SCÈNE PREMIÈRE
Jj-*. DOÜCET,
Il laul être juste, il faut être logique... Qui veut la fin veut jfy/es moyens... Je voulais te choisir un mari qui me convînt. Où le l^rouver si on ne le cherche pas? J’avais compté «ur les voisins i^pour recruter parmi eux le gendre que je cherchais ; mais c’est à ' peine si tous ces petits nobliaux, des barons sans baronnie, des .comtes qui vivent comme des fermiers, nous ont rendu, au bout de deux mois, la visite que, dès le lendemain de notre arrivée dans le pays, nous avions eu la politesse d’aller leur faire en poste à quatre chevaux... Ahl l’on a bien raison de dire que lélnonde ne se compose que d’envieux et de vaniteux... Tous vaniteux! tous envieux 1
* LEQCADIE.
< S’ils ne se souciaient pas de se liqr avec nous?...
DOUCET
Et pourquoi donc? Est-ce que tous les hommes ne sont pas égaux devant... la fortune? Je te conseille de prendre la défense de tous ces paltoquets contre moi qui n’avais qiPune pensée en allant à eux... te marierl On croit qu’il n’y a rien de plus facile à marier qu’une fille qui a deux millions comptant et quatre millions d’espérances... Quelle erreur! quelle bêtise! Les jeunes gens qui n’ont rien n’osent pas se présenter, et ceux qui auront de la fortune ne se présentent pas... Ces beaux messieurs croiraient déroger... Ils se marient en se parquant étroitement d^ns le petit cercle de leurs relations de famille et de coterie... car, au temps où nous vivons, il n'y a plus que des coteries.. . Où est la société 'maintenant? où est -elle? je le le demande...
LÉOCADIE
Ce dont tu te plains ne nous serait pas arrivé si, nous aussi, nous nous étions renfermés dans le petit cercle de notre famille et de nos amis. ,
DOUCET
Oui, avec ton cousin Charles... un garçon d’esprit et de cœur,
je ne dis pas le contraire... mais qui porte le même nom et le même prénom que moi : Charles Doucet! Mon petit-âls se serait donc appelé monsieur Doucet et ma petite-hlle mademoiselle Doucet... C’est ce que je n’ai pas voulu, et j’ai eu raison.
LÉOCADIE
C’est ce que fera connaître l’avenir! ■.
DOUCET
En attendant l’avenir, j’ai le passé pour moi... Ce serait bien la peine d’être devenu riche, de s’être brouillé avec toute sa famille ,et tous ses anciens amis, d’avoir ameuté contre 'soi l’envie et les envieux, si c’était pour rester claquemuré chez soi ; si ce n’était pas pour jouir de sa fortune, si ce n’était pas enfin pour briller dans le monde! Avec cent mille francs de rente et le titre de duc, on va partout... on va à la cour... on va chez les ministres... on va chez les 'ambassadeurs... on va enfln chez tous les grands personnages!
• LÉOCADIE
Eh bien, mon père, je ne serais allée ni à la cour ni chez les grands personnages...
DOUCET
'Alors, tu aurais végété I
LÉOCADIE
J'aurais végété, soit... Mieux vaut végéter dans sa modestie que souffrir dans sa fierté. (On entend tonner.) Qui peut sonner ainsi? Voilà, en cinq minutes, la sixième fois que l’on sonne!
DOUCET
Végéter avec ton cousin Charles Doucet!.. . C’est précisément afin de t’ôter de la tête celte idée fausse, que je l’ai conduite à Dieppe, à Trouville, à Deauville, à Bagnères de-Luchon, à Vichy, à Plombières, à Hombourg, à Baden-Baden... pour te mettre en évidence; mais nulle part une personne de connaissance... pas une seule I
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