‹ Le mariage chrétienChapitre 2 sur 101 · PB E F ACE · texte numérisé non relu

PB E F ACE

Mo?j CHER Ami,

S'il était nécessaire, pour écrire la préface dun livre, déposséder une connaissance approfondie du sujet qail traite, j'aurais dû me récuser et me priver ainsi, à mon grand regret, de Voccasion qui m'était offerte de vous témoigner une fois de plus ma sympathie. Heureusement la compétence ici n'est pas requise. Il suffit, ce me semble, de faire partie du public auquel l'ouvrage est destiné. Or, de ce public, j'en suis doublement.

D'abord, j'ai connu les tribulations et les angoisses du premier vicaire en face du spectre toujours menaçant du mariage nul, son embarras devant certains cas de conscience qu'il J'aut résoudre vite et bien, la perte de temps qu'entraîne la recherche — d'ailleurs souvent infructueuse — dans de nombreux et gros volumes, des principes de solution. Comme j'aurais été alors heureux d'avoir sous la main un manuel comme le vôtre !

En second lieu, comme vous le dites vous-même dans votre introduction, ce n'est pas seulement pour les prêtres que vous avez écrit, c'est aussi pour les laïques, c'est-à-dire pour les profanes qui ne connaissent ni la théologie, ni le Droit canon. J'aurais sans doute mauvaise grâce à me ranger absolument parmi ces derniers. Et pourtant, je puis le dire sans exagérer, j'appartiens à une génération ecclésiastique qui ne fut point gâtée sous ce rapport. En dehors de ce qu'on en trouvait dans les traités de la Justice et du Mariage, le droit canonique proprement dit n'était enseigné que pendant les tf^ois mois de Séminaire qui précédaient pour les futurs prêtres Vordinaiion de Noël. Des circonstances particulières me privèrent de ces trois mois supplémentaires et du cours de Droit canonique. Plus tard, je n'eus pas le loisir ou l'occasion de combler cette lacune. J'ai eu pourtant sous les yeux des exemples qui auraient dû m'entraîner, notamment celui d'un second vicaire du Gros-Caillou qui trouva le moyen, sans négliger son ministère, de préparer et de

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pas^ser brillamment son Doctorat en Droit canonique, ce qui lui valut sa nomination de professeur à l'Institut Catholique de Paris et plus tard la fonction de Vice-Official à l'archevêché.

Vous le voyez, cher ami, je suis bien près d'avoir tout ce qu'il faut pour comprendre et représenter ceux qui ont besoin d'être enseignés. ^

J'ai donc qualité pour vous dire que voire livre atteint son but et qu'il sera utile aux prêtres du ministère qui ont besoin d'un guide pratique et aux laïques désireux de connaître, avec un peu de précision et de détail, la législation ecclésiastique du mariage. Les uns et les autres y trouveront — et c'est par là que votre livre est nouveau — la mise au point de toutes les questions conformément au Code promulgué en 1917 et mis en application en 1918.

Vous commencez par rappeler les principes. Vous avez su condenser, en quelques pages claires et substantielles, toute la théorie, ou plutôt toute la théologie du mariage chrétien. Vous en faites voir les grandeurs et les obligations, V indissolubilité, l'uniié, la scdnleté, les origines divines, le caractère sacramentel. Ceux qui ont à faire des discours de mariage trouveront dans votre exposé le fond doctrinal qui fait parfois un peu trop défaut et qui devrait être considéré comme la matière obligatoire de ce genre de littérature sacrée.

Avec la deuxième partie nous pénétrons dans le domaine de la pratique : Comment on doit contracter mariage. Cela comprend la célébration, en même temps que les formalités qui la précèdent et les rites qui doivent l'accompagner.

Ce que vous dites du consentement mutuel des époux et de son importance essentielle, de ce qui peut le vicier et l'atténuer au point de le 7'endre insuffisant pour qu'il y ait mariage, est traité d'une manière très pratique et très intéressante. L'analyse que vous en faites, à travers l'histoire et les textes, prépare le lecteur à mieux comprendre ce que vous lui exposerez, dans la h" partie de votre travail, sur l'importante question des Actions en nullité de mariage.

Mais celles-ci ne viennent pas seulement du défaut de consentement, et il fallait, avant d'aborder ce sujet, faire connaître les empêchements qui fournissent peut-être la principale matière des procès en nullité.

