SCÈNE XIX
MADAME DE MAREUIL, lucqucuse.
Alors, iiiousieur, permettez-moi de vous dire qut‘, pour un militaire, vous montrez peu de fermeté dans les revers.
CHAVAGNAC
C’est possible, madame. Le malheur porte à la philosophie, et la philosophie au mépris des conquêtes.
MADAME DE MAREUIL
Ah!
CHAVAGNAC
Elles no valent jamais ce qu’elles coûtent.
MADAME DE MAREUIL
Une impertinence directe? je VOUS la pardonne. Un philosophe n’est pas forcé d’être poli. Toulelbis, je n’en persiste pas moins à soutenir que vous cédez bien facilement un terrain que vous pai’aissiez prêt à arroser de votre sang.
CHAVAGNAC
Il me semble, madame, que j’en ai suffisamment répandu pour sa défense.
(Il montre sa main )
MADAME DE MAREUIL, très-railleuse.
Ah I cette blessure !... oui... autre moyen !... qui n’est pas neuf, non plus!... Celui-ci s’adresse à mon cœur'... Cette blessure est grave, n’est-ce pas? dangereuse?
CHAVAGNAC, s'emportant.
Mais non, madame! non! je n’ai pas dit ea !... celle-ci n’est rien I et j’en serai quitte pour un ou deux jours do fièvre... tout au plus.
MADAME DE MAREUIL, viveineul et avec intérêt.
Mais ce serait beaucoup, monsieur... ce serait trop... et je regretterais profondément...
CHAVAGNAC
Je vous prie de remarquer, madame, que ce n’est pas moi qui cherche à vous apitoyer sur mon sort... que c’est vous qui le voulez absolument. Je vous as, sure que cela n’en vaut pas la peine. Çes piqûres-là n’offrent aucun danger; et quant à la fièvre, elle se guérit parfaitement avec quelques verres d’eau fraîche.
MADAME DE MAREl’IL, à part.
De l’eau fraîche ?
Vous n’avez jamais été blessé, commandant?
MADA.ME DE MABECIL.
Monsieur!...
(Elle remonte la scène.)
CHAVAGNAC
Ah! pardon... Je l’ai été deux fois, moi, dans la même campagne. Une première , presque au début d’une affaire d’avant-garde , dans les Ardennes...
MADAME DE MAREUIL, qui est remontée machinalement, redescend
à la gauche du public, et voit un guéridon sur lequel il y a un verre et
de l’eau.
Ah!
CHAVAGNAC, qui l’observe du coin de l’œil.
Une seconde.,. (A part.) Que diable va-t-elle faire parla ?... (Haut.) Une seconde à la Sablière. Car j’étais à la Sablière, madame.
MADA.ME DE MAREUIL, au milieu du théâtre.
Moi aussi.
CHAVAGNAC
J’eus môme l’honneur d’être embrassé par monsieur de Turenne sur le champ de bataille.
MADAME DE MAREUIL
Moi aussi.
J’aurais voulu être à sa place. Mais alors, nous eussions pu tantôt, pour nous distraire, nous raconter mutuellement nos campagnes; mais la conversation a été si vitel nous avons à tout prendre été bien peu mariés.
MADAME DE MAREUIL, rêveuse et s’asseyant.
Bien peu en effet... (Se reprenant vivement.) Pas du tout même.
CHAVAGNAC
Et puis un ménage agité... orageux. (Observant madame de Marenil et s’animant au fur et à mesure qu’il la voit tomber dans une rêverie plus profonde.) U me Semble pourtant qu’il y eût eu un