SCÈNE XIII 3r
,jo lui devrai le hunliour de ma vie, et que... Vous rie/, à votre tour?
MADAME DE MARECIE.
Ail ! ali 1 ah !
OIIAVAGNAC.
Non, vrai, votre gaieté, en ce moment, n’est pas généreuse. Je vous parle de mon amour, vous ne parlez pas de votre vertu ; vous ne criez pas, vous riezl cela me démonte. De grâce, prenez quelque souci de ma situation. Niez mes droits, discutez-les, tonnez, suppliez, écrasez-moi de vos dédains, mais ne riez pas, madame ! ne riez pas, je vous en priel Cela ôte toute solennité à notre position réciproque.
MADAME DE MAREUIL, arec beaucoup de grâce et de gaieté.
Kn ellét, monsieur, elle vient, par bonheur, de perdre tout ce qu’elle avait de sérieux... je veux dire d’embarras- .sant pour moi. Je m’en applaudis, je vous remercie, je vous excuse, j<î vous pardonne, vous me rendez libre... adieu!
CHAVAGNAC, se plaçant rivement derant elle.
Renoncer à vous ! Ah ! madame ! demandez-moi ma vie, mon honneur, mais de vous laisser fuir, mais de vous perdre ! jamais! ne l’exigez pas..
MADAME DE MAREL'U..
Monsieur ! cela est indigne 1 un militaire ! un gentilhomme! Au nom des convenances! au nom de l’honneur 1
CHAVAGNAC
Do l’indignation ! de la colère! Ah! prenez garde, madame ! vous me rendez mes armes, je reprends mes avantages ; je vais me retrouver.
MADAME DE MAREUIL
.Monsieur !
CHAVAGNAC
Non, je n’abuserai pas plus longtemps de votre embarras et de l’étrange position que. sans mon aveu, à mon insu, l’on nous a faite à tousdeut. I.aissons là cos prétendus liens et des droits que je rougirais d’invoquer, fussent -ils légitimes, fussent-ils reconnus par vous, si ces droits je ne les devais à votre amour. Vous pouvez encore disposer de votre main, de votre cœur, madame... Mais à présent, c«
:iG LK MARIAGE A L'ARyi EIU SE
ii’fst pliislf! mari qui s’alarmo dt» votro dcparl, c'esl l’amant qui vous supplio de le diüeror.
HADAME DE MABEL' IL
De grâce...
Laissez-moi le temps d’expier mes loris, d’implorer mon pardon, de me jeter à vos pieds, de vous toucher par mon repentir. Il m’a suffi de vous voir, madame, pour vous aimer, et dussé-Je encourir encore votre colère, je vous retiendrai pour vous le dire... Oui... je vous aime... je vous aime, et...
MADAME DE MABEDIL, l’éloignanl viTeiueiil el avec une grande
agitation.
Monsieur... monsieur... un dernier mot!... Puisque mes efforts, mes prières sont inutiles... puisque tout en protestant contre ce qui s’est passé, vous vous obstinez à me retenir ici malgré moi... avant d’entendre ce qui vous reste à me dire... je vous prie de vouloir bien m’écouter.
(Elle a’asiied prèa de la petite table et lui Tait signe d’en faire autant.)
CHAVAGNAC, s’asieyiint.
Je me lais, madame, et j’attends.
MADAME DE MARELIL, d’un ton eiiiu et bref.
Je n’ai pas toujours habité ce pays , monsieur. Je suis née dans une citadelle. Mon père y rximmandait une compagnie de cent hommes... des vétérans, comme lui, à peu près invalides; et comme le service du roi ne pouvait rester en ■soufirance, je faisais, à six ans, les rondes de surveillance; à neuf ans, je relevais les postes, et vers dix ans, monsieur, je passais les revues.
CHAVAGNAC
Je vous écoute, madame, avec le plus vif intérêt.
MADA.ME DE MAKELIL.
Un jour, j’avais quinze ans, ‘j’inspectais l’artillerie des remparts. Un général arrive: il venait pour la contre-inspection. Il me trouve en exercice. Je lui fais mon rapport. Il est enchanté de mon service et il court h mon père de-, mander... ‘
SCENK xni
CBAVAGNAC.
Pour VOUS de l’avancemonl?
MADAME DE MAREüIL.
Un mois après, j’étais sa femme.
CHAVAGNAC
Vous êtes née; madame, pour les unions imprévues.
MADAME DE MAREOL.
La guerre éclata bientôt...
CHAVAGNAC
Un mauvais ménage !
MADAME DE MAREUIL
Entre la France et l’Allemagne. Le général ouvrit la canv pagne. Il était jaloux... je le suivis,
Comme une épouse dévouée.
MADAME DE MAREUIL
En qualité d’aide de camp. Notre corps d’armée se trouva toujours à l’avanUgarde, et je fus de tous les combats. La première épreuve du pistolet de Langres, c’est moi qui la fis au passage du Rhin. La fameuse épée de Chatelleraplt, c’est moi qui m’oji servis 1e premier,.,
CHAVAGNAC
La première !...
MADAME DE MAREUIL
Au siège de Valenciennas, et à l’engagement des Ardennes où le général fut tué.
CHAVAGNAC
Tué ?
MADAME DE MAREUIL
J’avais distingué d’où le coup venait de partir. Un housard espagnol !... Je m’élance, je fonds .sur lui l’épée à la main... je l’attaque, je le presse, il tombe!... Le lendemain, je quittais l’uniforme, et huit jours après, je rentrais dans mes terres avec les honneurs de l’ordre du jour. (Se levant.) Maintenant, monsieur, me ferez-vous la grâce de m’ouvrir cette porte ?
LE MARIALE A L’AKUUEBUSE CIIAVAGNAC, SC Icranl aussi, et après avoir replacé sa chaise.
Nous jouons de malheur, madame. Non, d’honneur!... c’est un faitexprès. Jesensqu’à moinsde m’aliéner votre cœur pour toujours, peut-être, je devrais me soumettre à vos désir.'', à vos ordres... et voilà que vous me rendez l’obéi.ssance impos.sibIe.
MADAME DE MAREUIL
Que voulez-vous dire? '
CHAVAGNAC
Moi aussi je suis militaire, madame. J’aurais pu céder à ^ne femme; mais... reculer devant un camarade!
MADAME DE MAREUIE.
Monsieur !
CHAVAGNAC
Vous comprenez, madame, vous qui avez servi...
MADAME DE MAREUIE.
Je vous en prie encore !
CHAVAGNAC
Vous comprenez qu’un homme d’épée ne peut céder à la menace.
MADAME DE MAREl'IL.
Une dernière fois!...
CHAVAGNAC
Je reprends donc mon poste de mari...
MADAME DE MAREL'IL
Voulez-vous ouvrir?
CHAVAGNAC
Et je m’y ferai tuer.
MADAME DE MARELIL.
Tuer? (Elle prend une épée restée sur la petite table. —Musique.) Vous ne pouviez mieux vous adresser. (Elle lui présente l’épée, et pendant que Chavagnac la regarde avec étonnement, elle prend une seconde épée qui est sur la môme table, et se mettant en garde elle lui dit du ton le plus résolu :) Défend ez-VOUS !
CHAVAGNAC
Madame... pardon... permettez...
SCÉÎNE XIV
MADAME DE MAKEI^IL, le serrant vivement.
Défendez-vous !
CHAVAGNAG, parant.
.Mai.s c’est très-bien! trop bien... unin.slanl! itrenezdonc garde !
MADAME DE MAKEL'IL
Défendez-vous, vous dis-je I
CIIAVAGMaC.
De grAce... capitaine !... camarade!