLARENCÉ.
Vous lui avez parlé ?
CLARENCÉ.
Oui.
Mad. DE CLARENCÉ . vivement.
Grand dieu! tout est découvert, il sait tout...
v CLARENCÉ.
Il ne sait rien.
Mad. DE CLARENCÉ.
Cependant à ses yeux, il doit y avoir ici...
CLARENCÉ.
Deux Clarencé? il n'y en a qu'un.
Mad. DE CLARENCÉ, Mais, vous?
( 36 ) CLARENCÉ.
Moi , je suis Dubicuil , comme Monsieur est Clarence'. • -Imad.DE CLARENCÉ.
/. ^^ ^v vQue voulez-vous dire ?
CLARENCÉ. r.
Rien de plus simple... par générosité, Monsieur- a bien voulu se charger de ma réputation, et par calcul , j'ai usurpé la sienne , je t'expliquerai cela.
Air : De Vécu de six francs.
Ne pouvant que gagner au change , Oui , de Monsieur, j'ai pris le nom ; Aussi j'ai reçu la louange.
DUBREUIL
Et moi , j'ai reçu le sermon.
CLARENCÉ , a sa femme.
Tu fa sais compensation.
Que d' honnêtes gens, sur mon âme, Qui pu rient morale et devoir , Seraient trop heureux , de pouvoir Chang r et de nom et de femme.
Mal. DE CLARENCÉ , a Dubreuil.
Notre position est affreuse; tôt ou tard il faudra que mon oncle apprenne...
DUBREUIL
Oui , plus nous avançons, et plus nous avons à redouter sa colère.
CLARENCÉ.
Cependant il est temps que cela finisse, car enfin, puisque je suis sur le contrôle conjugal, je ne peux pas toujours être mari en expectative?
DUBREUIL
m Allons j je vous quitte, je vais retrouver M. Derville, et
le préparer.
CLARENCÉ.
C'est ça, en eclaireur , reconnaître le terrain.
DUBREUIL
Je vous laisse avec ma femme.
Je n'abuserai pas de votre confiance. ( Il sort. )