SCÈNE ONZIÈME
LéOGADIE.
Celle que personne n*ouvre.
ADRIEN
Cette réponse est une réponse de sphinx ; mais plus elle est obscure, plus elle excite ma curiosité... Dussé-je renfoncer, j'ouvrirai cette porte mystérieuse...
LÉOGADIE.
Je vous en donnerais la clef, qu'en vos mains cette clef ne Tou- I vriraitpas.
! ADRIEN
I Qu'en savez-vousT Savez-vous ce qui se passe en ce moment
j en moi T
' LÉOGADIE.
Eh! que peut-il donc se passer en vous T
ADRIEN
Parole d'honneur^ je ne le sais pas moi-môme... Je ne me reconnais pas, je ne me reconnais plus. . . Ce que je ressens, c'est la première fois de ma vie que je l'éprouve. Quelle femme ôtes-vous donc, pour me troubler ainsi ?
LÉOGADIE.
Vous plaisantez I... Moi, voua troubler ?
ADRIEJC.
Je ne plaisante pas; ce que je vous dis est sérieux... Je ne I , sais plus où j'en suis ; je sais seulement que j'ai dû vous offenser,
vous blesser, vous paraître un homme grossier, manquant de déli- I catesseet n'ayant pas de cœur... Et cependant, du cœur... j'en
I ai... oui, j'en ai... mais je m'en défie... je m'en défiais... et je le
I cachais.... Vous aurais-je méconnue? Mais comment diable aussi
Ivouliez-vous que je devinasse sous toutes vos toilettes extravagantes la femme que je commence à entrevoir, et qui, je le sens
et Tavoue, exerce déjà sur moi une influence... dont je ne me rends pas encore bien compte?
LBOGADIB.
Prenez garde» monsieur le duel ce que vous me dites là ressemble à une déclaration, et cette déclaration risquerait de me rap* peler ce que vous me disiez à Bade.
ABBIEN.
Ce que je vous disais à Bade, je Qe le pensais pas.
LBOGADIE.
Et ce que vous me dites à Paris t
ADRIEN
Je le pense.
LBOGADIE.
Le moyen de distinguer au fond du cœur d'un homme ce qui est sincère de ce qui ne l'est pas?
- fD&IEN.
Vrai! Léocadie^ je m'aperçois que je vais vous aimer d'un sentiment qui m'était inconnu...
LéOGADIE.
Je vous le répète, point de compliments, point de phrases. . . Ne jouez pas ici le second acte de la comédie dont vous avez joué le premier acte il y a deu^ mois. Je vous en préviens... maintenant ce serait trop tard... mes yeux se sont ouverts.
ADRIEN
Léocadieje te jure...
LÉOGADIE.
Renoncez à cette façon de me parler, ou je romps l'entretien, Je ne m'abuse pas^ je ne m'abuse plus... Ce qui vous dicte ce langage, en contradiction avec votre conduite, ce n'est pas la tendresse... c'est la curiosité.