PAUL11VR
Pardonnez-moi si je vous ai offensée, mon enfant ; mais vos réticences ne laissaient de place qu'à cette conjecture, et vous avez vu que mon amitié cherchait encore à 1/atténuer.
GENEVIÈVE, IviiendantU main.
C'est vrai... j'ai tort...
PAULINE
Voyons, du courage. Il y a donc de par le monde un homme que vous avez été élevée à regarder de loin comme votre mari...
GENEVIÈVE
Je lui ai donné tout ce qu'on peut donner de son âme à un
fiancé inconnu, mon respect et ma soumission. C'est à lui qu'à
son insu j'ai toujours rapporté mes actions et mes sentiments;
'^j'ai été sa compagne dans le secret de mes pensées; enfin, que
vous dirais-je? U me semble que je suis veuve.
PAULINE
11 est donc mort?
GENEVIÈVE
n est mort pour moi. Il est marié.
PAULINE
Oh I les hommes 1
U me connaissait à peine ; il a rencontré une femme digne de lui ; il Ta épousée, il a bien fait.
PAULINE
Eh bien 1 fiâtes comme lui.
GENEVIÈVE
(Hi ! moi , c'est difiR&rent.
PAULINE
Vous l'aimez donc encore?
GENEVIÈVE
Si j'avais jamais eu de l'amour pour lui , je n'en aurais plus depuis qu'il est le mari d'une autre.
PAULINK.
Alors par quelle subtilité de sentiments ?...
GENEVIÈVE, looriant
C'est une simple question de clef. Un mari doit ouvrir tous les tiroirs de sa femme, n'est-ce pas? Eh bien, voici une petite clef dorée que je serais obligée de refuser a mon seigneur et maître.
PAULINE
Qu'ouvre-t-elle donc?
GENEVIÈVE
Un coffret d'ébène qui renferme mon journaL
Voire journal ?
GENEVIÈVE
Oui! ma grand' mère m'a habituée, dès mon enfance, à écrire tous les soirs ce que j'ai fait et pensé dans la journée.
PAULINE
Quelle drôle d'idée!
GENEVIÈVE
C'est bien sain, allez! de faire tous les jours l'inspection de son cœur. S'il y pousse une mauvaise herbe on l'arrache avant qu'elle, n'ait pris racine. ,
PAULINE
La guerre au chiendent, je comprends. — Et vous avez écrit jour par jour l'histoire de votre roman? — En sorte que cette petite clef est sans métaphore la clef de votre cœur?
GENEVIÈVE
Précisément!
PAULINE
Eh bien, soyez sûre que quelqu'un vouis la volera.
GENEVIÈVE
En tous cas, ce ne sera pas monsieur de Montrichard.
PAULINE
Tant pis pour lui et pour vous.
UN DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur de Beauséjour!
Ce sera encore moins celui-là. Je vais m'habiller. (lue ion.
^ PauliiM fait ilfne n domtitiqae de tain antrer.)
ACTK II, SCÈNE IIL 44