‹ Le mariage d'orgueilChapitre 3 sur 36 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

Les Mêmes, JULIETTE.

JULIETTE, apercevant Raymond qui baise la main d' Aspasie.

Ciel I

ASPASIE

Que voulez-vous, mademoiselle?

JULIETTE

Moi... je... ma tante... c'est...

ASPASIE

Eh bien 1 parlez, parlez donc ; qui vous oblige à me désobéir, à venir dans cet instant?

JULIETTE

* Ma tante, je ne croyais pas vous déranger... il y a si long-temps que l'heure de la séance est passée ; j'ignorais que monsieur,..

ASPASIE

Mais enfin, voyons...

JULIETTE

Je venais vous dire que de ma fenêtre j'ai aperçu la voiture de M. le vicomte.

ASPASIE

Le vicomte! s'il m'apportait enfin une heureuse nouvelle ; s'il m'était possible d'assister à la fête qui a lieu ce soir à Versailles.

RAYMOND, à part. A Versailles! toujours ses idées de grandeur ou de noblesse.

JULIETTE, à part, en regardant Raymond. Il ne m'a pas dit un seul mot. {S'approchant du portrait.) Ah I mon Dieu î

ASPASIE

Qu'est-ce donc?

JULIETTE

Ce... portrait...

ASPASIE

Eh bien, mademoiselle?

JULIETTE

Il en est absolument au même point qu'hier, et pourtant, depuis deux heures que vous...

ASPASi;^.

Silence, mademoiselle.

JULIETTE

Mais, ma tante.

ASPASIE

Ma tante, ma tante, il suffit! et ce titre que VOUS vous plaisez à me jeter à la tête, me rappelle les droits qu'il me donne ; j'ai eu ton de vous faire sortir sitôt du couvent, vous y retournerez aujourd'hui même.

JULIETTE

Moi, au couvent I

Quelques anncesdc plus passées dans la retraite, vous apprendront, je l'espère, à être à l'avenir moins curieuse et plus soumise à mes volontés.

JULIETTE

Ma tante, je vous en conjure...

ÂSPASIE.

Allez, allez, ma nièce, plus tard vous me remercierez de ma sévérité.

Elle lui fait un signe , Juliette s^éloignc en essuyant une larme.

JULIETTE, en s'en allant.

Ne plus le revoir!

RAYMOND, à part.*

Il faut que cet instant décide du sort de ma vie. ( Se rapprochant d'Âspasie. ) Tout-à-l'heure, Aspasie, votre indulgence me prêtait une gloire, un talent que je n'ai pas encore ; mais si bientôt soutenu par votre image que j'emporte là, encouragé par mon amour, je revenais près de vous avec une renommée acquise à force de travail, si je vous offrais un nom illustre?

ASPASIE, l'interrompant et le conduisant près du portrait.

Monsieur Raymond, celle qui portera votre nom en sera, jen'en doute pas, heureuse et fière ; mais regardez ce portrait , à vos yeux peut-être , rien ne saurait l'embellir; le monde ne juge pas comme vous, pour lui c'est peu de la beauté, de la fortune, c'est peu de mon hôtel étincelant de dorures, de ma riche livrée; pour que je sois honorée, reçue avec respect, il manque au bas de ce portrait...

RAYMOND

Eh bien?

ASPASIE

11 manque... des armoiries.

RAYMOND, avec fierté.

Hélas! madame, je ne pourrais vous offrir que mon amour avec une couronne d'artiste; je souhaite qu'un autre vous apporte le bonheur avec une couronne de comtesse.

II salue et sort.

ASPASIE

Pauvre jeune homme ! quel dommage qu'il ne soit pas noble!

UN VALET, annonçant.

M. le vicomte de Mirande.

ASPASIE

Ah! enfin!

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