En lisant votre chapitrée sur les empêchements dirimants, je me rappelais la classe de M, Hogan, à St-Sulpice et la lecture qu'il nous fit un jour d'une pièce de vers macaroniques, qui avait le mérite d'aider à retenir les ^usdils empêchements. Elle en uvait aussi

phï':face IX

un aalre, celait dairnlv pour aalear un scminarlstc qui fat depuis le Cardinal Pie, Elle commençait ainsi :

0 filii et filiœ

Oui songez à vous marier,

Qccurratis hue hodic. Alléluia,

Je j)ois encore le beau visage de l'aimable et cher Maître s'épanouir en un large éclat de rire, auquel son auditoire faisait écho, lorsqu'il lisait la strophe sur t' empêchement du rapt.

Oui sponsœ rapior fuerit, Vous avouerez qu'il le mérite !

Vous avez su, vous aussi, mais d'une autre manière, agrémenter cette matière ingrate, en y mettant beaucoup de méthode et de clarté. Cest là votre qualité maîtresse. Ce sera le charme de votre livre que le lecteur puisse se reconnaître et s'orienter dans le maquis des empêchements dirimants et prohibants, et qu'il puisse se mouvoir à l'aise, et même avec le plaisir de la difficulté vaincue, dans le dédale des parentés, des consanguinités et des affinités. Pour le distraire en linstruisant. vous lui faites, quand l'occasion s'en présente, l'historique de la question ; ce qui le fait pénétrer dans l'esprit même de la législation ecclésiastique. C'est en particulier dans le chapitre des dispenses que j'ai goûté cet heureux jnélange de la théorie et de la pratique que vous savez si bien doser, soit qu'il s'agisse de faire ressortir le caractère de bonté et de condescendance maternelle de l'Eglise, soit que vous appreniez aux prêtres et aux fidèles le meilleur chemin pour arriver à Rome et aux Congrégations romaines.

La quatrième et dernière partie de votre travail n'est pas la moins utile ni la moins intéressante. Les actions en nullité de mariage sont un des sujets dont on parle le plus dans le monde et qu'on connaît le moins. Rien de plus commun que d'entendre dire que l'Eglise, qui condamne absolument le divorce au civil, l'admet dans le domaine religieux. Les uns s'en scandalisent et donnent de leur scandale des raisons qui, font voir très clairement qu'ils ne comprennent pas le premier mot de la question, quand, par exemple, ils s'étonnent qu'un tribunal ecclésiastique ait pu déclarer nul, — ils disent « rompre » — un mariage où il y a des enfants. Les autres font à l'Eglise catholique le reproche de ne pas marcher avec le siècle et de ne pas tenir compte de ce qu'ils appellent les exigences de la conscience moderne, ce qui veut dire quelle ne permet pas le divorce. On

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devrait, dit-on, distingue?^ entre tel et tel cas, ne pas infliger le même traitement à l'innocent et au coupable, et ne pas refuser les sacrements et les consolations religieuses à ceux qui sont plutôt des victimes que des criminels. Bref, chacun selon sa tournure desprit ou sa passion du moment, mais toujours par ignorance, fait le procès de l'Eglise catholique que l'on trouve tantôt trop sévère et tantôt trop complaisante. Vous remettez les choses au point avec netteté et précision. Vous exposez le point de vue de l'Eglise et vous en faites voir la légitimité et la suprême convenance. Vous montrez clairement la différence qui existe entre le divorce, qui a la prétention de rompre un mariage réellement existant et la déclaration de nullité, qui constate qu'un mariage n'a jamais existé. Si vous vous contentez du texte en petits caractères et même d'une simple note, pour expliquer aux ignorants ou aux malintentionnés, que la cour de Rome, comme on dit, n'accorde pas des divorces pour de l'argent, la remarque n'en a pas moins été faite et valait la peine d'être faite.

Puisque je viens de parler des petits caractères, permettez-moi de vous féliciter et de vous remercier au nom de vos futurs lecteurs de la disposition typographique que vous avez si heureusement adoptée et qui permettra à chacun de trouver, immédiatement et du premier coup d'œil. le renseignement d'ordre pratique, juridique ou historique qu'il ira chercher dans votre ouvrage, à qui je souhaite tout le succès qu'il mérite.

Croyez-moi, cher ami, votre bien affectueusement dévoué en N.-S.

M. Richard,

chanoine honoraire, curé de Saint-Pierre-du-Gr os-Caillou.

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