ACTE m, SCÈNE VII
LA MARQUISE
La clef ducofTrot...
PAULINE
Qui renferme le journal de son cœur.
LA MARQUISE
Gomment se trouve-t-elle entre vos mains?
PAULINE
Très simplement : je l'ai dérobée. C'est peut-être indélicat; mais j'ai été si mal élevée! Je pressentais que je trouverais dans cet éerin des armes dont j'aurais un jour besoin ; je ne me trompais pas. Si madame la marquise daignait prendre connaissance de quelques extraits seulement?
(EUe présente un papier è la marquise.) LE MARQUIS.
Une nouvelle infamie, sans doute?
PAULINE
Le mot est dur, mais ce n'est pas à moi de défendre votre petite-fille.
LA MARQUISE, ouvrant le papier.
Ce n'est pas son écriture I
PAULINE
Parbleu ! me croyez-vous assez simple pour vous livrer l'original? Il est en mains sûres, à Paris. Lisez donc.
LA MARQUISE, lisant.
a 17 avril. Que se passe-t-il en moi? Henri n'aime plus » Pauline;- c'est moi qu'il aime... »
LE MARQUIS, à sa femme.
Henri aurait-il eu l'indignité...
PAULINE, è ffauche.
De faire une déclaration à sa cousine?... On le dirait, n'est-ce pas? Mais rassurez-vous, c'est moi.
LE MARQUIS, passant an miUea.
Vous, madame!
PAULINE
Je n'ai dit d'ailleurs que la pure vérité*
LE MARQUIS, à sa femme.
Henri aime sa cousine?
LA MA*HQUISE, Usant.
« G^est moi qu'il aime. Ah! je sens maintenant que je n'ai » jamais cessé de l'aimer... » (parié.) Pauvre enfant! (Lisant.) » Ayez pitié de moi, mon Dieul Cet amour est un crime. Don- » nez-moi la force de TaiTacher de mon cœur. Je le croyais si » bien mort. Pourquoi Ta-t-on ranimé? » juiu^^
LE MARQUIS, à PauUne.
Oui, pourquoi?
PAULINE
Continuez, vous allez voir !
LA MARQUISE, Usant.
« 20 avril. Je suis troublée jusqu'au fond de l'âme. Où pui- D ser à présent la force de combattre un amour qui peut de- » venir légitime? Hélas 1 il ne sera jamais sans remords. 11 est » déshonoré par l'horrible espoir qu'il accueille malgré moi. » Est-ce ma faute pourtant si Pauline ne veut pas guérir du » mal qui la tue?.. »
LE MARQUIS
Toujours vous, n'est-ce pas? (paullne sUncUne.)
LA MARQUISE
Voilà pourquoi elle voulait nous conduire en Italie 1
LE MARQUIS, & PauUne.
Un homme capable d'une pareille infamie, on le tuerait comme un chien I Mais une femme, tous les attentats lui sont permis.
PAULINE, tournant la tète Ters lui en souriant.
C'est bien le moins que nous ayons les privilèges de notre faiblesse, vous en conviendrez. Pour en revenir à votre petitefille, je crois que la lecture de son petit roman lui attirerait plus d'admirateurs que de maris. Mais rassurez-vous, je ne publierai ce document précieux que si vous m'y réduirez, et vous ne m'y réduirez pas, j'en suis sûre. ^ ' "^
LE MARQUIS
Faites vos conditions, madame.