DOUCET, LÉOCADIE
DOUCET
Enfin, le voilà parti 1...
LÉOCADIB.
Avais-je raison, mon père?
DOUCET
C'est moi qui ai eu raison de te faire apprendre trois langues, rangiais, l'allemand et l'italien ; car ta dot pouvait allécher un seigneur italien, un prince allemand^ un milord anglais, aussi bien qu'un duc français. Tu te trompes, si tu crois que tu triomphes et que je suis battu... Avant tout, il faut être juste, il faut être logique. Qu'ai-je voulu ? J'ai voulu un gendre qui me complétât .
LÉOGADIE.
Qui te complétât?
DOUCET
Oui, qui me complétât, en ayant ce que je n'ai pas, c'est-àdire un titre qui lui donne, qui te donne, qui nous donne à tous une bonne position dans le monde et de belles relations ; car, sans relations^ qu'est-ce que le monde, et, sans le monde, qu'est-
ce que la fortune? De son côté, le duc a voulu une femme qui lui apportât ce qu'il n*avait plus, c'est-à-dire de bel et bon argent comptant, un magnifique château et une grande terre... bien giboyeuse, où il pourra inviter à chasser tous ses amis, les messieurs du Club des Jockeys,., ie chassem avec eux... ils chasseront avec moi... nous chasserons ensemble...
LÉOCADIB.
Mais tu ne chasses pas , tu n'as jamais chassé. . . et ce n'est pas à ton âge que Ton apprend...
DOUGET.
On apprend à tout âge et û y a un commencement à tout. Où en étais-je?.«. Tu m'interromps sans cesse... Ah! m'y voilà 1 Qui te .dit que le duc n'aurait pas toujours continué la vie de garçon s'il n'eût pas eu à ses trousses une meute de créanciers? S'il a eu tort, j'en conviens, de faire des dettes, il a raison, je le soutiens, de les payer... et le plus vite possible, c'est le mieux, (oa entend sonner.) Sonnez, sonnez encore I carillonnez! cela ne fera pas chan* ger ma manière de voir... Se marier pour payer ses dettes, oui, c'est très-bien ! et chaque coup de sonnette me prouve que mon gendre est un honnête homme.
LÉOGADIE.
Un honnête homme 1 Ah! mon bon père, toi à qui rien n'a coûté pour me témoigner ta tendresse, comment peux-tu faire si bon marché du bonheur de ta fille, et trouver ainsi tout simple de le faire passer après des dettes de fournisseurs, des factures de tailleurs^ des mémoires de carrossiers et des comptes de marchands de chevaux!...
On entend lonaer.
DOUCBT.
C'est que, moi, je suis juste, je suis logique... A ton point de vue, tu as raison; mais, au mien, qui est le vrai, le duc n'a pas tort... Il avait des dettes. Quel moyen de les payer? Un seul : faire un riche mariage... Il te rencontre, il te remarque, il demande