SCÈNE III
FOCBQUEVAt’X.
Que voulez-vous? je ne sais rien garder. Cliavagnac en était coiffé. Je venais de m’achever au lansquenet. J’ai fait ressource de Ganymède. Je le lui ai vendu... trois louis... tout habillé, comme il est là... c’est pour rien.
LABTIGCES.
C’est donné.
FOUBQL’EVAUX, sc leranl el d’on Ion solennel.
Messieurs, je demande la parole. Depuis un mois que nous avons quitté le .service des princes par suite de la paix survenue entre eux et la cour, voici la première fois que nous nous trouvons tous paisiblement réunis à la même table devant un somptueux festin. A cette occasion, j’ai préparé un discours que je vous demande la permission de prononcer.
d’esbès.
Je .suis d’avis qu’il le prononce. Pendant ce temps, il ne mangera pas.
(As^coliiiienl g('-néral.)
MOULINAS.
C’est accordé. Parle, mon enfant, et passe-moi les canards.
FOÜBQÜEVAUX, debout el après ayoir légèrement toussé.
Messieurs... (il boit) entre tons les gentilshommes que la paix rend à leurs foyers, entre tous ceux qui couvrent à cette heure les grands chemins, regagnant piteusement leurs provinces, soit par le coche, soit à cheval, soit même à pied... le visage allongé, l’oreille basse et les poches vides, je ne crois pas qu’il serait aisé d’en trouver six en aussi mince équipage et d’aussi pauvre mine que nous six qui sommes
d’esbès.
Corps Dieu 1 ce début est triste.
MOULINAS.
Est-ce qu’il a l’intention de nous dégoûter de la vie?
ABTIGNAN.
C’est un moyen d’en venir à ses champignons.
FOUBQUEVAUX.
D’Esbè.s , vou.s le savez, n’a que la^cape et l’épée, il
reste à Moulinas huit livres six sols de la fortune de ses pères.
CHAVAGNAC, trè»-occupé à manger.
Va, mou tils : cela n’est pas encore éloquent, mais c’est parfaitement exact.
FOURQUEVAUX
Artignan n’a jamais porté de bourse , ne devinant pas l’usage que l’on en peut faire, et quant à Lartigues, faute de crédit chez son tailleur, il garde dans sa valise l’histoire coloriée de l’enfant prodigue pour s’en faire un pourpoint quand le sien sera usé.
d’esbès.
Messieurs, je demande que l’on retire la parole à Fourque vaux, sinon je vais fondre en larmes.
CHAVAGNAC, conliDuanl de manger.
Laisse-les pleurer, mon tils, et ne te trouble pas. Je te trouve superbe.
FOÜRQÙEVAEX .
Vous connaissez l’opulence de Chavagnac et je ne vous parle pas de la mienne. Dans ces circonstances, messieurs, et après y avoir mûrement réfléchi, j’ai cru de mon devoir do vous adresser ce discours et de vous dire une chose : c’est que nous avons furieusement besoin de faire fortune ; nous avons furieusement besoin de faire fortune.
(Il ae rasaied gravement.)
MOULINAS.
Eh bien? il a fini?
d'esbès.
Messieurs, je bois à Fourquevaux.
LARTIGUES
A son éloquence !
ARTIGNAN.
A sa découverte 1
CHAVAGNAC, lui versant à boire.
Remets-toi de ton succès, mon fils , et dis-leur ce que tu aurais pu ajouter sans l’émotion inséparable d’un premier début, dis-leur que nous vivons dans un siècle où la fortune .s’offre à qui veut la saisir, où chacun est libre de ses volontés.